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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2313882

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2313882

vendredi 5 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2313882
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12eme chambre
Avocat requérantLE GALL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A... contestant le refus implicite du ministre de l'intérieur de lui accorder la naturalisation. La décision ministérielle s'étant substituée à celle du préfet, les moyens tirés d'un défaut de motivation ou d'examen de la décision préfectorale étaient inopérants. Le tribunal a estimé que le ministre n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ajournant la demande à deux ans, en raison de l'insertion professionnelle insuffisante de la requérante, dont les ressources provenaient en partie de prestations sociales non contributives. Cette appréciation d'opportunité a été fondée sur l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 septembre 2023, Mme B... A..., représentée par Me Le Gall, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision par laquelle le ministre de l’intérieur a implicitement rejeté son recours contre la décision du 2 février 2023 par laquelle le préfet de la Sarthe a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui octroyer la nationalité française ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande de naturalisation, dans les deux cas dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 500 euros à son avocate au titre des articles L. 761‑1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- la décision préfectorale est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen ;
- la décision ministérielle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle remplit les conditions de recevabilité fixées par le code civil pour prétendre à la naturalisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.

Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Cordrie,
- les observations de Me Gay, substituant Me Le Gall, représentant Mme A....

Considérant ce qui suit :

Mme A... demande au tribunal d’annuler la décision par laquelle le ministre de l’intérieur a implicitement rejeté son recours contre la décision du 2 février 2023 par laquelle le préfet de la Sarthe a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation.

En premier lieu, la décision par laquelle le ministre de l’intérieur statue sur le recours préalable obligatoire institué par les dispositions de l’article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française se substitue à la décision initiale prise par l’autorité préfectorale. Par suite, les moyens tirés de l’insuffisance de motivation et du défaut d’examen dont serait entachée la décision préfectorale, à laquelle s’est substituée la décision du ministre, ne peuvent être utilement invoqués pour contester la légalité de cette dernière décision.

En deuxième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : « (…) l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ». Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 précité : « Si le ministre chargé des naturalisations estime qu’il n’y a pas lieu d’accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l’ajournement en imposant un délai ou des conditions (…) ». En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut notamment prendre en compte, sous le contrôle du juge, le degré d’insertion professionnelle du postulant, apprécié au regard du niveau et de la stabilité de ses ressources.

Pour confirmer l'ajournement à deux ans de la demande de naturalisation présentée par Mme A..., le ministre s’est approprié le motif de la décision préfectorale, tiré de ce que l’insertion professionnelle de l’intéressée ne pouvait être considérée comme pleinement réalisée en l’absence de ressources suffisantes et stables. Il ressort à cet égard des pièces du dossier que les ressources de Mme A... étaient issues, notamment en avril et en décembre 2022, de la perception du revenu de solidarité active, de la prime d’activité et de l’aide personnalisée au logement, prestations sociales non contributives versées sous conditions de ressources, ce dont il se déduit que les revenus tirés par la requérante de l’activité d’import-export qu’elle exerce depuis 2021 et des missions d’intérim qu’elle justifie avoir effectuées au cours de l’année 2022 ne peuvent être regardés comme suffisants pour lui permettre de subvenir de manière autonome à ses besoins et à ceux de son foyer. Dès lors, le ministre n’a pas entaché sa décision d’une erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur l’insuffisante insertion professionnelle de la requérante pour ajourner à deux ans sa demande de naturalisation.

En dernier lieu, dès lors que le ministre ne s’est pas fondé sur les dispositions du code civil qui fixent les conditions de recevabilité des demandes de naturalisation, mais a statué en opportunité, sur le fondement de l’article 48 du décret du 30 décembre 1993, la circonstance que la demande présentée par Mme A... satisferait à ces conditions de recevabilité est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A... doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d’injonction et au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,
Mme André, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2025.

Le rapporteur,



A. Cordrie


La présidente,



V. GourmelonLa greffière,



Y. Boubekeur

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière


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