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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2318813

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2318813

lundi 23 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2318813
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en plein contentieux, a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler le refus d'orientation en établissement de réadaptation professionnelle (ESRP). Le juge a estimé, après examen du dossier, que la commission des droits et de l'autonomie (CDAPH) n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que la formation demandée ne relevait pas de sa compétence. La décision s'appuie sur les articles L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles et L. 5213-2 et suivants du code du travail relatifs à l'orientation des travailleurs handicapés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 décembre 2023, Mme B... A... demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 14 avril 2023 par laquelle la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la Sarthe a rejeté son recours administratif présenté le 9 février 2023 et dirigé contre la décision du 20 janvier 2023 portant refus de sa demande d’orientation professionnelle en établissement ou service de réadaptation professionnelle (ESRP) ;

2°) d’enjoindre à la CDAPH de la Sarthe de lui accorder le bénéfice de l’orientation professionnelle en ESRP.

Elle soutient que :
-
la décision attaquée est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors qu’elle a effectué une pré-orientation en ESRP qui a donné satisfaction ;
-
la formation envisagée au sein de l’ESRP de Fontenailles comprend des places disponibles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2025, le groupement d’intérêt public Sarthe Autonomie (GIP MDPH) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Guillemin a été entendu au cours de l’audience publique.

La clôture d’instruction a été prononcée, en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative, à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :


Mme B... A..., reconnue en qualité de travailleuse handicapée, a fait une demande d’orientation dans un centre de réadaptation et de rééducation professionnelle, devenu établissement et service de réadaptation professionnelle (ESRP) le 30 novembre 2022 afin de suivre une formation d’ouvrière de production horticole. La commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la Sarthe a rejeté cette demande le 20 janvier 2023. Par une décision du 14 avril 2023, prise à la suite du recours administratif préalable obligatoire formé par Mme A..., la CDAPH de la Sarthe a confirmé le rejet de sa demande d’orientation professionnelle au motif que sa demande de formation ne relevait pas de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH), au regard des pièces administratives et médicales versées. Par la présente requête, Mme A... demande l’annulation de la décision du 14 avril 2023, laquelle s’est substituée à celle du 20 janvier 2023.

Aux termes de l’article L. 146-9 du code de l’action sociale et des familles : « Une commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées prend, sur la base de l’évaluation réalisée par l’équipe pluridisciplinaire mentionnée à l’article L. 146-8, des souhaits exprimés par la personne handicapée ou son représentant légal dans son projet de vie et du plan de compensation proposé dans les conditions prévues aux articles L. 114-1 et L. 146-8, les décisions relatives à l’ensemble des droits de cette personne, notamment en matière d’attribution de prestations et d’orientation, conformément aux dispositions des articles L. 241-5 à L. 241-11 (…) ».

Les recours formés contre les décisions des commissions des droits et de l’autonomie des personnes handicapées statuant, en application des articles précités, sur l’orientation professionnelle des personnes handicapées constituent des recours de plein contentieux. Eu égard à son office lorsqu’il est saisi d’un tel recours, il appartient au juge administratif de se prononcer non sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais seulement sur les droits de l’intéressé sur lesquels l'administration s’est prononcée, en tenant compte de l’ensemble des circonstances de fait qui résultent de l’instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d’annuler ou de réformer, s’il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l’intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue, sauf à renvoyer à l’administration compétente, et sous son autorité, le règlement de tel aspect du litige dans des conditions précises qu’il lui appartient de fixer.

