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Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2304438

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2304438
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat : Mme GIBSON THERY - R. 222-13

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 mars 2023, Mme B... A... demande au tribunal :

1°) à titre principal, d’annuler, d’une part, la décision implicite par laquelle la caisse d’allocations familiales (CAF) de Maine-et-Loire a rejeté le recours qu’elle a exercé le 10 mars 2023 à l’encontre de la décision du 4 mars 2023 par laquelle le même organisme a mis à sa charge une dette totale de 750,19 euros correspondant à des indus d’allocation de logement sociale, d’allocation de logement familiale et de prime d’activité générés à compter du 1er avril 2022, et, d’autre part, la décision implicite par laquelle la CAF de Maine-et-Loire a rejeté le recours qu’elle a exercé le 20 décembre 2022 à l’encontre de la décision du 18 décembre 2022 par laquelle le même organisme a mis à sa charge une dette totale de 2 031,39 euros correspondant à des indus d’allocation de logement sociale, d’allocation de logement familiale et de prime d’activité générés à compter du 1er janvier 2022 ;

2°) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise totale du solde de ses dettes d’aide personnelle au logement de 750,19 euros et de 889,44 euros correspondant à deux indus de 763,19 euros et de 126,25 euros.


Elle soutient que :
- à titre principal, les indus mis à sa charge ne sont pas justifiés dès lors qu’elle a correctement effectué ses déclarations de revenus au titre de l’année 2021 ;
- à titre subsidiaire, sa situation financière ne lui permet pas de rembourser ses dettes, sachant que ses deux enfants majeurs, qui vivent avec elle, sont à sa charge.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2025, la CAF de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :
- à titre principal, les indus notifiés le 4 mars 2023 pour un montant total de 750,19 euros ont été, pour deux d’entre eux, annulés à hauteur de 594,19 euros, et pour le dernier remis intégralement pour un montant de 156 euros, ainsi que la requérante en a été informée le 5 septembre 2023, rendant ainsi sans objet les conclusions de la requérante relatives à ces indus ;
- à titre subsidiaire, la situation financière de Mme A... était en 2025 légèrement plus favorable qu’en fin d’année 2022, de sorte qu’elle ne justifie pas de la précarité de sa situation alors en outre qu’une remise de 1 141,95 euros lui avait d’ores et déjà été accordée sur le montant total de sa dette initiale de 2 031,39 euros ; en tout état de cause, le montant restant dû de 889,44 euros a été intégralement remboursé par la requérante par retenues sur ses prestations sociales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gibson-Théry pour statuer sur les litiges visés à l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Gibson-Théry a été entendu au cours de l’audience publique.

Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée, en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative, à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. Mme B... A... a tout d’abord perçu l’allocation de logement familiale auprès de la CAF de Maine-et-Loire à compter du 1er novembre 2018, puis bénéficie de l’allocation de logement sociale depuis le 1er mai 2022. Après contrôle par la CAF de Maine-et-Loire auprès de l’administration fiscale des ressources déclarées par l’intéressée, le montant des frais réels qu’elle a déclarés, ainsi que son fils résidant avec elle, au titre de l’année 2021, a été rectifié, générant un trop-perçu d’allocation de logement familiale de 505 euros pour la période du 1er janvier 2022 au 31 avril 2022, un trop-perçu d’allocation de logement sociale de 1 526,39 euros pour la période du 1er mai 2022 au 30 novembre 2022 ainsi qu’un indu de prime d’activité. Cette dette a été notifiée à Mme A... par un courrier du 18 décembre 2022. L’intéressée a formulé un recours à l’encontre de cette décision le 20 décembre 2022, en contestant à la fois le bien-fondé de ces indus et en demandant la remise gracieuse des dettes correspondantes. Par deux courriers du 7 février 2023, la CAF de Maine-et-Loire a accordé une remise partielle de chacune des dettes d’allocation de logement familiale et d’allocation de logement sociale en ramenant le montant total restant dû à la somme de 889,44 euros incluant 126,25 euros au titre de l’allocation de logement familiale et 763,20 euros au titre de l’allocation de logement sociale. Par ailleurs, par un courrier du 4 mars 2023, la CAF de Maine-et-Loire a notifié à Mme A... une autre dette d’un montant de 750,19 euros correspondant à des indus d’allocation de logement sociale, d’allocation de logement familiale et de prime d’activité déterminés à compter du 1er avril 2022. Mme A... a contesté ces indus en renseignant un formulaire daté du 10 mars 2023. Par sa requête, Mme A... doit être regardée comme demandant, à titre principal, l’annulation, des décisions implicites par lesquelles la CAF de Maine-et-Loire a rejeté ses recours administratifs préalables des 20 décembre 2022 et 10 mars 2023, et, à titre subsidiaire, la remise totale du solde de ses dettes de 889,44 euros et de 750,19 euros.

