Refus d'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi – Tribunal Administratif de Nantes – Rejet de la requête – Code du travail (articles L. 5411-4, R. 5411-3, R. 5221-47). Le tribunal a rejeté la demande de M. A... tendant à l'annulation de la décision de Pôle emploi du 9 septembre 2022 confirmant le refus d'inscription, au motif qu'à la date de la demande, l'intéressé ne justifiait pas d'un titre de séjour l'autorisant à travailler, condition requise par les textes applicables. Le moyen tiré du défaut de motivation a été écarté comme inopérant, le juge exerçant un plein contentieux sur les droits.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 août 2023, M. B..., représenté par Me Smati, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 9 septembre 2022 par laquelle Pôle emploi a confirmé le refus de procéder à son inscription sur la liste des demandeurs d’emploi ;
2°) de prononcer son inscription sur cette liste à compter de cette même date et de lui accorder les droits correspondant à cette inscription ou, à défaut, de le renvoyer devant Pôle emploi pour la fixation de ses droits ;
3°) de mettre à la charge de France Travail Pays de la Loire le versement d’une somme de 1 800 euros à son avocat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation ;
- au regard de sa situation très particulière, il aurait dû se voir accorder le droit d’être inscrit sur la liste des demandeurs d’emploi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2025, France Travail Pays de la Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.
Par une décision du 7 juin 2023, M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de M. Cordrie a été entendu au cours de l’audience publique.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
M. A... demande l’annulation de la décision du 9 septembre 2022 par laquelle Pôle emploi a confirmé le refus de procéder à son inscription sur la liste des demandeurs d’emploi.
Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l’administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d’une personne en matière d’aide ou d’action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d’emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu’à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d’examiner les droits de l’intéressé, en tenant compte de l’ensemble des circonstances de fait qui résultent de l’instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l’article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d’annuler ou de réformer, s’il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l’intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l’administration afin qu’elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d’un contentieux portant sur le droit à l’inscription sur la liste des demandeurs d’emploi, qui relève des dispositions en faveur des travailleurs privés d’emploi, c’est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.
En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent du présent jugement que le moyen tiré du défaut de motivation dont serait entaché la décision attaquée est inopérant et doit être écarté.
En second lieu, aux termes de l’article L. 5411-4 du code du travail, dans sa rédaction applicable au litige : « Lors de l'inscription d'une personne étrangère sur la liste des demandeurs d'emplois, Pôle emploi vérifie la validité de ses titres de séjour et de travail. (…) ». Aux termes de l’article R. 5411-3 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : « Le travailleur étranger justifie de la régularité de sa situation au regard des dispositions réglementant l'exercice d'activités professionnelles salariées par les étrangers. » Aux termes de l’article R. 5221-47 de ce même code, dans sa rédaction applicable au litige : « Pour demander son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, le travailleur étranger doit satisfaire aux conditions d'inscription prévues par la section 1 du chapitre premier du titre premier du livre IV, et notamment à celles mentionnées aux articles R. 5411-2 et R. 5411-3 et au 5° de l'article R. 5411-6 relatives à la justification de la régularité de sa situation au regard des dispositions qui réglementent l'exercice d'activités professionnelles par les étrangers. »
Il résulte de l’instruction qu’à la date à laquelle M. A... a demandé son inscription sur la liste des demandeurs d’emploi, il ne disposait plus d’un document de séjour l’autorisant à travailler. S’il produit une attestation de demande d’asile en procédure accélérée, qui ne l’autorisait au demeurant pas à travailler, celle-ci était seulement valable jusqu’au 25 mai 2022. Par ailleurs, la circonstance qu’il ait cotisé à l’assurance-chômage dans le cadre de l’activité professionnelle d’interprétariat qu’il a exercée du 2 janvier 2020 au 31 décembre 2021 n’était pas de nature à le dispenser de remplir les conditions d’inscription sur la liste des demandeurs d’emploi fixées par les dispositions citées au point précédent du présent jugement. Dès lors, les conclusions de M. A... tendant à l’annulation de la décision du 9 septembre 2022 et à ce que le tribunal ordonne son inscription sur la liste des demandeurs d’emploi à compter de cette date doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... et à France Travail Pays de la Loire.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme André, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2025.
Le rapporteur,
A. Cordrie
La présidente,
V. GourmelonLa greffière,
Y. Boubekeur
La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière