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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2319062

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2319062

mardi 17 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2319062
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme C... visant à annuler son licenciement par l'Institut Régional d'Administration de Nantes. La juridiction a estimé que les irrégularités de procédure invoquées, notamment concernant la convocation et la composition de la commission consultative paritaire, n'étaient pas établies ou étaient insuffisantes pour entacher la décision. La solution s'appuie sur les dispositions du code général de la fonction publique et du décret n°86-83 du 17 janvier 1986 relatifs aux agents contractuels de l'État.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 décembre 2023 et 3 février 2026, Mme A... C..., représentée par Me Jaud, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 18 octobre 2023 par laquelle la directrice de l’institut régional d’administration de Nantes a prononcé son licenciement ;

2°) de mettre à la charge de l’institut régional d’administration de Nantes la somme de 2 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise au terme d’une procédure irrégulière, dès lors qu’il n’est pas démontré que la commission consultative paritaire compétente aurait été régulièrement convoquée et composée, que son rapport n’a pas été communiqué aux représentants du personnel préalablement à la réunion de la commission, et qu’elle a été convoquée à un entretien préalable à son licenciement à une date à laquelle elle était en congé maladie ;
- cette décision est entachée d’erreurs de fait ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation ;
- elle est entachée d’un détournement de procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, et un mémoire enregistré le 11 février 2026, non communiqué, l’institut régional d’administration de Nantes, représenté par Me Magnaval, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme C... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- l’arrêté du 18 décembre 2017 relatif aux commissions consultatives paritaires des ministères économiques et financiers ;
- l’arrêté du 19 avril 2022 relatif aux commissions consultatives paritaires compétentes à l’égard des agents contractuels des ministères économiques et financiers ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Pétri, rapporteure ;
- les conclusions de M. Guilloteau, rapporteur public ;
- les observations de Me Lietavova, substituant Me Jaud, pour Mme C... ;
- et les observations de Me Magnaval, représentant l’institut régional d’administration de Nantes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C... a été recrutée par l’institut régional d’administration de Nantes, établissement public de l’Etat à caractère administratif, à compter du 28 novembre 2022, en qualité d’agente contractuelle, sur le poste de chargée de communication et des relations extérieures. Par un courrier du 21 juillet 2023, la directrice de l’établissement l’a convoquée à un entretien préalable à son licenciement pour insuffisance professionnelle. La commission consultative paritaire des agents contractuels d’administration centrale, de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, et du service commun des laboratoires des ministères économiques et financiers, s’est réunie pour émettre un avis sur ce licenciement le 28 septembre 2023. Par une décision du 18 octobre 2023, la directrice de l’institut régional d’administration de Nantes a licencié Mme C.... Par la présente requête, l’intéressée demande l’annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 331-1 du code général de la fonction publique : « Les agents contractuels sont recrutés par les employeurs publics mentionnés à l'article L. 2 après appréciation de leur capacité à exercer les fonctions à pourvoir ». Aux termes de l’article 1-2 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l’Etat, alors en vigueur : « I. Dans toutes les administrations de l'Etat et dans tous les établissements publics de l'Etat, il est institué, par arrêté du ministre intéressé ou par décision de l'autorité compétente de l'établissement public, une ou plusieurs commissions consultatives paritaires comprenant en nombre égal des représentants de l'administration et des représentants des agents mentionnés à l'article 1er. / Elles comprennent des membres titulaires et un nombre égal de membres suppléants. / (…) / Lorsque les effectifs d'agents contractuels d'un établissement sont insuffisants pour permettre la constitution d'une commission consultative paritaire en son sein, la situation des agents concernés est examinée par une commission consultative paritaire du département ministériel correspondant désignée par arrêté du ministre intéressé. (...) / IV. Les commissions consultatives paritaires sont consultées sur : / 1° Les décisions individuelles relatives aux licenciements intervenant postérieurement à la période d'essai (…) ». Aux termes de l’article 6 de l’arrêté du 18 décembre 2017 relatif aux commissions consultatives paritaires des ministères économiques et financiers, applicable aux agents contractuels des instituts régionaux d’administration : « Les commissions consultatives paritaires comprennent en nombre égal des représentants de l'administration et des représentants du personnel. Elles ont des membres titulaires et un nombre égal de membres suppléants. ». Aux termes de l’article 30 du même arrêté : « Les commissions consultatives paritaires sont présidées par le directeur général, directeur ou chef de service auprès duquel elles sont placées (...) ». Selon l’article 32 du même arrêté : « Les commissions consultatives paritaires se réunissent au moins une fois par an, sur convocation de leur président (...) ». En vertu de l’article 39 de cet arrêté, les trois quarts au moins des membres des commissions consultatives paritaires doivent être présents lors de l'ouverture de leur réunion. L’article 1er de l’arrêté du 19 avril 2022 relatif aux commissions consultatives paritaires compétentes à l’égard des agents contractuels des ministères économiques et financiers institue une commission consultative paritaire compétente à l’égard des agents contractuels de l’administration centrale, de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et du service commun des laboratoires (SCL), à laquelle sont rattachés les agents contractuels des instituts régionaux d’administration, dans les conditions prévues à l’article 1-2 du décret précité du 17 janvier 1986. Selon l’article 2 du même arrêté, cette commission est composée de huit membres titulaires, soit quatre représentants du personnel et quatre représentants de l’administration, et de suppléants en nombre égal.

