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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2304405

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2304405

vendredi 6 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2304405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantCAPSTAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes (12ème chambre) a examiné les recours en excès de pouvoir de la société LDC Sablé et de ses dirigeants contre deux mises en demeure fondées sur l'article L. 5213-5 du code du travail, relatives à l'obligation de réentraînement au travail et de rééducation professionnelle des salariés. La première mise en demeure, adressée le 16 novembre 2022 par l'inspecteur du travail au directeur général de la société, a été retirée par le ministre du travail le 30 janvier 2023, rendant les conclusions en annulation de cet acte dépourvues d'objet. Le tribunal a également constaté que les requérants ne justifiaient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir contre la seconde mise en demeure du 30 janvier 2023, adressée au directeur du pôle volaille. En conséquence, la requête a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2023, la société LDC Sablé, M. D... A... et M. C... B..., représentés par Me Amour, demandent au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 16 novembre 2022 par laquelle l’inspecteur du travail de l’unité de contrôle n° 1 de la Sarthe a, sur le fondement de l’article L. 5213-5 du code du travail, mis en demeure le directeur général de la LDC Sablé, M. D... A..., de se conformer à l'obligation de réentraînement au travail et de rééducation professionnelle des salariés malades et blessés pesant sur les établissements ou groupes d'établissements de plus de cinq mille salariés appartenant à une même activité professionnelle ;

2°) d’annuler la décision du 30 janvier 2023 par laquelle le ministre du travail a adressé une mise en demeure ayant le même objet au directeur du pôle volaille du groupe LDC, M. C... B... ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

s’agissant de la mise en demeure du 16 novembre 2022 :
- l’inspecteur du travail a fait une inexacte application des dispositions de l’article L. 5213-5 du code du travail en estimant que la société LDC Sablé constituait un groupe d’établissements appartenant à une même activité professionnelle de plus de cinq mille salariés au sens de cet article, et en mettant à ce titre M. D... A... en demeure de se conformer à l’obligation d’assurer le réentraînement au travail et la rééducation professionnelle des salariés malades et blessés de cette société ;

s’agissant de la mise en demeure du 30 janvier 2023 :
- à titre principal, le ministre a fait une inexacte application des dispositions de l’article L. 5213-5 du code du travail en estimant que le pôle volaille du groupe LDC constituait un groupe d’établissements appartenant à une même activité professionnelle de plus de cinq mille salariés au sens de cet article, et en mettant à ce titre M. C... B... en demeure de se conformer à l’obligation d’assurer le réentraînement au travail et la rééducation professionnelle des salariés malades et blessés de ce pôle ;
- à titre subsidiaire, la mise en demeure du 30 janvier 2023 est entachée d’un vice de procédure dès lors qu’elle a procédé au retrait, sans procédure contradictoire préalable, de la décision implicite d’acceptation du recours administratif formé contre la mise en demeure du 16 novembre 2022, alors que cette décision implicite d’acceptation était créatrice de droits.
- cette mesure a été prise par une autorité incompétente.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2025, la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société LDC Sablé ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée au directeur régional de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités des Pays de la Loire, qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Par un courrier du 28 octobre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d’être fondé sur des moyens relevés d'office, tirés, d’une part, de ce que par sa décision du 30 janvier 2023, le ministre du travail a retiré la mise en demeure adressée le 16 novembre 2022 par l’inspecteur du travail au directeur général de la LDC Sablé, de sorte que les conclusions tendant à son annulation étaient dépourvues d’objet dès l’introduction de la requête le 29 mars 2023 et, d’autre part, de ce que la société LDC Sablé, M. D... A... et M. C... B... ne justifient pas d’un intérêt leur donnant qualité pour agir contre la mise en demeure du 30 janvier 2023 tendant à la mise en conformité du pôle volaille du groupe LDC avec l’obligation de réentraînement au travail et de rééducation professionnelle des salariés malades et blessés.

