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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2403834

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2403834

mardi 28 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2403834
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantGUEYE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a été saisi d'un recours en excès de pouvoir contre la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa, confirmant le refus de délivrance d'un visa de long séjour à Mme C... pour réunification familiale avec M. A..., bénéficiaire de la protection subsidiaire. Le tribunal a examiné les moyens soulevés, notamment la méconnaissance du droit à la réunification familiale et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ainsi que les vices de forme allégués. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais le jugement a été rendu après examen des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L. 561-2 et D. 312-8-1.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 mars 2024 et 15 mai 2025, Mme D... C... et M. B... A..., représentés par Me Gueye, demandent au tribunal :

1°) de les admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler la décision implicite née le 11 mars 2024 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 3 janvier 2024 de l’autorité consulaire française à Bangui (République Centrafricaine) refusant à Mme D... C... la délivrance d’un visa d’entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale ;

3°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de délivrer le visa demandé dans un délai d’un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat le versement à son profit la même somme en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- les dispositions de l’article L. 212-1 du code de justice administrative ont été méconnues, dès lors que la décision consulaire ne comporte pas les noms et prénoms de son signataire ;
- il n’est pas établi que la décision consulaire a été prise par une autorité compétente ;
- la décision consulaire est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnait le droit à la réunification familiale et est entachée d’une erreur d’appréciation à cet égard ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l’article L. 313-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 avril 2025, le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par décision du 18 mars 2025, la demande d’aide juridictionnelle de Mme C... a été rejetée.

Vu les pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Raoul a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

M. B... A..., ressortissant centrafricain né le 21 décembre 2000, a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision du 6 février 2023 de la Cour nationale du droit d’asile. Mme D... C..., ressortissante centrafricaine, a sollicité la délivrance d’un visa d’entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale auprès de l’autorité consulaire française à Bangui (République Centrafricaine). Par une décision du 3 janvier 2024, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite née le 11 mars 2024, dont ils demandent l’annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.
Sur les conclusions tendant à l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
Le bureau d’aide juridictionnelle ayant refusé d’admettre Mme C... au bénéfice de l’aide juridictionnelle par une décision du 18 mars 2025, il n’y a plus lieu de statuer sur sa demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre de l'intérieur est chargée d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de long séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. (…). ». Aux termes de l’article D. 312-8-1 du même code : « En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ».

En application des dispositions précitées de l’article D. 312-8-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus d’une demande de visa fait l’objet d’une décision implicite de rejet, cette décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France, qui se substitue à celles de l’autorité consulaire, doit être regardée comme s’étant approprié le motif retenu par cette autorité, tiré en l’espèce de ce que le lien familial allégué de Mme C... avec M. A... ne correspond pas à l’un des cas lui permettant d’obtenir un visa au titre de la réunification familiale.

Aux termes de l’article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : «Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : (…) 2°) Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue . (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que M. A... à qui la Cour nationale du droit d’asile a octroyé le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision du 6 février 2023, a déclaré, au soutien de sa demande d’asile présentée le 1er janvier 2021, qu’il vivait en concubinage. En outre, les requérants versent au dossier une attestation de versement de dot du requérant au père de Mme C... datée du 12 juillet 2017, un certificat de fiançailles établi par un officier d’état-civil de la République Centrafricaine en date du 23 octobre 2018 ainsi que plusieurs copies de messages échangés en 2020 sur un service de messagerie instantanée. Au regard de l’ensemble de ces éléments, l’existence d’une vie commune entre M. A... et Mme C... avant la présentation de la demande d’asile de M. A... en 2021 doit être regardée comme suffisamment stable et continue au sens des dispositions précitées de l’article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En refusant le visa sollicité par Mme C..., la commission de recours contre les refus de visa d’entrée en France a, par suite, fait une inexacte application de ces dispositions.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à obtenir l’annulation de la décision attaquée.


Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :

Le présent jugement, eu égard au motif d’annulation retenu, implique nécessairement qu’il soit enjoint au ministre de l’intérieur de faire délivrer à Mme C... le visa d’entrée et de long séjour demandé dans un délai de trois mois suivant sa notification, sans qu’il soit besoin, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais d’instance :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros à verser aux requérants au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :

Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur la demande d’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision implicite née le 11 mars 2024 de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d’entrée en France est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l’intérieur de faire délivrer à Mme C... le visa demandé dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L’Etat versera à M. A... et Mme C... la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D... C..., à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 7 octobre 2025 à laquelle siégeaient :
M. Berthon, président,
Mme Moreno, conseillère,
Mme Raoul, conseillère.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2025.


La rapporteure,




C. RAOUL


Le président,




E. BERTHON
La greffière,




N. BRULANT

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,







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