Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 août 2022, M. D... C..., représenté par Me Bouliou, demande au tribunal :
1°) d’annuler les deux décisions du 5 mars 2021 par lesquelles l’Agence nationale de l’habitat (Anah) a décidé du retrait et du reversement de deux subventions, pour des montants respectifs de 2 059 euros et 1 201 euros, ainsi que la décision du 28 juin 2022 par laquelle l’Agence a rejeté le recours qu’il a exercé à l’encontre de ces décisions ;
2°) de mettre à la charge de l’Anah la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n’est pas établi que les deux décisions du 5 mars 2021 et celle du 28 juin 2022 ont été signées par une autorité compétente ;
- les deux décisions du 5 mars 2021 ont été prises à l’issue d’une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions de l’article R. 321-21 du code de la construction et de l’habitation qui prévoient la mise en œuvre d’une procédure contradictoire, impliquant leur illégalité ainsi que celle de la décision du 28 juin 2022 ;
- les décisions du 5 mars 2021 sont entachées d’une erreur d’appréciation dès lors que M. C... a accompli les démarches qui lui incombaient en application de l’article R. 321-20 du code de la construction et de l’habitation dans le cadre de la vente du bien au titre duquel il avait obtenu, avec son épouse dont il est désormais séparé, les subventions versées par l’Anah.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2024, l’Agence nationale de l’habitat conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- l’arrêté du 1er août 2014 portant approbation du règlement général de l'Agence nationale de l'habitat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Gibson-Théry, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Le Lay, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
M. D... C... a obtenu, avec son épouse dont il est désormais séparé, l’attribution par deux courriers du 24 novembre 2014 de l’Agence nationale de l’habitat (Anah) de deux subventions pour un bien immobilier situé à Deux-Evailles (Mayenne), de 6 000 euros et de 3 500 euros, dans le cadre de travaux d’amélioration du logement. Les montants de ces aides leur ont été versés le 1er décembre 2015. M. et Mme C... ont vendu, le 30 juillet 2020, le logement au titre duquel les subventions leur ont été accordées. Par deux courriers du 5 mars 2021, l’Anah a décidé de leur retirer une fraction de ces subventions et leur a demandé de reverser un montant de 2 059 euros concernant l’aide de 6 000 euros et un montant de 1 201 euros concernant l’aide de 3 500 euros. M. C... a contesté ces décisions de retrait et de reversement par un courrier électronique du 7 juin 2022. Son recours a été rejeté par une décision de l’Anah du 28 juin 2022. Par sa requête, M. C... demande l’annulation des décisions de retrait et de reversement du 5 mars 2021 et de la décision du 28 juin 2022 par laquelle le recours qu’il a exercé à l’encontre des décisions du 5 mars 2021 a été rejeté.
En premier lieu, d’une part, par une décision du 10 septembre 2019, publiée sur le site internet de l’Anah le 14 octobre suivant, la directrice générale de l’Anah a donné délégation à Mme A... B..., vérificatrice et dont il ressort des pièces du dossier qu’elle occupe le poste de responsable du contrôle des engagements au sein du service maîtrise des risques et qualité du pôle audit depuis le 22 janvier 2020, à l’effet de signer les courriers et décisions relatifs, notamment, au retrait et au reversement des aides de l’Agence, à l’exception des décisions prises sur recours gracieux, en cas d’absence ou d’empêchement du chef du pôle audit, maîtrise des risques et qualité. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le chef du pôle audit, maîtrise des risques et qualité n’ait pas été absent ou empêché à la date du 5 mars 2021. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire des deux décisions du 5 mars 2021 attaquées doit être écarté comme manquant en fait.
D’autre part, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.
