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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2213843

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2213843

mercredi 10 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2213843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCHOUNI-GUILLOIS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nantes a annulé l'arrêté du 7 juillet 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique avait ordonné à M. C... de remettre ses armes, interdit toute acquisition ou détention d'armes, annulé ses récépissés de déclaration d'acquisition et retiré la validation de son permis de chasser. Le tribunal a jugé que le préfet avait commis une erreur d'appréciation au regard des articles L. 312-7 et R. 312-67 du code de la sécurité intérieure. Si les faits de novembre 2021 (menaces de suicide dans un contexte de séparation) avaient pu justifier des craintes, il n'était pas établi que ce comportement dangereux persistait huit mois plus tard, à la date de la décision attaquée. La solution retenue est l'annulation de l'arrêté préfectoral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 octobre 2022 et 10 avril 2025, M. A... C..., représenté par Me Chouni-Guillois, demande au tribunal d’annuler la décision du 7 juillet 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique lui a ordonné de remettre sans délai au service de gendarmerie toutes les armes et munitions en sa possession, lui a fait interdiction d’en acquérir ou d’en détenir quelle que soit leur catégorie, a ordonné l’enregistrement de cette interdiction au fichier national des interdits d’acquisition et de détention d’armes, a annulé les récépissés de déclaration d’acquisition d’armes n° 04422018D002122418 du 10 novembre 2019 et n° 04942016D001533599 du 29 février 2016 et lui a retiré la validation de son permis de chasser.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors qu’il ne présente un danger ni pour lui-même ni pour autrui.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2025, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par M. C... n’est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme B...,
- et les conclusions de M. Guilloteau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

A la suite d’un rapport administratif établi par les services de la gendarmerie national le 23 décembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique, par un arrêté du 7 juillet 2022, a ordonné à M. A... C... de remettre immédiatement toutes les armes et munitions en sa possession, lui a fait interdiction d’en acquérir ou d’en détenir de nouvelle quelle que soit leur catégorie, a ordonné l’enregistrement de cette interdiction au fichier national des interdits d’acquisition et de détention d’armes, a annulé les récépissés de déclaration d’acquisition d’armes n° 04422018D002122418 du 10 novembre 2019 et n° 04942016D001533599 du 29 février 2016 et lui a retiré la validation de son permis de chasser. Par sa requête, M. C... demande l’annulation de cette décision.
Aux termes de l’article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure : « Si le comportement ou l'état de santé d'une personne détentrice d'armes, de munitions et de leurs éléments présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le représentant de l'Etat dans le département peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l'autorité administrative, quelle que soit leur catégorie. ». Aux termes de l’article
R. 312-67 de ce code : « Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : / (…) / 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ( …) ».
Pour ordonner à M. C... de se dessaisir des armes en sa possession, le préfet de la Loire-Atlantique, s’est fondé sur le rapport de gendarmerie en date du 23 décembre 2021dont il ressort que le 18 novembre précédent les gendarmes sont intervenus, à la demande de l’épouse de l’intéressé, afin de le rechercher, celui-ci ayant adressé à plusieurs personnes, dans un contexte de séparation, des messages et lettres dans lesquels il menaçait de se suicider. Il ressort également de ce compte-rendu que lorsque les gendarmes l’ont retrouvé, M. C... n’avait aucunement tenté de mettre fin à ses jours et ne s’est pas opposé à leur intervention et à la remise de ses armes. Du fait de sa détresse, il a cependant été hospitalisé au centre hospitalier d’Ancenis-Saint-Géréon. Postérieurement, par un certificat médical en date du 22 septembre 2022, son médecin traitant a attesté qu’il ne présentait aucun trouble du comportement. Il ressort, en outre, d’un rapport de gendarmerie en date du 6 novembre 2022 que M. C... n’est pas défavorablement connu, et a déféré sans difficulté à l’arrêté lui ordonnant de remettre ses armes. Au vu de l’ensemble de ces éléments, si les faits du 18 novembre 2021 ont, à juste titre, pu faire craindre un comportement dangereux de M. C... pour lui-même ou pour autrui, il n’est pas établi par les pièces du dossier qu’un tel comportement était toujours d’actualité à la date de l’arrêté attaqué, plus de huit mois après. En outre, alors que la décision litigieuse ne s’oppose pas à la levée de la saisie définitive des armes de M. C..., laquelle n’a jamais été ordonnée, celui-ci n’avait pas, contrairement à ce que soutient le préfet en défense, à produire un certificat médical établi par un médecin spécialiste. Dans ces conditions, M. C... est fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique a entaché sa décision d’une erreur d’appréciation.
Il résulte de ce qui précède que l’arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 7 juillet 2022 doit être annulé.


D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Loire-Atlantique du 7 octobre 2022 est annulée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au préfet de la Loire-Atlantique.


Délibéré après l'audience du 12 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Claire Chauvet, présidente,
Mme Claire Martel, première conseillère,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2025.



La rapporteure,

Claire B...

La présidente,

Claire Chauvet

La greffière,




Théa Chauvet

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,

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