Sur l’exception de non-lieu à statuer :

2. Il résulte de l’instruction que la CAF de Maine-et-Loire soutient sans être contredite avoir notifié à Mme A... le 5 septembre 2023 une remise intégrale de sa dette d’allocation de logement sociale de 156 euros, qui faisait l’objet de la notification d’indu du 4 mars 2023, et avoir annulé les dettes de prime d’activité d’un montant de 533,19 euros et d’allocation de logement familiale de 61 euros, qui faisaient également l’objet de la décision du 4 mars 2023. Dans ces conditions, les conclusions de Mme A... tendant à l’annulation de la décision implicite par laquelle la CAF de Maine-et-Loire a rejeté le recours qu’elle a exercé le 10 mars 2023 à l’encontre de la décision précitée du 4 mars 2023, ainsi que les conclusions qu’elle a présentées à fin de remise des dettes correspondantes, sont devenues sans objet. Ainsi, il n’y a plus lieu de statuer sur ces demandes.

Sur le bien-fondé des indus restant en litige pour un montant total de 889,44 euros :

3. Aux termes de l’article L. 821‑1 du code de la construction et de l’habitation : « (…) Les aides personnelles au logement comprennent : / (…) 2° Les allocations de logement : / a) L’allocation de logement familiale ; / b) L’allocation de logement sociale ». Aux termes de l’article L. 823-1 de ce code : « Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; (...) ». Aux termes de l’article R. 822‑2 de ce code : « Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. (...) ». Enfin, aux termes de L’article L. 851-1 du même code dispose que : « Les informations nécessaires à l’appréciation des conditions d’ouverture, au maintien des droits et au calcul des aides personnelles au logement, notamment les ressources, sont obtenues par les organismes chargés du paiement de l’aide selon les modalités prévues à l’article L. 114-14 du code de la sécurité sociale, et, à défaut, sont obtenues auprès des demandeurs, bénéficiaires ou bailleurs qui sont tenus de les fournir ».

4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d’un indu de revenu de solidarité active, de prime d’activité ou d’aide personnalisée au logement, il entre dans l’office du juge administratif d’apprécier, au regard de l’argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d’ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien‑fondé de la décision de récupération d’indu. Il lui appartient, s’il y a lieu, d’annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l’exercice de son office, de régler le litige.

5. Il résulte de l’instruction que Mme A... a déclaré à la CAF, au titre de ses revenus pour l’année 2021, un montant de frais réels de 14 840 euros, ainsi qu’en atteste la déclaration produite par la CAF en défense, alors qu’elle avait, dans le même temps, déclaré à l’administration fiscale un montant de frais réels de 5549 euros, montant reporté dans l’avis de situation déclarative produit par la requérante elle-même. Dans ces conditions, en se contentant d’alléguer qu’elle n’avait commis aucune erreur déclarative, Mme A... ne peut être regardée comme établissant l’irrégularité de la rectification apportée par la CAF dans la prise en compte de ses revenus, en fonction de leur nature, pour le calcul de ses droits à l’allocation de logement sociale et à l’allocation de logement familiale.

Sur la demande de remise gracieuse des indus restant en litige :

6. Aux termes de l’article L. 823-9 du code de la construction et de l’habitation : « Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ». Aux termes de l’article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : « (…) par dérogation (…), la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. (…) ».

7. Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d’un indu de prime d’activité ou d’une prestation familiale, au titre du logement, il appartient au juge administratif d’examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l’une et l’autre des parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

8. Il résulte de l’instruction, et notamment du mémoire en défense de la CAF, non contredite par la requérante, qu’elle a perçu en 2025 des salaires mensuels de l’ordre de 1 243 euros ainsi qu’une prime d’activité d’environ 340 euros mensuellement. En outre, Mme A... n’a pas répondu à la mesure d’instruction qui lui a été communiquée le 30 juin 2026 par le tribunal dans le but d’apprécier la situation de précarité qu’elle allègue au jour du présent jugement. Dans ces conditions, en dépit des charges mensuelles qu’elle a invoquées dans sa requête, elle ne peut être regardée comme démontrant l’état de précarité allégué, tel qu’il justifierait la remise totale de sa dette, alors au demeurant que la CAF lui a déjà accordé une remise de plus de 50 % de cette dette au regard de son quotient familial en 2023, et, au surplus, que la dette de 889,44 euros de Mme A... a été entièrement soldée à la date du présent jugement par des retenues sur prestations sociales effectuées par la CAF.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A... à fin d’annulation et de remise du solde de sa dette d’allocation de logement familiale et d’allocation de logement sociale d’un montant restant de 889,44 euros doivent être rejetées.



D E C I D E :



Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d’annulation et à fin de remise de dette de Mme A... en tant qu’elles concernent sa dette d’allocation de logement sociale de 156 euros, sa dette de prime d’activité d’un montant de 533,19 euros et sa dette d’allocation de logement familiale de 61 euros.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme A... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à la caisse d’allocations familiales de Maine-et-Loire et au ministre du travail et des solidarités.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.


La magistrate désignée,





S. Gibson-Théry
Le greffier





P. Vosseler



La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement et au ministre du travail et des solidarités en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,