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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2213814

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2213814

mercredi 4 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2213814
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSPE GAYA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête d'un exploitant agricole visant à annuler la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre une lettre de fin d'instruction réduisant ses aides PAC pour la campagne 2021. Le juge a estimé que la décision initiale de l'administration, qui appliquait les règlements européens de la PAC (notamment les règlements (UE) n° 1306/2013 et 1307/2013) et le code rural, était suffisamment motivée et ne comportait pas d'erreur manifeste d'appréciation concernant le constat de surfaces déclarées en doublon. La demande d'une condamnation de l'État à payer 2 500 euros a également été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 octobre 2022 et le 1er avril 2025, M. C... E..., représenté par Me Loiseau, demande au tribunal :

d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a rejeté le recours gracieux qu’il a formé à l’encontre de la lettre de fin d’instruction du 19 avril 2022 relative aux aides surfaciques du premier pilier de la politique agricole commune constatant une anomalie dans sa déclaration au titre de la campagne 2021;

de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur de fait et d’une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2025, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

M. D... a été mis en cause en qualité d’observateur.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le règlement (UE) n° 1306/2013 du 17 décembre 2013 ;
- le règlement (UE) n° 1307/2013 du 17 décembre 2013 ;
- le règlement délégué (UE) n° 639/2014 de la Commission du 11 mars 2014 ;
- le règlement délégué (UE) n° 640/2014 de la Commission du 11 mars 2014 ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Kubota,
- les conclusions de M. Guilloteau, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

Le 15 mai 2021, M. C... E..., exploitant agricole, a déposé une demande d’aides surfaciques au titre du premier pilier de la politique agricole commune (PAC) pour la campagne 2021, comprenant trois aides dites « paiement de base », « paiement redistributif » et « paiement vert ». Par un courrier du 1er juillet 2021, le préfet de Maine-et-Loire l’a informé que les ilots 2, 8 et 41 de sa déclaration chevauchaient des ilots d’autres d’exploitations ayant également fait l’objet d’une déclaration au titre de la même campagne et l’a invité à fournir des éléments de justification. En réponse à cette lettre, l’intéressé a fait valoir ses observations par un courrier du 9 juillet 2021. Par une lettre de fin d’instruction du 19 avril 2022, le préfet de Maine-et-Loire a notifié à M. E..., une réduction de surface équivalente à la surface en doublon correspondant à 7,34 hectares impactant son droit au paiement de base pour un taux d’écart relevé de 6,54%. Par un courrier dont les services du préfet de Maine-et-Loire ont accusé réception le 20 juin 2022, M. E... a formé un recours gracieux contre cette décision. Le silence gardé par le préfet de Maine-et-Loire a fait naître une décision implicite de rejet dont M. E... demande l’annulation.

Sur l’étendue du litige :

Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l’encontre d’une décision administrative un recours administratif et de ne former un recours contentieux que lorsque ce recours administratif a été rejeté. L’exercice du recours administratif n’ayant d’autre objet que d’inviter l’auteur de la décision ou l’autorité hiérarchique à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d’un recours administratif doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours administratif dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l’autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s’il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours administratif, d’interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

Les conclusions de la requête, dirigées contre le rejet implicite du recours gracieux formé par M. E..., doivent être regardées comme aussi dirigées contre la lettre de fin d’instruction du 19 avril 2022.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / (…) / 2° Infligent une sanction ; / (…) / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ».

La lettre de fin d’instruction du 19 avril 2022 et son annexe visent les règlements européens applicables, en particulier les règlements (UE) n° 1306/2013 et (UE) n° 1307/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 et leurs règlements d’application, le code rural et de la pêche maritime, notamment le chapitre V du titre 1 de son livre sixième, et les textes pris pour son application, en particulier l'arrêté du 9 octobre 2015 relatif aux modalités d'application concernant le système intégré de gestion et de contrôle, l'admissibilité des surfaces au régime de paiement de base et l'agriculteur actif dans le cadre de la politique agricole commune à compter de la campagne 2015. Elle se fonde également sur la constatation d’une anomalie susceptible d’avoir un impact sur l’aide sollicitée par M. E... au titre des trois aides dont il a demandé le bénéfice et en précise, dans son annexe à laquelle elle renvoie, la localisation et la nature. Cette annexe détaille, enfin, le calcul de la réduction appliquée et de la sanction qui en découle. La lettre de fin d’instruction en date du 19 avril 2022 comporte ainsi de façon suffisamment circonstanciée l’indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision attaquée doit, dès lors, être écarté.

En second lieu, d’une part, aux termes de l'article 24 du règlement (UE) n° 1307/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 : « (...) 2. Sauf en cas de force majeure ou de circonstances exceptionnelles, le nombre de droits au paiement attribués par agriculteur en 2015 est égal au nombre d’hectares admissibles que l'agriculteur déclare dans sa demande d'aide conformément à l'article 72, paragraphe 1, premier alinéa, point a), du règlement (UE) no 1306/2013 pour 2015 et qui sont à sa disposition à une date fixée par l'État membre. (...) ». L'article 32 de ce règlement dispose que : « 1. L'aide au titre du régime de paiement de base est octroyée aux agriculteurs, sur la base d'une déclaration conformément à l'article 33, paragraphe 1, après activation d'un droit au paiement par hectare admissible dans l'État membre où le droit au paiement a été attribué (...) ». Aux termes de son article 33 : « 1. Aux fins de l'activation des droits au paiement prévue à l'article 32, paragraphe 1, l'agriculteur déclare les parcelles correspondant aux hectares admissibles liés à un droit au paiement. Sauf en cas de force majeure ou de circonstances exceptionnelles, les parcelles déclarées sont à la disposition de l'agriculteur (...) ».

