Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 25 octobre 2023, 10 septembre 2025 et 9 janvier 2026, Mme A... B... demande au tribunal d’annuler la décision par laquelle le ministre de l’intérieur a implicitement ajourné à deux ans sa demande de naturalisation.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- sa condamnation est non avenue ;
- le motif retenu lui a déjà été opposé par une décision d’ajournement de 2017 ;
- la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision attaquée méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dès lors qu’elle est insérée en France où elle vit depuis l’âge de 16 ans et y a suivi sa scolarité et ses études supérieures.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme B... a produit quatre mémoires et des pièces complémentaires enregistrés les 10 septembre 2025, 5 juin 2026 et 11 juin 2026 qui n’ont pas été communiqués.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Ribac, conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
Mme B..., née le 2 novembre 1988, de nationalité marocaine, a présenté une demande de naturalisation auprès du préfet de police. L’intéressée a formé, le 2 mai 2023, un recours administratif préalable obligatoire contre la décision par laquelle le préfet de police a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation. Par une décision née le 2 septembre 2023 du silence gardé sur sa demande pendant un délai de quatre mois, dont Mme B... demande au tribunal de prononcer l’annulation, le ministre de l’intérieur a implicitement ajourné à deux ans sa demande de naturalisation.
En premier lieu, lieu, aux termes de l’article 21-15 du code civil : « Hors le cas prévu à l’article 21-14-1, l’acquisition de la nationalité française par décision de l’autorité publique résulte d’une naturalisation accordée par décret à la demande de l’étranger ». Aux termes de l’article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : « (…) Si le ministre chargé des naturalisations estime qu’il n’y a pas lieu d’accorder la naturalisation (…) sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l’ajournement en imposant un délai ou des conditions (…) ». En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l’intérêt d’accorder la nationalité française à l’étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d’opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.
Il ressort du mémoire en défense que, pour ajourner à deux ans la demande d’acquisition de la nationalité française de Mme B..., le ministre de l’intérieur s’est fondé sur le motif tiré de ce que l’intéressée a été condamnée par le tribunal correctionnel de Nice le 8 janvier 2016 à une peine de quatre mois de prison avec sursis et à des dommages-intérêts pour outrage et violence sur une personne chargée d’une mission de service public, à Nice, le 8 janvier 2016. Ces faits, qui sont établis par le jugement correctionnel du tribunal de grande instance de Nice du 8 juin 2016 produit en défense, n’étaient ni anciens ni dépourvus de gravité à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, et alors que Mme B... ne peut utilement se prévaloir de ce que sa condamnation serait non avenue, le ministre de l’intérieur pouvait, sans commettre d’erreur manifeste d'appréciation, décider d’ajourner à deux ans la demande de naturalisation de l’intéressée.
En deuxième lieu, si Mme B... soutient, au demeurant sans l’établir, que le motif retenu par le ministre de l'intérieur lui a déjà été opposé par une précédente décision d’ajournement en 2017, cette circonstance est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
En dernier lieu, la décision par laquelle une demande d’acquisition de la nationalité française est rejetée ou ajournée n’est pas, par nature, susceptible de porter atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale de la personne qui la sollicite, la décision attaquée n’emportant par elle-même aucune modification dans les conditions d’existence de Mme B..., qui ne peut dès lors utilement se prévaloir des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B..., qui ne comportait que des conclusions à fin d’annulation, doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 10 juin 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Le Barbier, présidente,
M. Simon, premier conseiller,
Mme Ribac, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La rapporteure,
L.-E. Ribac
La présidente,
M. Le Barbier
La greffière,
A. Chabanne
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,