Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2022, Mme C... A... D..., représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 25 mai 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 75 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délais et d’astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’une méconnaissance de l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2025, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Mme A... D... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 31 aout 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- Le rapport de Mme B...,
- les observations de Me Rodrigues Devesas, représentant la requérante.
Considérant ce qui suit :
Mme C... A... D..., ressortissante marocaine née le 14 février 1996 déclarant être entrée en France en avril 2019, a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de l’article 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en se prévalant, en particulier, de sa qualité de conjointe d’un ressortissant français. Sa demande a été rejetée par arrêté du 3 septembre 2021 portant, en outre, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel l’intéressée pourra être reconduite d’office lorsque le délai sera expiré. Elle a alors déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 25 mai 2022 dont Mme A... D... demande l’annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».
Le moyen tiré d'une atteinte au droit à la vie familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant pour contester le refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étranger malade, sauf dans l’hypothèse où le préfet examine d’office, ainsi qu’il l’a fait en l’espèce, si l’étranger est susceptible de se voir délivrer un titre sur ce fondement.
Il ressort des pièces du dossier, que Mme A... D..., qui déclare être entrée sur le territoire français le 1er avril 2019, s’est mariée le 14 décembre 2019, avec un ressortissant français avec lequel elle justifie avoir une vie commune depuis le 1er mai 2019, soit trois ans à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, Mme A... D... est atteinte de la maladie de Crohn, diagnostiquée en 2019, reconnue comme affection de longue durée entièrement prise en charge par l’assurance maladie, et a dû être hospitalisée à plusieurs reprises du fait des conséquences de cette maladie sur son état de santé. En outre, elle a poursuivi, au titre de l’année 2021-2022, des études au centre hospitalier universitaire de Rennes en vue de la préparation du diplôme d’Etat d’infirmier et a, dans le cadre de cette formation, effectué plusieurs stages aux mois de février, mai et juin 2022 qui lui ont valu des appréciations élogieuses témoignant de son investissement, de sa motivation et de sa bonne intégration. Par suite, compte tenu de l’ensemble de ces éléments et alors même qu’elle a conservé des attaches familiales dans son pays d’origine, Mme A... D... est fondée à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique, en rejetant sa demande de titre, a méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 25 mai 2022 doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d’injonction sous astreinte :
L’exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard aux motifs d’annulation de la décision attaquée, qu’il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à Mme A... D... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale ». Il y a lieu de lui enjoindre d’y procéder dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement, sans assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
Mme A... D... ayant obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) à verser à Me Rodrigues Devesas au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 25 mai 2022 du préfet de la Loire-Atlantique est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » à Mme A... D... dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : L’Etat versera à Me Rodrigues Devesas, avocate de Mme A... D..., la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... A... D..., au préfet de la Loire-Atlantique, et à Me Rodrigues Devesas.
Délibéré après l'audience du 25 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Claire Chauvet, présidente,
Mme Claire Martel, première conseillère,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2026.
La rapporteure,
Justine-Kozue B...
La présidente,
Claire Chauvet
Le greffier,
Patrick Vosseler
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,