Le requérant ne peut utilement soutenir que la décision du 28 juin 2022 a été signée par une autorité incompétente dès lors qu’un tel vice, à le supposer établi, n’a pas d’influence sur sa légalité. En tout état de cause, par une décision du 16 décembre 2021, la directrice générale de l’Anah avait donné délégation permanente à M. E... F..., responsable du service qualité et maîtrise des risques, à l’effet de signer, notamment, les courriers et décisions relatifs au retrait et au reversement des aides, sans excepter les décisions prises sur recours gracieux. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision attaquée du 28 juin 2022 ne peut qu’être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article R. 321-21 du code de la construction et de l’habitation, dans sa version applicable au litige : « I.- En ce qui concerne les aides versées par l'agence : / Le conseil d'administration ou, par délégation, le directeur général de l'agence exerce le pouvoir de sanction prévu à l'article L. 321-2. Il peut, notamment, prononcer une sanction pécuniaire en cas de fausse déclaration ou de manœuvre frauduleuse. L'avis de la commission des recours n'est pas requis pour les opérations mentionnées aux III, IV et V de l'article R. 321-12. / Le directeur général de l'agence notifie les griefs à la personne concernée et l'invite à présenter ses observations écrites. (…) / Le retrait et le reversement total ou partiel peuvent également être prononcés en cas de non-respect des prescriptions de la présente section ou des conventions conclues en application des articles L. 321-4 et L. 321-8, ou de toute autre convention liée au bénéfice des aides de l'agence, selon les modalités fixées par le règlement général de l'agence. Ce règlement prévoit une procédure de communication préalable et des éléments de calcul sur le montant du reversement et son actualisation indexée sur l'évolution de l'indice de référence des loyers mentionné à l'article 17-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs. / Ces décisions sont prises à tout moment, avant ou après le versement du solde de la subvention (…) ». Aux termes de l’article 21 du règlement général de l'Agence nationale de l'habitat approuvé par arrêté du 1er août 2014, alors applicable : « (…) Préalablement à toute décision de retrait ou de reversement, un courrier est adressé à la personne intéressée pour l'informer de la mise en œuvre de la procédure et l'inviter à présenter ses observations dans un délai qu'il fixe mais qui ne saurait excéder deux mois. Cette disposition peut ne pas être appliquée dans le cas où une procédure contradictoire a déjà été mise en œuvre (…). La décision de retrait ou de reversement est notifiée au demandeur par lettre recommandée avec accusé de réception ».
Il ressort des pièces du dossier que le notaire en charge de la vente du bien immobilier au titre duquel les subventions en litige ont été accordées a informé l’Anah, par un courrier électronique du 17 juillet 2020, que les futurs acquéreurs de ce bien ne remplissaient pas les conditions de ressources pour poursuivre l’engagement souscrit par M. C... et son ex-épouse auprès de l’Anah de demeurer six ans au moins dans le logement concerné à compter de la date d’achèvement des travaux, déclarée au 9 octobre 2015 par le requérant. Par ce courrier électronique, le notaire sollicitait également de l’Anah qu’elle lui communique le montant de la subvention à reverser. En réponse à ce message, l’Anah a, par un courrier du 20 juillet 2020, indiqué au notaire que le montant de subvention à reverser était estimé à 3 260 euros, a sollicité de sa part l’envoi d’une attestation notariée de la vente à venir et l’a informé qu’il pouvait formuler des observations sur la procédure de reversement jusqu’au 24 août 2020, date ultérieure à celle de la vente. Dans ces conditions, et bien qu’à la date de ce courrier, la vente n’avait pas encore eu lieu et restait donc hypothétique, l’Anah établit en ayant communiqué le montant de reversement de subvention envisagé, avoir mis en œuvre la procédure de communication préalable imposée par les dispositions de l’article R. 321-21 du code de la construction et de l’habitation en cas d’engagement d’une procédure de retrait et de reversement, partiel en l’occurrence. En outre, cette procédure de communication préalable doit être regardée comme tenant lieu de « procédure contradictoire » ayant déjà été mise en œuvre au sens de l’article 21 précité du règlement général de l'Agence nationale de l'habitat. Par suite, l’Anah, dont la directrice générale n’a pas, contrairement à ce que soutient le requérant, exercé en l’espèce son pouvoir de sanction, n’a pas entaché les décisions du 5 mars 2021 en litige du vice de procédure invoqué par le requérant.
En troisième lieu, aux termes de l’article R. 321-20 du code de la construction et de l’habitation : « I.- Pour les opérations et bénéficiaires mentionnés aux I et II de l'article R. 321-12, les locaux pour lesquels la subvention est accordée doivent être occupés pendant une durée et selon des critères déterminés par le règlement général de l'agence. (…) / Tout changement d'occupation ou d'utilisation ou toute mutation de propriété des logements ou locaux d'habitation (…) intervenant pendant la période mentionnée au premier alinéa doit être déclaré par le bénéficiaire de la subvention au délégué de l'agence dans le département ou au délégataire de compétence dans un délai de deux mois suivant l'événement. En outre, à l'occasion d'une mutation de propriété, les cédants (…) sont tenus d'informer le notaire de l'octroi de la subvention ». Aux termes de l’article 15-D du règlement général de l'Agence nationale de l'habitat approuvé par arrêté du 1er août 2014, alors applicable : « (…) Les logements pour lesquels la subvention est accordée doivent être occupés pendant une durée de six ans (…) ». Aux termes de l’article 21 du même règlement : « En cas de non-respect des prescriptions relatives aux aides de l'ANAH (articles R. 321-12 à R. 321-21 du CCH, engagements conventionnels, présent règlement général…), la décision de subvention sera retirée et tout ou partie des sommes perçues devra être reversé, en application du I de l'article R. 321-21 du CCH et dans les conditions précisées au présent article. / (…) Il y a exonération de reversement en cas de mutation dans les cas suivants : / (…) d) Concernant les bénéficiaires et propriétaires occupants mentionnés au I (2° et 3°) de l'article R. 321-12 du CCH : / - en cas de vente du logement subventionné, le reversement peut être prononcé sauf si les acquéreurs justifient, de façon expresse, du respect de l'ensemble des engagements réglementaires d'occupation fixés à l'article R. 321-20 du CCH et répondent aux conditions de ressources définies à l'article R. 321-12 (…) ».
Il résulte de ces dispositions que les subventions conditionnelles ainsi accordées par l’Anah ne créent de droits au profit de leurs bénéficiaires que pour autant que ceux-ci justifient, après l’achèvement des travaux, que les conditions imposées lors de l’attribution de l’aide se trouvent effectivement réalisées et que l’Anah peut décider du retrait et du reversement d’une subvention qu’elle a versée au propriétaire d’un logement lorsqu’elle constate notamment que ce dernier n’a pas respecté les engagements qu’il avait pris lorsqu’il a sollicité la subvention.
Il est constant que M. C... et son ex-épouse ont vendu le bien immobilier au titre duquel ils avaient bénéficié des subventions de 6 000 euros et de 3 500 euros le 30 juillet 2020, soit moins de six ans après la date à laquelle ils ont déclaré que les travaux d’amélioration du logement ont été achevés, le 9 octobre 2015. En outre, si l’office notarial chargé de la vente de ce bien a, par un courrier électronique du 21 juillet 2020, informé l’Anah que les acheteurs remplissaient finalement les conditions de ressources pour continuer l’engagement de leurs vendeurs, il ne ressort d’aucune pièce du dossier que l’Anah ait été destinataire, dans les deux mois de la vente, de la « déclaration du nouveau propriétaire » visée à l’article R. 321-20 du code de la construction et de l’habitation, alors qu’elle a transmis le modèle de cette déclaration au notaire par un courrier électronique du 21 juillet 2020 et demandé, par le même message, d’accompagner cette déclaration, une fois renseignée, du dernier avis d’imposition des acquéreurs. A cet égard, le document produit par le requérant intitulé « déclaration du nouveau propriétaire » à l’en-tête de l’Anah, signé le 30 juillet 2020 par les acquéreurs, n’est pas revêtu de la signature du délégué à l’Anah et n’est donc pas susceptible de revêtir une quelconque valeur probante quant à son envoi à l’Anah. En outre, il ressort des pièces du dossier que c’est seulement par un courrier électronique du 4 mars 2021 que l’office notarial a transmis à l’Anah, de surcroît sans y joindre l’avis d’impôt requis, ni d’ailleurs le formulaire de « déclaration du nouveau propriétaire », l’attestation de la vente ayant eu lieu le 30 juillet 2020, la preuve de cette vente étant donc parvenue à l’Agence postérieurement à l’expiration du délai de deux mois imposé par les dispositions de l’article R. 321-20 du code de la construction et de l’habitation. Par suite, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation entachant les décisions attaquées tendant au retrait et au reversement partiel des subventions précitées pour des montants respectifs de 2 059 euros s’agissant de la subvention initiale de 6 000 euros et de 1 201 euros s’agissant de celle de 3 500 euros, doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation des décisions de l’Anah du 5 mars 2021 retirant les subventions accordées à M. et Mme C... et sollicitant leur reversement pour les montants de 2 059 et de 1 201 euros, ainsi que de la décision du 28 juin 2022 rejetant le recours exercé par M. C... à leur encontre, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu’il a présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... C... et à l’Agence nationale de l’habitat.
Délibéré après l’audience du 8 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2026.
La rapporteure,
S. Gibson-Théry
La présidente,
M. Béria-Guillaumie
Le greffier,
P. Vosseler
La République mande et ordonne au ministre chargé de la ville et du logement en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,