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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2404837

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2404837

mercredi 3 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2404837
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantQUENNEHEN - TOURBIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A... contestant le refus de visa de court séjour. La décision du sous-directeur des visas, fondée sur l'insuffisance de ressources et un risque de détournement de l'objet du visa, a été jugée suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'absence de demande de pièces complémentaires a été écarté comme inopérant. Enfin, le tribunal a estimé que le risque de détournement de visa à des fins migratoires, au regard de l'absence d'attaches en Guinée, justifiait légalement le refus sur le fondement de l'article 32 du règlement (CE) n° 810/2009.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2024, Mme B... A..., représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 24 janvier 2024 par laquelle le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur a rejeté le recours qu’elle a formé contre la décision du 25 octobre 2023 de l’autorité consulaire française à Conakry (Guinée) lui refusant la délivrance d’un visa d’entrée et de court séjour en France ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de délivrer le visa demandé dans un délai d’un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle n’a pas été invitée à produire des pièces complémentaires en application de l’article L. 114-5 du code des relations entre le public et l’administration ;
- la décision contestée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation, en ce qu’il n’existe pas de risque de détournement de visa ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation en ce qu’elle a justifié de l’objet et des conditions du séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 juin 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée pouvait également être fondée sur un autre motif, dont il demande implicitement la substitution, tiré de ce que ni Mme A... ni son fils ne disposent de ressources suffisantes pour faire face aux dépenses liées à son séjour en France.


Vu les pièces du dossier.

Vu :
- la convention d’application de l’accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;
- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Raoul a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

Mme B... A..., ressortissante guinéenne, a sollicité la délivrance d’un visa d’entrée et de court séjour en France auprès de l’autorité consulaire française à Conakry (Guinée). Par une décision du 25 octobre 2023, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision du 24 janvier 2024, dont Mme A... demande l’annulation, le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur a rejeté le recours formé contre la décision consulaire.

En premier lieu, pour rejeter le recours dont il était saisi, le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur s’est fondé sur les motifs tirés de ce que, d’une part, ni Mme A... ni son fils, signataire de l’attestation d’accueil, ne justifient de ressources suffisantes pour financer le séjour en France de la demanderesse et, que d’autre part, sa demande présente un risque de détournement de l’objet du visa à des fins migratoires. Une telle motivation comporte, avec suffisamment de précision les considérations de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : « Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations (…) ».

Il ressort des motifs de la décision attaquée que le sous-directeur des visas n’a pas refusé de délivrer le visa sollicité au motif que le dossier de demande de visa était incomplet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L.114-5 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant.

En troisième lieu, aux termes de l’article 10 de la convention d’application de l’accord de Schengen : « 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l’ensemble des Parties contractantes. Ce visa (…) peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum (…) ». Aux termes de l’article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : « 1. Lors de l’examen d’une demande de visa uniforme, (…) une attention particulière est accordée à l’évaluation du risque d’immigration illégale (…) que présenterait le demandeur ainsi qu’à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d’expiration du visa demandé ». Aux termes de l’article 32 du même règlement : « 1. (…) le visa est refusé : (…) b) s’il existe des doutes raisonnables sur (…) la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l’expiration du visa demandé (…) ».

La requérante, âgée de cinquante-deux ans, n’établit ni même n’allègue disposer d’attaches personnelles ou familiales en Guinée ou de garanties de retour dans son pays d’origine qui permettraient d’écarter tout doute raisonnable quant à sa volonté de quitter le territoire français avant l’expiration du visa demandé. Dans ces conditions, elle n’est pas fondée à soutenir qu’en rejetant sa demande, le sous-directeur des visas aurait entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation. Il résulte par ailleurs de l’instruction que l’administration aurait pris la même décision si elle s’était fondée sur ce seul motif.

Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A... doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d’injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 12 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Berthon, président,
Mme Moreno, conseillère,
Mme Raoul, conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2025.




La rapporteure,




C. RAOUL


Le président,




E. BERTHON
La greffière,



S. FOURNIER

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,






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