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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2403708

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2403708

lundi 6 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2403708
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantMEGHERBI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a annulé la décision du sous-directeur des visas du 5 mars 2024 refusant un visa de court séjour à M. B..., ressortissant algérien. La juridiction a jugé que le motif tiré du caractère non probant des documents de ressources était entaché d'erreur d'appréciation, le ministre n'ayant pas démontré leur absence de valeur probante. En revanche, le tribunal a estimé que le second motif, fondé sur un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires, était suffisamment établi par les pièces du dossier. La décision est fondée sur les dispositions du code frontières Schengen et du code communautaire des visas.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

 

Par une requête enregistrée le 12 mars 2024, M. A... B..., représenté par Me Megherbi, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 10 janvier 2024 de l’autorité consulaire française à Alger (Algérie) lui refusant la délivrance d’un visa de court séjour ;

2°) d’enjoindre au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur de délivrer le visa sollicité ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 400 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

 

Il soutient que :

- la décision de l’autorité consulaire est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’il n’a pas vocation à détourner l’objet de son visa au vu des attaches fortes établis sur le territoire algérien et qu’il a fourni toutes les pièces exigées, des preuves des moyens suffisants d’existence ou encore une assurance maladie.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 avril 2025, le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. B... ne sont pas fondés et doit être regardé comme sollicitant une substitution de motifs, la décision attaquée pouvant également se fonder sur le motif tiré de l’insuffisance des ressources de M. B....

Vu les autres pièces du dossier.

 

Vu :

- la convention d’application de l’accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l’Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Ossant a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant algérien, a sollicité la délivrance d’un visa d’entrée et de court séjour en France auprès de l’autorité consulaire française à Alger (Algérie). Par une décision du 10 janvier 2024, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. M. B... en demande l’annulation au tribunal. Par une décision du 5 mars 2024, dont M. B... doit être regardé comme demandant également au tribunal l’annulation, le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur a rejeté le recours formé contre la décision consulaire.

Sur l’étendue du litige :

Il résulte des dispositions de l’article D. 312-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que la décision du sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur se substitue à celle qui a été prise par l’autorité diplomatique ou consulaire. Par suite, la décision du 5 mars 2024 du sous-directeur des visas s’est substituée à la décision du 10 janvier 2024 de l’autorité consulaire française à Alger. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision de refus du sous-directeur des visas.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, comme il a été dit au point 2, la décision du sous-directeur des visas s’est substituée à la décision de l’autorité consulaire française à Alger. Il en résulte que les moyens soulevés à l’encontre de la seule décision consulaire, en particulier le moyen tiré de l’insuffisante motivation de la décision de l’autorité consulaire, doivent être écartés comme inopérants.

En second lieu, pour rejeter le recours dont il était saisi, le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur s’est fondé sur le motif tiré, d’une part, de ce que « les documents produits (ressources) [par le demandeur] ne sont pas suffisamment probants », et, d’autre part, de ce que la demande de M. B... présente un risque de détournement de l’objet du visa à d’autres fins que celle pour laquelle il l’a sollicité.

Si le ministre fait valoir en défense que les bulletins de salaire du requérant n’ont pas de valeur probante dès lors que le « numéro CCP » figurant sur ceux-ci n’est pas identique au « numéro d’immatriculation » figurant sur l’attestation fournie par la Caisse nationale des assurances sociales des travailleurs salariés (CNAS) d’Algérie, cette seule circonstance, alors que le ministre n’indique pas la nature de chacun de ces numéros, n’est pas de nature à ôter toute valeur probante aux documents produits par le demandeur. Par suite, alors que le ministre n’établit ni même n’allègue que d’autres documents produits par le demandeur seraient dépourvus de valeur probante, M. B... est fondé à soutenir que le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur a commis une erreur d’appréciation en rejetant le recours dont il était saisi au motif que les documents produits par le demandeur pour établir ses ressources ne sont pas suffisamment probants.

Toutefois, le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur s’est également fondé, pour rejeter la demande de visa présentée par M. B..., sur un autre motif, tiré du risque de détournement de l’objet du visa à des fins migratoires.

Aux termes de l’article 10 de la convention d’application de l’accord de Schengen : « 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l’ensemble des Parties contractantes. Ce visa (…) peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum (…) ». Aux termes de l’article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : « 1. Lors de l’examen d’une demande de visa uniforme, (…) une attention particulière est accordée à l’évaluation du risque d’immigration illégale (…) que présenterait le demandeur ainsi qu’à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d’expiration du visa demandé ». Aux termes de l’article 32 du même règlement : « 1. (…) le visa est refusé : (…) b) s’il existe des doutes raisonnables sur (…) la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l’expiration du visa demandé (…) ».

Si M. B... soutient qu’il dispose de liens économiques avec l’Algérie, il produit à ce titre une simple attestation, sans contrat de travail, indiquant qu’il dispose d’un emploi au sein d’un abattoir en qualité d’acheteur-démarcheur depuis le 15 janvier 2013, avec des bulletins de salaire uniquement à compter du mois d’août 2023. Son épouse, sans profession, avait formulé une demande de visa de court séjour en France à la fin de l’année 2023, en même temps que M. B..., ce qui témoigne d’une volonté commune de départ. En outre, il ressort des pièces du dossier, comme le fait valoir le ministre en défense, que le premier enfant de l’intéressé est né en France à l’occasion d’un séjour de l’épouse du requérant et que la précédente demande de visa de court séjour présentée par M. B... et son épouse avait donné lieu à un refus par l’autorité consulaire française à Alger le 3 octobre 2023, soit très peu de temps avant la naissance de leur dernier enfant, né le 21 novembre 2023. Enfin, le requérant n’indique aucunement l’objet de son séjour en France. Il suit de là qu’en rejetant le recours dont il était saisi, au motif que le visa sollicité par M. B... présente un risque de détournement de l’objet du visa à d’autres fins que celle pour laquelle il l’a sollicité, le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur n’a commis ni erreur de droit ni erreur manifeste d’appréciation. Il résulte de l’instruction que le sous-directeur des visas aurait pris la même décision s’il ne s’était fondé que sur ce seul motif.

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la demande de substitution de motifs présentée par le ministre en défense, que la requête de M. B... doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d’injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur.

Délibéré après l’audience du 15 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Picquet, présidente,

M. Garnier, premier conseiller,

M. Ossant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2025.

Le rapporteur,

L. OSSANT

La présidente,

P. PICQUETLa greffière,

J. BALEIZAO

La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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