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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2404164

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2404164

mercredi 12 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2404164
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantLE VERGER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a examiné le recours de Mme F... C..., réfugiée, contestant le refus de visa de long séjour pour sa fille D... B... au titre de la réunification familiale. La commission de recours avait rejeté la demande faute d'autorisation de sortie du territoire. Le tribunal a annulé cette décision, jugeant que l'intérêt supérieur de l'enfant, protégé par l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, prime et que l'absence d'autorisation de sortie ne peut justifier un refus lorsque l'enfant doit rejoindre son parent réfugié. Il a enjoint au ministre de délivrer le visa sous un mois, sans astreinte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 mars 2024 et 15 août 2025, Mme F... C..., agissant en son nom et en qualité de représentante légale de Mme D... B..., représentée par Me Le Verger, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 7 décembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision par laquelle l’autorité consulaire française à Pointe-Noire (Congo) a implicitement refusé à Mme D... B... la délivrance d’un visa d’entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire délivrer le visa demandé dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer la demande dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil d’une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, en contrepartie de la renonciation de cette avocate au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Elle soutient que :
- la décision attaquée est intervenue au terme d’une procédure irrégulière, dès lors qu’il n’est pas établi que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France s’est réunie dans une composition régulière ;
- elle méconnait les articles L. 561-2, L. 561-4, L. 434-3 et L. 434-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’une erreur d’appréciation :
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.


Par un mémoire en défense enregistré le 11 avril 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme F... C... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 29 octobre 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Raoul a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :
Mme F... C..., ressortissante congolaise, s’est vu reconnaitre la qualité de réfugiée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile en date du 13 juin 2019. Une demande de visa au titre de la réunification familiale a été introduite pour sa fille, D... B..., auprès de l’autorité consulaire française à Pointe-Noire (Congo) qui l’a implicitement rejetée. Par une décision du 7 décembre 2023, dont Mme C... demande l’annulation, la commission de recours contre la décision de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision consulaire.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Pour rejeter le recours dont elle était saisie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France s’est fondée sur le motif tiré de ce qu’aucune autorisation de sortie du territoire n’avait été produite lors de la demande de visa ou ultérieurement lors du recours devant elle.
Aux termes de l’article L. 561-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoit que : « Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / (…)3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire./ (…) L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite ».
En outre, selon l’article L. 434-1 du même code, rendu applicable à la réunification familiale par l’article L. 561-4 de ce code : « Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants ». A... résulte de ces dispositions que la réunification doit concerner, en principe, l’ensemble de la famille du ressortissant étranger qui demande à en bénéficier et qu’une réunification partielle ne peut être autorisée à titre dérogatoire que si l’intérêt des enfants le justifie.
Enfin aux termes de l’article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».
L’intérêt d’un enfant est en principe de vivre auprès de la personne qui, en vertu d’une décision de justice qui produit des effets juridiques en France, est titulaire à son égard de l’autorité parentale. Ainsi, dans le cas où un visa d’entrée et de long séjour en France est sollicité en vue de permettre à un enfant de rejoindre un ressortissant français ou une ressortissante française qui a reçu délégation de l’autorité parentale dans les conditions qui viennent d’être indiquées, ce visa ne peut en règle générale, eu égard notamment aux stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l’enfant, être refusé pour un motif tiré de ce que l’intérêt de l’enfant serait au contraire de demeurer auprès de ses parents ou d’autres membres de sa famille.
Il ressort des pièces du dossier que la réunifiante, Mme C..., est titulaire de l’autorité parentale exclusive sur sa fille D... B..., sans que l’authenticité du jugement qu’elle verse au dossier afin de l’établir ne soit contestée en défense. Il ressort également des pièces du dossier et n’est pas davantage contesté que le père de l’enfant, qui souffre d’un handicap depuis 2021 à la suite d’un accident vasculaire cérébral, n’est pas en mesure de prendre soin de sa fille. Dans ces conditions particulières, Mme C... est fondée à soutenir que l’intérêt supérieur de sa fille est de vivre en France auprès d’elle. Par suite, elle est également fondée à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, en refusant de délivrer le visa sollicité, a méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la requérante est fondée à obtenir l’annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :

Le présent jugement, eu égard au motif d’annulation retenu, implique nécessairement qu’il soit enjoint au ministre de l’intérieur de faire délivrer à Mme D... B... le visa d’entrée et de long séjour demandé dans un délai de trois mois suivant sa notification, sans qu’il soit besoin, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais d’instance :
Mme F... C... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros à verser à Me Le Verger, sous réserve que celle-ci renonce au versement de la part contributive de l’Etat.


D E C I D E :


Article 1er : La décision du 7 décembre 2023 de la commission de recours contre la décision de refus de visa d’entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l’intérieur de faire délivrer à la jeune D... B... le visa demandé dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à Me Le Verger la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce au versement de la part contributive de l’Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F... C..., au ministre de l’intérieur et à Me Le Verger.


Délibéré après l’audience du 21 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Berthon, président,
Mme Moreno, conseillère,
Mme Raoul, conseillère.











Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2025.

La rapporteure,




C. RAOUL


Le président,




E. BERTHON
La greffière,



N. BRULANT

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,







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