Par un courrier du 6 novembre 2025, les requérants ont présenté des observations sur ces moyens relevés d’office.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Cordrie,
- les conclusions de Mme Milin, rapporteure publique,
- les observations de Me Amour, représentant la société LDC Sablé.

Considérant ce qui suit :

La société par actions simplifiée LDC Sablé, dont le siège social est situé à Sablé-sur-Sarthe, exerce une activité de transformation et de conservation de la viande de volaille et appartient au groupe LDC, société anonyme à directoire qui contrôle plusieurs autres sociétés et dont l’activité est organisée en pôles, la société LDC Sablé relevant du pôle volailles de ce groupe. Par un courrier du 16 novembre 2022, l’inspecteur du travail de l’unité de contrôle n° 1 de la Sarthe a, sur le fondement de l’article L. 5213-5 du code du travail, mis en demeure le directeur général de la société LDC Sablé, M. D... A..., de se conformer à l'obligation de réentraînement au travail et de rééducation professionnelle des salariés malades et blessés pesant sur les établissements ou groupes d'établissements de plus de cinq mille salariés appartenant à une même activité professionnelle. Par une décision du 30 janvier 2023, prise sur le recours formé par la société LDC Sablé contre la décision de mise en demeure du 16 novembre 2022, le ministre du travail a, d’une part, retiré cette dernière décision et, d’autre part, adressé une mise en demeure ayant le même objet au directeur du pôle volaille du groupe LDC, M. C... B.... La société LDC Sablé, M. D... A... et M. C... B... demandent l’annulation de la décision du 16 novembre 2022 et de celle du 30 janvier 2023 en tant qu’elle comporte une mise en demeure.

Sur la mise en demeure du 16 novembre 2022 :

Il ressort des pièces du dossier que par sa décision du 30 janvier 2023, le ministre du travail a retiré la mise en demeure adressée le 16 novembre 2022 par l’inspecteur du travail au directeur général de la LDC Sablé. Cette mise en demeure avait donc disparu de l’ordonnancement juridique à la date du 29 mars 2023 à laquelle la requête a été introduite. Dès lors, les conclusions tendant à son annulation étaient dépourvues d’objet dès cette date et, par suite, irrecevables. Elles doivent donc être rejetées.

Sur la mise en demeure du 30 janvier 2023 :

Aux termes de l’article L. 5213-5 du code du travail : « Tout établissement ou groupe d'établissements appartenant à une même activité professionnelle de plus de cinq mille salariés assure, après avis médical, le ré-entraînement au travail et la rééducation professionnelle de ses salariés malades et blessés. / Les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1 peuvent mettre les chefs d'entreprise en demeure de se conformer à ces prescriptions. »

En premier lieu, dès lors que la mise en demeure du 30 janvier 2023 a pour champ d’application l’ensemble du pôle volaille du groupe LDC, ni la société LDC Sablé, qui ne constitue que l’une des entités composant ce groupe, ni M. A..., en sa qualité de directeur général de la société LDC Sablé, n’ont qualité pour solliciter l’annulation de cette mise en demeure. Les conclusions qu’ils présentent à ce titre sont donc irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

En second lieu, M. C... B... ne dispose pas d’un intérêt personnel pour agir, en son nom propre et non pour le compte de l’entité auprès de laquelle il exerce les fonctions de directeur du pôle volaille du groupe LDC, contre la mise en demeure du 30 janvier 2023, qui le vise non personnellement mais en sa seule qualité de directeur de ce pôle. Dès lors, ses conclusions sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :


Article 1er : La requête de la société LDC Sablé, M. D... A... et M. C... B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société LDC Sablé, M. D... A... et M. C... B... ainsi qu’au ministre du travail et des solidarités.


Délibéré après l'audience du 16 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,
Mme André, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2026.


Le rapporteur,





A. Cordrie



La présidente,





V. GourmelonLa greffière,





S. Legeay


La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière

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