L'article 18 du règlement délégué (UE) n° 640/2014 de la Commission du 11 mars 2014 précise que : « 1. En ce qui concerne les demandes d'aide au titre du régime de paiement de base (...) les dispositions suivantes s'appliquent: / a) si le nombre de droits au paiement déclarés dépasse le nombre de droits au paiement dont dispose le bénéficiaire, le nombre de droits au paiement déclarés est réduit au nombre de droits dont dispose le bénéficiaire ; / b) s'il existe une différence entre le nombre de droits au paiement déclarés et la superficie déclarée, la superficie déclarée est ajustée au chiffre le plus bas. / Le présent paragraphe ne s'applique pas au cours de la première année d'attribution des droits au paiement. (...) ».

L'article 24 du règlement délégué (UE) n° 639/2014 de la Commission du 11 mars 2014 dans sa version alors en vigueur précise : « (...) 2. Lorsqu'un agriculteur déclare un nombre de droits supérieur à la surface admissible totale déclarée conformément à l'article 33, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 1307/2013, le droit au paiement ou la fraction d'un droit au paiement dépassant partiellement cette superficie admissible est considéré comme intégralement activé aux fins de l'article 31, paragraphe 1, point b), dudit règlement. Toutefois, il y a lieu de calculer clairement le paiement sur la base de la fraction correspondante à un hectare admissible au bénéfice de l'aide. ».

D’autre part, aux termes de l’article D. 615-28 du code rural et de la pêche maritime : « Pour l'application du 1 de l'article 33 du règlement (UE) n° 1307/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013, les parcelles déclarées doivent être à la disposition de l'agriculteur au plus tard à la date limite de dépôt des dossiers de demande d'aide au titre de laquelle la demande d'aide est déposée. ». Pour la campagne 2021, les parcelles déclarées doivent être à la disposition de l’agriculteur au plus tard le 17 mai 2021.

Enfin, aux termes de l’article 15 du règlement délégué (UE) n° 639/2014 : « 2. Lorsqu’un hectare admissible visé au paragraphe 1 fait l’objet d’une demande d’attribution de droits au paiement par plusieurs demandeurs, la décision concernant le bénéficiaire auquel les droits au paiement sont attribués est prise en fonction de qui dispose de la compétence décisionnelle en ce qui concerne les activités agricoles exercées sur cet hectare et de qui retire des bénéfices de ces activités et en assume les risques financiers ».

M. E... soutient qu’une erreur de calcul aurait impacté le montant total des aides découplées qui lui ont été accordées au titre du premier pilier de la PAC. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment du courrier envoyé par les services du préfet de Maine-et-Loire le 1er juillet 2021, que les droits du requérant ont été déterminés sur la base des surfaces graphiques déclarées, correspondant aux surfaces brutes en hectare, et pour trois îlots (2, 8, 41). Pour faire valoir qu’il devait être regardé comme le seul bénéficiaire des aides découplées dont il a demandé le bénéfice, M. E... se borne à produire un courriel du 26 mai 2021 expédié par M. B... D..., titulaire de l’autorisation d’exploiter les parcelles litigieuses, évoquant les difficultés rencontrées relatives à la vente des parcelles et de la maison qui dont serait propriétaire l’indivision constituée de M. et Mme A.... Ce courriel fait état de ces seuls éléments et n’en apporte aucun autre, de nature à démontrer que M. E... exploitait effectivement les parcelles concernées. Ainsi, il n’apporte pas la preuve qu’il disposait bien de la compétence décisionnelle sur les parcelles litigieuses, qu’il en percevait les bénéfices et en assumait les risques financiers. Par suite, il n’est pas fondé à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire aurait commis une erreur de fait et une erreur d’appréciation en relevant une anomalie dans les parcelles qu’il a déclarées au titre de campagne 2021 des aides surfaciques du premier pilier de la politique agricole commune. A cet égard, la circonstance que M. D... ne disposerait d’aucun droit ni titre sur les parcelles litigieuses, n’est pas de nature, à elle seule, à créer au bénéfice du requérant un droit à percevoir les aides surfaciques de la politique agricole commune, dès lors qu’il ressort des pièces du dossier, ainsi que le fait valoir le préfet, qu’il a produit, à l’appui de sa déclaration, un bail et une autorisation d’exploiter les parcelles concernées. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de droit et de l’erreur d’appréciation doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E... doit être rejetée en toutes ses conclusions.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. E... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... E... et au préfet de Maine-et-Loire.



Délibéré après l'audience du 4 février 2026, à laquelle siégeaient :


Mme Chauvet, présidente,

Mme Martel, première conseillère,


Mme Kubota, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2026.


La rapporteure,

J-K. Kubota
La présidente,

C. Chauvet



La greffière,




T. Chauvet

La République mande et ordonne à la ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,

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