Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 15 avril 2023, 30 janvier 2026 et 5 février 2026, M. A... C... demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler la décision du 2 août 2021 par laquelle la direction des services informatiques (DISI) centre-ouest de la direction générale des finances publiques a rejeté la demande de remboursement du coût des deux nuitées et des frais de repas occasionnés par son déplacement à Toulouse entre le 26 et le 28 juillet 2021, ainsi que la décision de la même direction du 5 avril 2023 rejetant son recours formé contre la décision du 2 août 2021 ;
2°) d’enjoindre au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique de le rétablir dans ses droits en ce qui concerne son ordre de mission et le remboursement des sommes qu’il a engagées au titre de ce déplacement à Toulouse du 26 au 28 juillet 2021.
Il soutient que :
- la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de sa requête, opposée en défense par le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, n’est pas fondée ;
- il peut prétendre au remboursement des deux nuitées et frais de repas afférents à son déplacement à Toulouse du 26 au 28 juillet 2021 dès lors que l’adjoint au responsable de l’ESI d’Angers l’avait assuré que les nuitées et repas seraient remboursés, qu’il a fait le choix du versement des indemnités de stage selon le mode dégressif, que son déplacement à Toulouse a fait l’objet d’un ordre de mission, que les conférences qui ont eu lieu à Toulouse du 26 au 28 juillet 2021 n’ont pas été initialement prévues, que l’administration ne saurait se dédire, postérieurement à son déplacement à Toulouse, de l’engagement qu’elle a pris, antérieurement à ce déplacement, de lui rembourser les sommes afférentes à ce déplacement à Toulouse, formalisé par l’ordre de mission qui lui a été délivré et l’avance sur remboursement de frais qui lui a été accordée, qu’un tel revirement de l’administration porte atteinte à la sécurité juridique, à la confiance nécessaire dans le service et à l’équité.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 février 2026, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est tardive, en application des dispositions de l’article R. 421-1 du code de justice administrative, et donc irrecevable ;
- les conclusions à fin d’injonction de la requête, exposées à titre principal, sont irrecevables ;
- subsidiairement, aucun des moyens de la requête n’est fondé.
Par une lettre du 30 janvier 2026, les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de relever d’office le moyen tiré la tardiveté, et donc de l’irrecevabilité de la requête.
Vu
- les décisions contestées ;
- les autres pièces du dossier.
Vu
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 ;
- le décret n° 2010-986 du 26 août 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l’audience.
Après avoir entendu au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Vauterin, premier conseiller,
- les conclusions de M. Delohen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C..., qui résidait alors à Caen (Calvados), a été nommé le 1er septembre 2020 en qualité d’inspecteur stagiaire dans le corps des inspecteurs des finances publiques, régi par le décret du 26 août 2010 portant statut particulier des personnels de catégorie A de la direction générale des finances publiques (DGFIP). Pour la durée de son stage d’une durée d’un an, il a été affecté administrativement, pour sa formation théorique, à l’Ecole nationale des finances publiques (ENFIP), à son établissement situé à Toulouse (Haute-Garonne), de septembre 2020 à avril 2021, où la formation a été dispensée en distanciel compte tenu de la crise sanitaire résultant de l’épidémie de covid-19. Pour sa formation pratique, il a été affecté dans son service d’affectation définitive, à l’établissement de service informatique (ESI) d’Angers, dépendant de la direction des services informatiques (DISI) centre-ouest de la DGFIP, du 17 mai 2021 au 31 juillet 2021, dans les conditions prévues à l’article 11 du décret du 26 août 2010, avant sa titularisation, prononcée le 1er septembre 2021. Ayant été convoqué pour assister, dans le cadre de sa formation, à des conférences d’actualité devant se tenir en présentiel à l’ENFIP à Toulouse du 26 juillet 2021 à 14h00 au 27 juillet 2021 à 16h30, M. C... s’y est rendu avec son véhicule personnel et il a bénéficié à ce titre d’une avance sur frais de déplacement d’un montant de 232,50 euros. Le 26 juillet 2021, l’intéressé a présenté à l’administration, sous la référence QA6NS02 sur le logiciel « Chorus déplacements temporaires » (Chorus DT), un état des frais kilométriques, des frais de repas et deux nuitées d’hôtel devant être occasionnés par ce déplacement de Caen à Toulouse à la fin du