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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2315992

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2315992

vendredi 19 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2315992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12eme chambre
Avocat requérantMUSCILLO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B... contestant la décision du ministre de l'intérieur d'ajourner à trois ans sa demande de naturalisation. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le ministre avait procédé à un examen particulier de sa situation. Il a estimé que le ministre pouvait légalement se fonder sur les faits récents de circulation sans assurance (décembre 2020) pour prononcer cet ajournement, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation. La solution retenue s'appuie sur les articles 21-15 du code civil et 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 octobre 2023, Mme A... B..., représentée par Me Muscillo, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 7 juillet 2023 par laquelle le ministre de l’intérieur a ajourné à trois ans sa demande de naturalisation ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui octroyer la nationalité française ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande de naturalisation, dans les deux cas dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 200 euros à son avocat au titre des articles L. 761‑1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen ;
- elle méconnait les articles 21-23 et 21-27 du code civil ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B... ne sont pas fondés.


Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mai 2024.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de M. Cordrie a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

Mme B... demande au tribunal d’annuler la décision par laquelle le ministre de l’intérieur a ajourné à trois ans sa demande de naturalisation.

En premier lieu, la décision attaquée mentionne les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française dont le ministre a fait application, ainsi que les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme B... sur lesquelles il s’est fondé, tenant à la procédure dont elle a fait l’objet, portant sur des faits de violences volontaires par conjoint avec incapacité temporaire de travail de moins de huit jours entre le 16 janvier et le 15 juin 2013, qui a donné lieu à un rappel à la loi, et aux faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance qu’elle a commis le 25 décembre 2020. La décision expose ainsi avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est dès lors suffisamment motivée.

En deuxième lieu, il résulte de la motivation que comporte la décision du 7 juillet 2023 que le ministre a procédé à un examen particulier de la situation de Mme B.... Le moyen tiré de ce qu’elle serait entachée d’un défaut d’examen doit dès lors être écarté.

En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : « (…) l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ». Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 précité : « Si le ministre chargé des naturalisations estime qu’il n’y a pas lieu d’accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l’ajournement en imposant un délai ou des conditions (…) ». En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut notamment prendre en compte, sous le contrôle du juge, les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.

Pour ajourner à trois ans la demande de naturalisation présentée par Mme B..., le ministre s’est fondé sur les motifs énoncés au point 2 du présent jugement. Si les faits retenus par le ministre de violences volontaires par conjoint avec incapacité temporaire de travail de moins de huit jours commis entre le 16 janvier et le 15 juin 2013, que Mme B... ne conteste pas, dataient de plus de dix ans à la date à laquelle la décision attaquée a été prise, et étaient dès lors trop anciens pour que le ministre puisse les prendre en considération pour édicter sa décision, ceux de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance commis par la requérante le 25 décembre 2020, au titre desquels elle s’est vu infliger une amende délictuelle et une amende contraventionnelle, ne sont pas dénués de gravité et présentaient un caractère récent à cette même date. Dès lors, le ministre n’a pas entaché sa décision d’une erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur ces faits pour prononcer l’ajournement à trois ans de la demande de Mme B.... Pour contester cette appréciation portée par le ministre, la requérante ne saurait se prévaloir utilement des termes de la circulaire du 21 juin 2013 relative à l’accès à la nationalité française, qui est dépourvue de caractère réglementaire.

En dernier lieu, la requérante fait valoir que les faits retenus par le ministre n’entrent pas dans le champ d’application des articles 21-23 et 21-27 du code civil, les dispositions de ce dernier article déterminant les catégories de condamnations pénales faisant obstacle à la recevabilité d’une demande de naturalisation. Toutefois, le ministre n’a pas constaté l’irrecevabilité de la demande de Mme B... sur le fondement des articles précités, mais en a prononcé l’ajournement sur le fondement de l’article 48 du décret du 30 décembre 1993. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des 21-23 et 21-27 du code civil est inopérant et doit être écarté.

Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B... doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d’injonction et au titre des frais liés au litige.






D E C I D E :




Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l'audience du 5 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,
Mme André, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2025.


Le rapporteur,




A. Cordrie




La présidente,




V. GourmelonLa greffière,




Y. Boubekeur


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière


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