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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2304856

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2304856

mercredi 7 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2304856
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGONIDEC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante sénégalaise, qui contestait la décision du ministre de l'intérieur maintenant l'ajournement à trois ans de sa demande de naturalisation. La décision contestée se fondait sur un séjour irrégulier de quatre années en France, que le tribunal a jugé suffisamment grave et récent pour justifier cet ajournement. Le tribunal a considéré que le ministre n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son large pouvoir discrétionnaire, et que la requérante ne pouvait se prévaloir de la circulaire du 16 octobre 2012, dépourvue de valeur réglementaire. La solution retenue s'appuie sur les articles 21-15 du code civil et 48 du décret n°93-1362 du 30 décembre 1993.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 avril 2023, Mme B... E... A..., représentée par Me Gonidec, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision par laquelle le ministre de l’intérieur a implicitement rejeté son recours contre la décision du 2 août 2022 du préfet de Seine-Saint-Denis ajournant à trois ans sa demande de naturalisation ;

2°) d’enjoindre au le ministre de l'intérieur, de lui octroyer la nationalité française dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande de naturalisation dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît la circulaire du 16 octobre 2012 relative aux conditions d’accès à la nationalité française ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- les conclusions de la requête doivent être regardées comme étant dirigées contre sa décision expresse du 7 avril 2023 qui s’est substituée à sa décision implicite de rejet ;
- aucun des moyens soulevés par Mme A... n’est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme D... a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

Mme A..., ressortissante sénégalaise née le 1er mars 1978, a sollicité l’acquisition de la nationalité française par naturalisation. Sa demande a été ajournée à trois ans par décision du 2 août 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Saisi du recours préalable obligatoire prescrit par le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, le ministre de l’intérieur a gardé le silence faisant naître une décision implicite de rejet, dont Mme A... demande l’annulation.
Sur l’objet du litige :
Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision expresse du 7 avril 2023, le ministre de l’intérieur a rejeté le recours administratif préalable de Mme C... et maintenu l’ajournement à trois ans de sa demande de naturalisation. Il en résulte que les conclusions à fin d’annulation doivent être regardées comme dirigées contre cette décision expresse.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, Mme A... ne peut utilement se prévaloir du contenu de la circulaire du 16 octobre 2012 relative aux conditions d’accès à la nationalité française, dès lors que ses énonciations ne constituent pas des lignes directrices et sont dépourvues de caractère réglementaire.
En second lieu, aux termes de l’article 21-15 du code civil : « (…) l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ». En vertu des dispositions de l’article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu’il n’y a pas lieu d’accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l’ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient au postulant, s’il le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l’intérêt d’accorder la naturalisation au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d’opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.
Pour ajourner la demande d’acquisition de la nationalité française de Mme A... le ministre de l'intérieur s’est fondé sur le motif tiré de ce que l’intéressée avait méconnu la législation relative à l’entrée et au séjour des étrangers en France.
Il est constant que Mme A... a séjourné irrégulièrement en France de 2013 au 20 septembre 2017. Ces faits, qui ont perduré pendant quatre années, n’étaient pas excessivement anciens à la date de la décision attaquée ni dénués de gravité. Dans ces conditions, et en dépit de l’insertion professionnelle et personnelle dont elle se prévaut, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d’appréciation dont il dispose pour apprécier l’opportunité d’accorder la nationalité française à l’étranger qui la sollicite, décider de maintenir l’ajournement à trois ans de la demande de Mme A..., sans commettre d’erreur manifeste d’appréciation.
Il résulte de tout ce qui précède que Mme A... n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision qu’elle attaque. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu’être rejetées.




D E C I D E :




Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... E... A... et au ministre de l'intérieur.


Délibéré après l’audience du 25 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Claire Chauvet, présidente,
Mme Claire Martel, première conseillère,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.









Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2026.



La rapporteure,

Claire D...
La présidente,

Claire Chauvet



Le greffier,





Patrick Vosseler




La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
Le greffier,






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