mois de juillet 2021, en vue de leur remboursement. Par une décision formalisée sur le logiciel Chorus DT, les services de la DGFIP ont admis le bien-fondé de la demande de remboursement de frais de M. C... à concurrence d’un montant de 155,33 euros correspondant aux frais kilométriques et excluant le coût des deux nuitées et des frais de repas, et ont demandé à l’intéressé de rembourser une quote-part de l’avance versée, à concurrence d’un montant de 77,17 euros. Par un courriel du 30 juillet 2021, M. C... a contesté, auprès de la division « Ressources humaines et formation professionnelle » (RH) de la DISI centre-ouest, le refus de lui rembourser le montant de ces frais de repas et nuitées en faisant valoir que l’adjoint au responsable de l’ESI d’Angers l’avait assuré du remboursement de ces frais de repas et nuitées. La division RH de la DISI centre-ouest ayant refusé, par un courriel du 2 août 2021, de faire droit à la demande de remboursement de M. C..., celui-ci a formé, le 4 avril 2023, devant le même service, un recours à fin de contester les conditions de remboursement de son état de frais afférent à son déplacement à Toulouse en juillet 2021. Par un courriel du 5 avril 2023, la responsable de la division RH de la DISI centre-ouest a rejeté sa demande. Par sa requête, M. C... doit être regardé comme demandant l’annulation, pour excès de pouvoir, des décisions de la DISI centre-ouest des 2 août 2021 et 5 avril 2023 rejetant sa demande de remboursement de ses deux nuitées.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes de l’article 3 du décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les déplacements temporaires des personnels civils de l'Etat, dans sa rédaction applicable au litige : « Lorsque l'agent se déplace pour les besoins du service à l'occasion d'une mission (...), il peut prétendre (...) : / - à la prise en charge de ses frais de transport ;/ - à des indemnités de mission qui ouvrent droit, cumulativement ou séparément, selon les cas, au remboursement forfaitaire des frais supplémentaires de repas, au remboursement forfaitaire des frais et taxes d'hébergement et, pour l'étranger et l'outre-mer, des frais divers directement liés au déplacement temporaire de l'agent (...) ». Aux termes de l’article 3-1 du même décret : « Lorsque l'agent se déplace à l'occasion d'un stage, il peut prétendre : / - à la prise en charge de ses frais de transport ; / - à des indemnités de stage dans le cadre d'actions de formation professionnelle statutaire préalables à la titularisation (...). / L'indemnité de stage et l'indemnité de mission instituées par le présent décret sont exclusives l'une de l'autre ». Selon l’article 3-2 du même décret : « Sous réserve de l'impossibilité de recourir aux prestations prévues à l'article 5, des avances sur le paiement des frais visés aux articles précédents sont consenties aux agents qui en font la demande. Leur montant est précompté sur l'ordonnance ou le mandat de paiement émis à la fin du déplacement à l'appui duquel doivent être produits les états de frais ». L’arrêté du 3 juillet 2006 fixant les taux des indemnités de stage prévues à l'article 3-1 du décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006, dans sa rédaction applicable au litige, fixe à 9,40 euros le taux de base des indemnités de stage lorsque le stage se déroule en métropole, et prévoit l’application, suivant un système de dégressivité au cours de la durée du stage, d’un taux de base, de deux taux de base ou d’un demi-taux de base journalier, selon si le fonctionnaire stagiaire est ou non logé gratuitement, et s’il a la possibilité ou non de prendre ses repas dans un restaurant administratif ou assimilé. Aux termes de l’article 23 de l’arrêté du 1er novembre 2006 pris pour l'application dans les ministères économiques et financiers du décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 : « L'agent qui suit une action de formation statutaire préalable à sa titularisation bénéficie des indemnités de stage prévues par l'arrêté du 3 juillet 2006 susvisé (...) ». Aux termes de l’article 24 du même arrêté : « Pour les stages de formation initiale d'une durée supérieure à six mois, l'agent peut opter pour un versement linéaire des indemnités ». Selon l’article 27 du même arrêté : « L'agent appelé à se déplacer pour un stage de formation initiale ou continue peut prétendre à la prise en charge d'un aller et retour entre sa résidence administrative ou familiale et le lieu de la formation ». Enfin, un arrêté du 3 juillet 2006 fixant les taux des indemnités kilométriques prévues à l'article 10 du décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 trouve à s’appliquer pour le règlement des frais occasionnés par les personnels de l'Etat utilisant leur véhicule personnel.
