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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2208519

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2208519

mercredi 7 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2208519
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPrésident 2
Avocat requérantGHOUNBAJ

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a examiné le recours pour excès de pouvoir de Mme B... contre la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant sa demande de naturalisation comme irrecevable. La requérante soutenait que la décision était entachée d'erreur d'appréciation et d'erreur de droit au regard de l'article 21-24 du code civil. Le tribunal a rejeté sa demande, considérant que le ministre avait pu légalement se fonder sur l'insuffisance de son assimilation à la communauté française, notamment sa connaissance de l'histoire et de la culture françaises, malgré sa longue résidence en France. La solution retenue est le rejet de la requête, sur la base des articles 21-24 du code civil et 37 du décret n° 93-1362.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2022, Mme A... B..., représentée par Me Ghounbaj, demande au tribunal :

d’annuler la décision par laquelle le ministre de l’intérieur a rejeté sa demande de naturalisation comme irrecevable ;
d’enjoindre au ministre de l’intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
de mettre à la charge l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- la décision attaquée procède d’une erreur d'appréciation dès lors qu’elle est parfaitement assimilée à la communauté française ;
- elle est entachée d’une erreur de droit au regard de remplit l’article 21-24 du code civil, dès lors qu’elle remplit toutes les conditions fixées par ces dispositions.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2023, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Le Barbier a été entendu au cours de l’audience publique du 3 décembre 2025.


Considérant ce qui suit :

1. Mme B..., ressortissante comorienne, demande au tribunal d’annuler la décision par laquelle le ministre de l’intérieur, saisi d’un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du préfet de la Haute-Vienne du 29 octobre 2021, a à son tour implicitement déclaré irrecevable sa demande de naturalisation.

2. Aux termes de l’article 21-24 du code civil : « Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République. / (…) ».

3. Par ailleurs, aux termes de l’article 37 du décret du 30 décembre 1993 précité : « Pour l'application de l'article 21-24 du code civil : / (…) / 2° Le demandeur doit justifier d'un niveau de connaissance de l'histoire, de la culture et de la société françaises correspondant aux éléments fondamentaux relatifs : / a) Aux grands repères de l'histoire de France : il est attendu que le demandeur ait une connaissance élémentaire de la construction historique de la France qui lui permette de connaître et de situer les principaux événements ou personnages auxquels il est fait référence dans la vie sociale ; / b) Aux principes, symboles et institutions de la République : il est attendu du demandeur qu'il connaisse les règles de vie en société, notamment en ce qui concerne le respect des lois, des libertés fondamentales, de l'égalité, notamment entre les hommes et les femmes, de la laïcité, ainsi que les principaux éléments de l'organisation politique et administrative de la France au niveau national et territorial ; / c) A l'exercice de la citoyenneté française : il est attendu du demandeur qu'il connaisse les principaux droits et devoirs qui lui incomberaient en cas d'acquisition de la nationalité, tels qu'ils sont mentionnés dans la charte des droits et devoirs du citoyen français ; / d) A la place de la France dans l'Europe et dans le monde : il est attendu du demandeur une connaissance élémentaire des caractéristiques de la France, la situant dans un environnement mondial, et des principes fondamentaux de l'Union européenne. / Les domaines et le niveau des connaissances attendues sont illustrés dans un livret du citoyen, disponible en ligne, dont le contenu est approuvé par arrêté du ministre chargé des naturalisations. Il est élaboré par référence aux compétences correspondantes du socle commun de connaissances, de compétences et de culture mentionné au premier alinéa de l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation. ». et aux termes de l’article 41 du même décret : « (…) / Lors d'un entretien individuel, l'agent vérifie que le demandeur possède les connaissances attendues de lui, selon sa condition, sur l'histoire, la culture et la société françaises, telles qu'elles sont définies au 2° de l'article 37. / A l'issue de cet entretien individuel, cet agent établit un compte rendu constatant le degré d'assimilation du postulant à la communauté française ainsi que, selon sa condition, son niveau de connaissance des droits et devoirs conférés par la nationalité française (…) ».

4. Il ressort des termes du mémoire en défense que, pour déclarer irrecevable la demande de naturalisation de Mme B..., le ministre de l’intérieur s’est fondé sur l’insuffisante connaissance par l’intéressée des éléments fondamentaux relatifs à l’histoire, à la culture et à la société françaises ainsi qu’aux droits et devoirs que confère la nationalité française.

5. D’une part, alors que Mme B... résidait en France depuis près de vingt années à la date de la décision attaquée, il ressort en particulier du compte-rendu d’entretien d’assimilation, établi le 29 octobre 2021, que cette dernière ne connaissait pas l’existence du Parlement, n’a pas été en mesure de citer les Etats membres de l’Union européenne ni de décrire le drapeau européen et a cité le « Trofel » comme monument parisien. Par ailleurs, la requérante, qui ne savait pas à quoi correspond la date de « 1789 », n’a pas su citer les dates des deux guerres mondiales, ni le mode de désignations du premier ministre et des ministres.

6. D’autre part, il ressort des termes de cet entretien que Mme B... n’a su définir ni la liberté, ni l’égalité ni la fraternité et a défini la laïcité par le terme « le Marseillais ». Par suite, alors qu’il n’est pas établi que les questions qui lui ont été posées auraient été d’un degré de difficulté inadapté à son niveau d’instruction et quand bien même elle a répondu correctement à plusieurs questions, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d’appréciation dont il dispose pour apprécier l’opportunité d’accorder la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, déclarer irrecevable la demande de naturalisation de Mme B... pour le motif mentionné ci-dessus sans commettre d’erreur d’appréciation ni entacher sa décision d’erreur de droit.

7. A cet égard, les circonstances que la requérante travaille en France et maîtrise la langue française sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif sur lequel elle se fonde.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B... doit être rejetée en toutes ses conclusions.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B..., au ministre de l’intérieur et à Me Ghounbaj.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2026.


La magistrate désignée,




M. LE BARBIERLa greffière,




P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,





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