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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2310311

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2310311

mardi 2 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2310311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLEBON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. B... contre la décision du ministre de l'intérieur confirmant l'ajournement à deux ans de sa demande de naturalisation. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le requérant ne pouvait pas se prévaloir de la circulaire du 12 octobre 2012, dépourvue de caractère réglementaire. Il a également estimé que l'ajournement n'emportait aucune modification des conditions d'existence de l'intéressé, rendant inopérante l'invocation des articles 6 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Enfin, le tribunal a considéré que le ministre n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur l'insuffisance et l'instabilité des ressources de M. B..., au regard des articles 21-15 du code civil et 48 du décret n°93-1362 du 30 décembre 1993.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2023, M. A... B..., représenté par Me Lebon, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 22 juin 2023 par laquelle le ministre de l’intérieur a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du préfet de l’Essonne du 6 mars 2023 ajournant à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire droit à sa demande de naturalisation ou, à défaut, de réexaminer sa demande de naturalisation.

Il soutient que :
la décision attaquée est entachée de défaut de motivation ;
elle méconnait les dispositions de la circulaire du ministre de l’intérieur du 12 octobre 2012 relative à la procédure d’accès à la nationalité et les stipulations des articles 6 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle est entachée d’une erreur de fait et d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’il justifie d’une situation professionnelle stable lui procurant des ressources suffisantes, qu’il se trouve en situation régulière en France aux côtés de son épouse et de ses deux enfants, qu’il maîtrise parfaitement la langue française et qu’il est intégré à la société française.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par M. B... n’est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code civil ;
le code des relations entre le public et l’administration ;
le décret n°93-1362 du 30 décembre 1993 ;
le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Gavet a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant guinéen né le 1er avril 1976, a présenté une demande de naturalisation auprès du préfet de l’Essonne, qui l’a ajournée à deux ans par une décision du 6 mars 2023. Par sa requête, il demande l’annulation de la décision du 22 juin 2023, prise sur son recours administratif préalable obligatoire, par laquelle le ministre de l’intérieur a confirmé l’ajournement à deux ans de sa demande de naturalisation.

Aux termes de l’article 21-15 du code civil : « Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ». Aux termes de l’article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : « (…) / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation (…) sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions (…) ». En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l’intérêt d’accorder la nationalité française à l’étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d’opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d’insertion professionnelle et d’autonomie matérielle du postulant, ainsi que le caractère suffisant et durable de ses ressources.

Pour confirmer l’ajournement à deux ans de la demande de naturalisation présentée par M. B..., le ministre de l’intérieur s’est fondé sur le motif tiré de ce que son parcours professionnel, apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ne permet pas de considérer qu’il a pleinement réalisé son insertion professionnelle puisqu’il ne dispose pas de ressources suffisantes et stables pour subvenir à elles seules à ses besoins et à ceux de sa famille.

En premier lieu, aux termes de l’article 27 du code civil : « Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d’acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret (…) doit être motivée ». La décision attaquée fait mention des dispositions applicables à M. B..., et comporte l’énoncé des considérations de fait propres à la situation de l’intéressé qui lui servent de fondement. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisante motivation de cette mesure doit être écarté.

En deuxième lieu, la circulaire du 12 octobre 2012 étant dépourvue de caractère réglementaire et ne présentant pas le caractère de lignes directrices, M. B... ne peut utilement s’en prévaloir.

En troisième lieu, la décision par laquelle une demande d’acquisition de la nationalité française est ajournée n’est pas, par nature, susceptible de porter atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale de la personne qui la sollicite, en ce qu’elle n’emporte par elle-même aucune modification dans les conditions d’existence du demandeur, ni ne revêt un caractère pénal. Par suite, M. B... ne peut utilement se prévaloir des stipulations des articles 6 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

En quatrième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier qu’après avoir exercé différentes activités professionnelles depuis son entrée en France en 2013, M. B... exerce, depuis le 1er août 2018, sous le statut d’entrepreneur individuel, l’activité de conducteur de taxi, au titre de laquelle il a déclaré à l’administration fiscale un bénéfice industriel et commercial s’élevant à 4 831 euros en 2021, à 2 394 euros en 2020 et à 9 821 euros en 2019, et que le revenu fiscal de référence de son foyer, composé de deux adultes et de deux enfants mineurs, ne s’élevait, au titre de ces mêmes années, qu’à, respectivement, 11 238 euros, 4 051 euros et 8 592 euros. Ainsi, en dépit d’un bénéfice tiré de son activité professionnelle en nette hausse au cours de l’exercice 2022, M. B... ne justifie pas qu’à la date de la décision contestée, il disposait de ressources suffisamment stables lui permettant de subvenir durablement à ses besoins et à ceux de son foyer. Dans ces conditions, le ministre de l’intérieur a pu, pour le motif exposé au point 3 et sans commettre d’erreur manifeste d’appréciation, confirmer, à la date à laquelle il s’est prononcé, l’ajournement à deux ans de la demande de naturalisation présentée par M. B.... Par ailleurs, eu égard au motif qui la fonde, les circonstances tenant à l’intégration sociale du requérant sur le territoire français, à sa maîtrise de la langue française et à la régularité et à la stabilité de son séjour sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision qu’il conteste. Par voie de conséquence, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d’injonction.




D E C I D E :



Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 12 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Besse, président,
M. Vauterin, premier conseiller,
Mme Gavet, conseillère.






Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2025.





La rapporteure,

A. GAVET
Le président,

P. BESSE




La greffière,




F. MERLET



La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

F. MERLET


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