3. Il ressort des pièces du dossier, d’une part, que M. C... a bénéficié, durant sa période de stage d’une durée d’un an en qualité d’inspecteur des finances publiques stagiaire, de l’indemnité de stage prévue à l’article 3-1 du décret du 3 juillet 2006, liquidée à concurrence d’un montant total de 5 358 euros dans les conditions prévues par l’arrêté précité du 3 juillet 2006, d’autre part, que la DISI centre-Ouest a pris en charge, dans les conditions prévues à l’article 27 de l’arrêté précité du 1er novembre 2006, les frais de déplacement aller-retour de l’intéressé lors de son déplacement de Caen, où il a sa résidence familiale, à l’ENFIP de Toulouse, entre le 26 et le 28 juillet 2021. Les dispositions du dernier alinéa de l’article 3-1 du décret du 3 juillet 2006 aux termes desquelles « L'indemnité de stage et l'indemnité de mission (...) sont exclusives l'une de l'autre » faisant obstacle à ce qu’un fonctionnaire stagiaire bénéficiant d’indemnités de stage dans le cadre d'actions de formation professionnelle statutaire préalables à sa titularisation puisse cumuler cette indemnité avec des indemnités de mission qui ouvrent droit notamment, en vertu de l’article 3 du même décret, au remboursement forfaitaire des frais d'hébergement et de repas, M. C... n’est pas fondé à soutenir qu’il peut prétendre au remboursement des deux nuitées et frais de repas afférents à son déplacement à Toulouse en juillet 2021. En tout état de cause, si la circonstance que M. C... aurait été induit en erreur sur ses droits à remboursement de ses frais de déplacement et d’hébergement par le responsable de l’ESI où il est affecté est susceptible de faire l’objet d’un recours en responsabilité, dont il appartient à l’intéressé d’apprécier les chances de succès, elle est sans incidence sur la légalité des décisions des 2 août 2021 et 5 avril 2023 par lesquelles les services de la direction générale des finances publiques ont rejeté sa demande de prise en charge de ces deux nuitées et frais de repas. Demeure également sans incidence la circonstance que M. C... aurait fait le choix du versement des indemnités de stage selon le mode dégressif prévu par l’arrêté du 3 juillet 2006 précité plutôt que selon le mode linéaire prévu à l’article 24 de l’arrêté du 1er novembre 2006, que son déplacement à Toulouse aurait donné lieu à l’émission d’un ordre de mission, ou que les conférences qui ont eu lieu à Toulouse du 26 au 28 juillet 2021 n’auraient pas été initialement prévues. Il y a lieu en outre d’écarter comme inopérants les moyens tirés de la méconnaissance des principes de confiance nécessaire dans le service et d’équité, dont M. C... n’indique pas le fondement juridique. Enfin, si le principe de sécurité juridique implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l’effet du temps, la circonstance, à la supposer établie, que l’administration aurait, par sa décision du 2 août 2021, refusé à M. C... le remboursement d’une somme qu’elle se serait engagée, dans les jours précédant son déplacement à Toulouse du 26 juillet 2021, à lui verser, n’est pas de nature à révéler la méconnaissance d’un tel principe dès lors que l’administration pouvait légalement le faire dans le délai de quatre mois prévu à l’article L. 242-1 du code des relations entre le public et l’administration, relatif aux conditions de retrait des décisions créatrices de droit. Dès lors, les moyens, pris en leurs différentes branches, tirés de l’illégalité des décisions en litige ne peuvent qu’être écartés.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de décisions de la DISI centre-ouest des 2 août 2021 et 5 avril 2023 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
5. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation présentées par M. C..., n’appelle aucune mesure d’exécution. Dès lors, les conclusions à fin d’injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense par le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, que la requête de M. C... doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
Délibéré après l’audience du 17 février 2026, à laquelle siégeaient :
M. Vauterin, premier conseiller faisant fonction de président,
Mme Pétri, première conseillère,
Mme Gavet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2026.
Le premier conseiller faisant fonction
de président, rapporteur
A. Vauterin
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
M. Pétri
La greffière,
M. B...
La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
M. B...