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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205451

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205451

jeudi 15 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205451
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantRENAUD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. B... A... contestant la décision de l'OFII du 14 avril 2022 mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que l'OFII avait bien examiné sa situation personnelle. Il a également estimé que la procédure était régulière, le requérant ayant bénéficié d'un entretien de vulnérabilité comme en attestait sa signature. Enfin, la décision de l'OFII était fondée sur l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant ayant dissimulé avoir déjà obtenu une protection internationale en Espagne, ce qui constitue un manquement aux exigences des autorités chargées de l'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 avril 2022, M. C... B... A..., représenté par Me Prelaud, demande au tribunal :

d’annuler la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 14 avril 2022 portant cessation des conditions matérielles d’accueil ;

d’enjoindre à l’OFII, de lui octroyer les conditions matérielles d’accueil de manière rétroactive pour la période pendant laquelle il aurait dû en bénéficier ;

de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l’Etat.

Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un vice de procédure, dès lors qu’il n’est pas établi qu’il a bénéficié d’un entretien de vulnérabilité ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur de droit, en méconnaissance des dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2023, le directeur général de l’OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B... A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Mounic, rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

M. C... B... A..., né le 10 janvier 1997, de nationalité tchadienne est entré en France le 18 décembre 2021. Il a déposé une demande d’asile, enregistrée le 3 janvier 2022 et a accepté, le 4 janvier 2022, l’offre de prise en charge de l’Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) au titre du dispositif national d’accueil. Par une décision du 14 avril 2022 dont le requérant demande au tribunal de prononcer l’annulation, l’OFII a mis fin à ses conditions matérielles d’accueil.

En premier lieu, la décision attaquée vise les articles L. 551-16 et D. 551‑18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et mentionne que l’intéressé n’a pas respecté les exigences des autorités chargées de l’asile en dissimulant le fait qu’il a déjà obtenu la protection internationale en Espagne. La décision comporte ainsi l’énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée. Il ne ressort pas de cette motivation que l’OFII n’aurait pas examiné la situation de M. B... A.... Le moyen tiré du défaut d’examen de sa situation personnelle doit également être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ». Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : « L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ».

Il ressort des pièces du dossier que M. B... A... a attesté, par sa signature du document d’offre de prise en charge de l’OFII le 4 février 2022, avoir bénéficié d’un entretien au cours duquel sa vulnérabilité a été évaluée, dont le compte-rendu est par ailleurs versé au dossier. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise à l’issue d’une procédure irrégulière.

En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : « Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : (…) / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes (…) / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ». Aux termes de l’article D. 551-18 du même code : « La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature ». Enfin, aux termes de l’article L. 522-3 de ce même code : « L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ».

La décision attaquée est fondée sur la circonstance que M. B... A... n’a pas respecté les exigences des autorités chargées de l’asile en dissimilant le fait qu’il a déjà obtenu la protection internationale en Espagne. Pour contester ce motif, M. B... A... soutient, quant à lui, qu’il a déposé une demande d’asile en Espagne mais n’a jamais eu de réponse. Toutefois, de tels arguments ne sont pas de nature à remettre en cause l’appréciation portée par l’OFII. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et notamment de la réponse des autorités espagnoles qu’il a obtenu la protection subsidiaire en Espagne le 15 novembre 2021. En outre, si le requérant soutient avoir subi des tortures dans son pays d’origine et sur son parcours migratoire, notamment en Libye et fait état d’une perte de la vision à l’œil gauche suite à un traumatisme datant de 2008/2009 non traité et pour lequel il verse un compte-rendu ophtalmologique du centre hospitalier universitaire de Nantes, attestant d’une intervention chirurgicale prévue à l’été 2022, il n’établit pas être dans une situation de vulnérabilité au sens de l’article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le requérant n’est pas fondé à soutenir qu’en mettant fin au bénéfice des conditions matérielles d’accueil, l’OFII aurait méconnu les dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa vulnérabilité.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... A... doit être rejetée en toutes ses conclusions.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. B... A... est rejetée.


Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B... A... et à l’Office français de l'immigration et de l'intégration.


Délibéré après l'audience du 18 décembre 2025, à laquelle siégeaient :


M. Giraud, président,

Mme Mounic, première conseillère,

M. Huet, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2026.

Le président,




T. GIRAUD
La rapporteure,




S. MOUNIC

La greffière,




C. GENTILS


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,






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