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les membres de la commission consultative paritaire des agents contractuels de l’administration centrale, de la DGCCRF et du SCL, réunie lors de sa séance du 28 septembre 2023, pour l’examen du projet de licenciement de Mme C..., n’auraient pas été régulièrement convoqués au sens de l’article 32 de l’arrêté précité du 18 décembre 2017, l’institut régional d’administration de Nantes versant aux débats les courriels du 14 septembre 2023 les convoquant à cette séance. Il résulte en outre de la feuille d’émargement produite à l’instance que cette commission consultative paritaire était composée de quatre représentants de l’administration et quatre représentants du personnel dont les noms et qualité sont régulièrement mentionnés. Par suite, le moyen tiré de l’absence de justification de la convocation et de la composition régulière de cette commission doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l’article 38 de l’arrêté précité du 18 décembre 2017 : « Toutes facilités doivent être données aux commissions consultatives paritaires par les administrations pour leur permettre de remplir leurs attributions. En outre, communication doit leur être donnée de toutes pièces et documents nécessaires à l'accomplissement de leur mission huit jours au moins avant la date de la séance (...) ».

5. Si Mme C... soutient que les membres de la commission consultative paritaire réunie le 28 septembre 2023 n’ont pas reçu communication, en temps utile, de son « contre-rapport » du 18 septembre 2023, un tel moyen manque en fait, dès lors que l’avis de la commission consultative paritaire versé aux débats vise expressément « la transmission des observations de Mme C... le 18 septembre 2023 », et indique, dans ses motifs, que les faits qui lui sont reprochés sont de nature, « contrairement à ce que soutient la requérante », à justifier un licenciement pour insuffisance professionnelle. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’absence de communication du contre-rapport à la commission consultative paritaire doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l’article 47 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l’Etat : « Le licenciement ne peut intervenir qu'à l'issue d'un entretien préalable. La convocation à l'entretien préalable est effectuée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre signature. Cette lettre indique l'objet de la convocation (...) ». Cet entretien préalable est prescrit à peine d’irrégularité de la décision de licenciement.

7. Il ressort d’une lettre de l’institut régional d’administration de Nantes du 21 juillet 2023 que Mme C... a été convoquée à un entretien préalable à son licenciement prévu le 7 septembre 2023. Si elle soutient qu’elle était en congé maladie à cette date, et qu’une nouvelle convocation aurait dû lui être adressée, d’une part, elle ne l’établit pas, alors même que l’administration fait valoir sans être contredite que son arrêt de travail est arrivé à son terme le 4 septembre 2023, d’autre part, il ressort des termes de son courriel adressé à l’administration le 5 septembre 2023 qu’elle a refusé de se rendre à cet entretien, au motif qu’une personne venait d’être recrutée sur un poste similaire au sien, que la procédure allait, selon elle, suivre son cours « quoi qu’il advienne », et qu’elle était profondément affectée par le déroulé des événements. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure entachant l’entretien préalable au licenciement doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

8. En premier lieu, aux termes de l’article 45-2 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l’Etat : « L'agent contractuel peut être licencié pour un motif d'insuffisance professionnelle. (…) ».

9. Pour apprécier le bien-fondé du licenciement d’un agent contractuel, le juge vérifie non seulement qu’il ne repose pas sur un motif matériellement inexact ou une erreur de droit, et n’est pas entaché de détournement de pouvoir, mais contrôle le bien-fondé du motif invoqué, au regard notamment du comportement de l’agent ou de l’intérêt du service. Le licenciement pour inaptitude professionnelle d’un agent public ne peut être fondé que sur des éléments révélant l’inaptitude de l’agent à exercer normalement les fonctions pour lesquelles il a été engagé ou correspondant à son grade et non sur une carence ponctuelle dans l’exercice de ces fonctions. Toutefois, une telle mesure ne saurait être subordonnée à ce que l’insuffisance professionnelle ait été constatée à plusieurs reprises au cours de la carrière de l'agent ni qu'elle ait persisté après qu'il ait été invité à remédier aux insuffisances constatées.

10. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport circonstancié de l’institut régional d’administration de Nantes, en date du 13 juillet 2023, relatif à la manière de servir de Mme C..., que des manquements ont été constatés dans sa capacité à assurer le suivi et la mise en œuvre des consignes qui lui ont été données, à gérer les priorités et à anticiper et respecter les échéances fixées, que l’intéressée n’a pas été en mesure d’assurer les missions « appui à la gestion du concours », et que le manque de rigueur et les négligences dont elle a fait preuve dans l’exercice de ses fonctions ont nécessité un contrôle constant de son travail par sa hiérarchie. L’administration se fonde plus précisément sur les circonstances que Mme C... a négligé une partie des missions qui lui ont été confiées dans le cadre d’une visite ministérielle qui s’est déroulée le 1er février 2023, alors même que l’organisation de cette visite relevait pleinement de ses missions, qu’elle n’a pas envoyé, dans le délai imparti, les invitations à un atelier organisé avec plusieurs partenaires extérieurs, malgré plusieurs relances effectuées par sa hiérarchie, que le document réalisé pour la journée « portes ouvertes » du 22 juin 2023 a été transmis à un seul partenaire extérieur, et qu’elle a commis plusieurs erreurs dans l’envoi des convocations à la séance du conseil d’administration de l’institut régional d’administration de Nantes prévue le 14 mars 2023, ainsi que dans l’organisation des élections des élèves. Si Mme C... produit un contre-rapport, dans lequel elle reconnaît une partie des faits qui lui sont reprochés et conteste les autres faits, en apportant des précisions sur leur déroulé, les éléments qu’elle expose ne sont pas de nature à remettre sérieusement en cause les griefs précis et circonstanciés relevés par l’administration à son encontre. En outre, si elle soutient que les difficultés qu’elle a rencontrées sur son poste résultent d’une mauvaise définition de ses missions, dès lors en particulier que plusieurs d’entre elles relèveraient d’un poste de secrétaire et non de chargée de communication, et que le volet relatif aux concours et au recrutement a pris une place trop importante, il ressort toutefois des termes mêmes de sa fiche de poste que trois missions principales devaient lui être confiées, à savoir le développement et la mise en œuvre de la politique de communication de l’établissement, l’organisation des relations transversales de l’établissement et des relations entre la directrice et les partenaires extérieurs à l’établissement, et la participation aux missions relatives aux concours et au recrutement. Sur ce point, l’administration fait valoir sans être contredite que la requérante a été déchargée des missions relatives aux concours, afin de pouvoir se concentrer sur ses missions relatives à la communication, qu’elle a bénéficié d’un accompagnement de sa supérieure hiérarchique dès le mois de mars 2023, et qu’une collègue est venue en soutien pour l’utilisation d’un outil d’organisation. Par suite, au regard de l’ensemble de ces éléments, Mme C... n’est pas fondée à soutenir que la directrice de l’institut régional d’administration de Nantes aurait commis des erreurs de fait et une erreur d’appréciation en décidant de la licencier pour insuffisance professionnelle.

11. En second lieu, s’il ressort des pièces du dossier que la procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle engagée à l’encontre de Mme C... a été mise en œuvre après que l’administration a diligenté, en premier lieu, une procédure de fin de contrat au terme d’une période d’essai, que l’administration a finalement considérée comme illégale, il n’est pas établi que la procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle aurait été mise en œuvre uniquement en raison des tensions existantes entre la requérante et la directrice de l’institut régional d’administration de Nantes. Par suite, et alors que l’insuffisance professionnelle de Mme C... est caractérisée, ainsi que cela a été indiqué au point précédent, l’intéressée n’est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d’un détournement de procédure.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Institut régional d’administration de Nantes, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme de 2 500 euros que Mme C... demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de Mme C... la somme demandée par l’Institut régional d’administration de Nantes au même titre.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C... doit être rejetée.

D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme C... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l’institut régional d’administration de Nantes présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... C... et à l’institut régional d’administration de Nantes.

Délibéré après l'audience du 17 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Vauterin, premier conseiller faisant fonction de président,
Mme Pétri, première conseillère,
Mme Gavet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2026.


La rapporteure,



M. Pétri
Le premier conseiller faisant fonction de président,

A. Vauterin




La greffière,



M. B...

La République mande et ordonne au ministre de l’action publique et des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,

La greffière



M. B...

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