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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2214889

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2214889

vendredi 29 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2214889
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantZOLEKO TSANE

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Nantes (5ème Chambre) rejette la requête de M. C... contestant le rejet de sa demande de naturalisation. Le tribunal rappelle que la décision expresse du ministre de l'intérieur du 6 octobre 2022 s'est substituée à la décision implicite et à la décision préfectorale initiale. Il estime que cette décision ministérielle est suffisamment motivée au regard de l'article 27 du code civil. Enfin, le tribunal juge que le ministre n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ajournant la demande, en se fondant sur les dispositions des articles 21-15 du code civil et 48 du décret n°93-1362 du 30 décembre 1993.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 novembre 2022, M. A... C..., représenté par Me Zoleko, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l’intérieur a rejeté son recours administratif préalable obligatoire, ainsi que la décision préfectorale du 24 février 2022 ajournant à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d’enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation et ce, dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision ministérielle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2024, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.


Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme B... a été entendu au cours de l’audience publique qui s’est tenue le 4 juin 2025 à 10 heures.


Considérant ce qui suit :

1. M. A... C..., ressortissant comorien né le 12 juin 1967, a sollicité l’acquisition de la nationalité française par naturalisation auprès du préfet des Alpes-Maritimes, lequel a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation par une décision du 24 février 2022. M. C... a exercé auprès du ministre de l’intérieur le 26 avril 2022, conformément à l’article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, un recours administratif préalable obligatoire. Le silence gardé par cette autorité a fait naître une décision implicite de rejet, dont M. C... demande, ainsi que de la décision préfectorale, l’annulation.

2. D’une part, il résulte des dispositions de l’article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles prises par le préfet. Par suite, le ministre est fondé à soutenir que les conclusions de la requête de M. C... dirigées contre la décision préfectorale du 24 février 2022, à laquelle s’est substituée sa propre décision, sont irrecevables.


3. D’autre part, si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision expresse du 6 octobre 2022, le ministre de l’intérieur a rejeté le recours administratif préalable de M. C.... Il en résulte que les conclusions et les moyens dirigés contre la décision implicite contestée par le requérant doivent être regardées comme dirigées contre cette décision expresse.


4. En premier lieu, aux termes de l’article 27 du code civil : « Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée » et aux termes de l’article L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». La décision attaquée vise les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 et mentionne les circonstances de faits propres à la situation du postulant. Ainsi cette décision comporte-t-elle, avec suffisamment de précision, l’énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences de l’article 27 du code civil.


5. En second lieu, aux termes de l’article 21-15 du code civil : « (…) l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ». En vertu des dispositions de l’article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu’il n’y a pas lieu d’accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l’ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient au postulant, s’il le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l’intérêt d’accorder la naturalisation au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d’opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.


6. Pour ajourner la demande d’acquisition de la nationalité française de M. C..., le ministre de l'intérieur s’est fondé sur le motif tiré de ce que M. C... était redevable, le 31 décembre 2021, d’une somme de 1 001, 94 euros à l’égard de son bailleur.


7. Il ressort des pièces du dossier que M. C... était redevable en décembre 2021 d'une somme de 1 001, 94 euros correspondant à plusieurs mois de loyers impayés. S’il produit une attestation de son bailleur du 26 avril 2022 mentionnant qu’il est à jour dans le paiement de ses loyers et que sa dette locative, causée par des retards de versement de la caisse d’allocations familiales, a été comblée par le paiement d’une somme de 1 210 euros réceptionnée le 6 avril 2022, ce document ne remet pas en cause l’existence de la dette locative mentionnée sur l’avis d’échéance du loyer de M. C... pour le mois de décembre 2021, opposée par le ministre, et ne suffit pas à établir que cette dette trouverait son unique origine dans des dysfonctionnements de la caisse d’allocations familiales. Par suite, le ministre, qui dispose en la matière d’un large pouvoir pour apprécier l’opportunité d’accorder la faveur de la naturalisation à l’étranger qui la sollicite, n’a pas entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation en ajournant pour ce motif la demande de l’intéressé.


8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C... doit être rejetée en toutes ses conclusions.



D E C I D E :



Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.



Article 2 : Le présent jugement sera notifié à A... C... et au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur.


Délibéré après l'audience du 4 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,
Mme Claire Martel, première conseillère,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2025.


La rapporteure,

J-K. B...

Le président,

L. MARTIN



La greffière,




Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,
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