Le premier alinéa de l’article L 5213-2 du code du travail dispose que « la qualité de travailleur handicapé est reconnue par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles. Lorsque le handicap est irréversible, la qualité de travailleur handicapé est attribuée de façon définitive (…). ». Aux termes de l’article L. 5213-3 de ce code : « Tout travailleur handicapé peut bénéficier d'une réadaptation, d'une rééducation ou d'une formation professionnelle (…). ». L’article R. 5213-9 du code du travail dispose : « L’éducation ou la rééducation professionnelle des travailleurs handicapés est assurée par : / 1° Les centres d'éducation ou de rééducation professionnelle créés par l'Etat, par une collectivité publique ou par un établissement public, et notamment les écoles de reconversion mentionnées par l'article D. 526 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ; / 2° Les centres d'éducation ou de rééducation professionnelle créés par les organismes de sécurité sociale ; / 3° Les centres d'éducation ou de rééducation professionnelle privés autres que ceux qui sont mentionnés au 2° ; / 4° Les employeurs au titre d'actions d'éducation ou de rééducation professionnelle; / 5° Les centres collectifs ou d'entreprise agréés par le ministre chargé du travail ; / 6° Les organismes de formation au titre d'actions agréées en application de l'article L. 6341-4. ». Aux termes de l’article R. 5213-10 du même code : « La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est consultée sur toutes les demandes ou propositions de rééducation ou de réadaptation d'un travailleur handicapé ». Aux termes de l’article R. 5213-12 de ce même code : « La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées donne également son avis sur la nature, les modalités et la durée de la réadaptation, rééducation ou formation professionnelle appropriée (…) ».

Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées, à laquelle cet article R. 5213-12 confère la mission de se prononcer sur la réadaptation, rééducation ou formation professionnelle appropriée, peut orienter toute personne à laquelle la qualité de travailleur handicapé a été reconnue vers un centre de rééducation professionnelle, dès lors qu'elle estime que les chances de l’intéressé d'obtenir ou retrouver un emploi dans la profession à laquelle il a été antérieurement formé, sont devenues très limitées. Il lui appartient dans un second temps de définir, pour chaque personne à laquelle est reconnue la qualité de travailleur handicapé, si une orientation vers un centre de rééducation professionnelle est l’orientation la mieux adaptée à son état de santé, en procédant à une évaluation de sa capacité de travail et de ses besoins en matière d’accompagnement, compte tenu de ses aptitudes et des contraintes ou restrictions inhérentes à son handicap, ainsi que de ses qualifications et expériences professionnelles.

Il résulte de l’instruction, notamment du certificat médical, transmis à la MDPH le 14 janvier 2021, que Mme A... présente une polyarthrite rhumatoïde provoquant des douleurs articulaires invalidantes et permanentes au niveau des mains et des pieds et que Mme A..., qui travaillait auparavant dans le domaine de l’industrie, éprouve des difficultés à trouver un emploi adapté à sa symptomatologie articulaire. Pour contester la décision susvisée du 14 avril 2023, la requérante se borne à faire valoir qu’elle a effectué une pré-orientation en ESRP qui a donné satisfaction et produit en ce sens le rapport de pré-évaluation établi le 28 novembre 2022 faisant état qu’elle était à l’aise dans les tâches confiées et qu’elle n’avait pas rencontré de difficultés physiques. Toutefois, alors que Sarthe Autonomie (GIP MDPH) fait valoir qu’un accord pour une pré-orientation n’implique pas automatiquement une orientation vers une formation qualifiante par la suite, ce seul rapport ne permet pas de remettre en cause l’appréciation de la CDAPH selon laquelle elle était apte à suivre sa formation dans un centre de formation de droit commun, laquelle a été prise sur la base notamment d’une évaluation médico-sociale. Si le complément d’information délivré par l’ESRP le 24 mars 2023, produit par Mme A..., fait état d’une fatigabilité et de la nécessite de réduire son isolement socio-affectif, Sarthe Autonomie relève que cette fatigabilité n’a pas été mentionnée comme un signe clinique invalidant dans son certificat médical et que d’autres structures peuvent aider Mme A... à réduire son isolement. Enfin, si Mme A... fait état de l’existence de places disponibles au sein de la formation sollicitée et du besoin qu’elle éprouve d’être particulièrement encadrée et logée au sein de l’établissement, ces éléments ne sont toutefois pas de nature à remettre en cause la légalité de la décision attaquée. Dans ces conditions, la décision attaquée par laquelle la CDAPH de la Sarthe a refusé de l’orienter en ESRP n’est pas entachée d’erreur d’appréciation.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de Mme A... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions aux fins d’injonction.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et à Sarthe Autonomie (GIP MDPH).

Délibéré après l'audience du 16 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Penhoat, président,
Mme Guillemin, première conseillère,
M. Bernard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2026.


La rapporteure,

F. Guillemin



La greffière,
Le président,

Penhoat


C. Guillas

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière




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