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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2303963

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2303963

jeudi 26 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2303963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDAHAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme C... contestant le rejet de sa demande de naturalisation. La décision du ministre de l'intérieur, qui s'est substituée à celle du préfet, prononçait un ajournement de deux ans en raison d'une condamnation pour conduite sans permis et sans assurance. Le tribunal a jugé que le ministre n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation, eu égard à son large pouvoir d'appréciation en matière de naturalisation. La décision s'appuie sur l'article 21-15 du code civil et l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mars 2023, Mme B... C..., représentée par Me Dahan, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l’intérieur a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la décision de la préfète de la Gironde en date du 6 septembre 2022 portant rejet de sa demande de naturalisation, ainsi que cette décision préfectorale ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire droit à sa demande de naturalisation.

Elle soutient que la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2024, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
les conclusions de la requête dirigées contre la décision préfectorale sont irrecevables ;
le moyen soulevé par Mme C... n’est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.




Vu :
le code civil ;
le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Barès a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

Mme C..., ressortissante rwandaise née le 26 janvier 1989, a présenté une demande de naturalisation auprès de la préfète de la Gironde, qui l’a rejetée par une décision du 6 septembre 2022. Elle demande l’annulation de la décision implicite, prise sur son recours administratif préalable obligatoire, par laquelle le ministre de l’intérieur a confirmé le rejet de sa demande de naturalisation, ainsi que celle de la décision préfectorale.

Sur l’étendue du litige :

D’une part, il résulte des dispositions de l’article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles prises par le préfet. Il suit de là que les conclusions de Mme C... dirigées contre la décision préfectorale du 6 septembre 2022, à laquelle s’est substituée la décision ministérielle du 19 avril 2023, sont irrecevables.

D’autre part, si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions dirigées contre la décision implicite contestée par la requérante doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 19 avril 2023 par laquelle le ministre de l’intérieur a expressément rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme C....

Sur les conclusions à fin d’annulation de la décision du 19 avril 2023 :

Aux termes de l’article 21-15 du code civil : « Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ». Aux termes de l’article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : « (…) / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation (…) sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions (…) ». En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l’intérêt d’accorder la nationalité française à l’étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d’opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le postulant.

Pour décider, en substitution du rejet initialement opéré par le préfet, l’ajournement à deux ans de la demande de naturalisation de Mme C..., le ministre de l’intérieur s’est fondé sur le motif tiré de ce que le comportement de l’intéressée est sujet à caution.

Il ressort des pièces du dossier que Mme C... a été condamnée le 26 mai 2017, par une ordonnance pénale du président du tribunal correctionnel de Valenciennes, à une peine d’amende de 500 euros dont 200 euros avec sursis et une peine complémentaire de confiscation du véhicule ayant servi à commettre les infractions, pour des faits de conduite sans permis et sans assurance commis le 20 janvier 2017, ainsi qu’il ressort du bulletin n° 2 de son casier judiciaire produit par le ministre de l’intérieur en défense. Si la requérante fait état de ce que ces faits se sont produits alors qu’elle avait engagé des démarches pour obtenir un permis de conduire français, elle ne conteste toutefois pas leur matérialité. Dans ces conditions et en dépit du caractère isolé de cette infraction et de l’insertion socio-professionnelle avérée de Mme C..., le ministre, eu égard au large pouvoir dont il dispose pour apprécier l’opportunité d’accorder ou non la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation en se fondant, pour décider de l’ajournement à deux ans de la demande de l’intéressée, sur ces faits qui n’étaient pas excessivement anciens à la date de la décision attaquée ni dénués de gravité.

Il résulte de ce qui précède que Mme C... n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision qu’elle conteste. Par voie de conséquence, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.




D E C I D E :



Article 1er : La requête de Mme C... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... C... et au ministre de l’intérieur.



















Délibéré après l’audience du 5 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,
M. Barès, premier conseiller,
Mme Frelaut, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2026.



Le rapporteur,

M. Barès
La présidente,

M.-P. Allio-Rousseau




La greffière,





M. A...




La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,

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