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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2404849

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2404849

mercredi 12 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2404849
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantDRAME

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes annule la décision du 24 janvier 2024 par laquelle le sous-directeur des visas a refusé un visa de court séjour à M. B..., ressortissant guinéen. Le tribunal estime que l'administration a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant que la demande présentait un risque de détournement à des fins migratoires, au vu des attaches familiales et matérielles du requérant en Guinée, de ses précédents visas respectés et de son billet aller-retour. La décision se fonde sur les articles 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen et 21 et 32 du règlement (CE) n° 810/2009. Le tribunal enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer le visa dans un délai de trois mois et condamne l'État à verser 1 200 euros au titre des frais d'instance.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2024, M. A... B..., représenté par Me Drame, demande au Tribunal :

1°) d’annuler la décision du 24 janvier 2024 par laquelle le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur et des outre-mer a rejeté le recours formé contre la décision du 25 octobre 2023 de l’autorité consulaire française à Conakry (Guinée) lui refusant la délivrance d’un visa d’entrée et de court séjour en France ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de délivrer le visa demandé ou de réexaminer la demande dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation, dès lors que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France ne lui a pas notifié une décision explicite de rejet avant l’expiration du délai qui lui était légalement imparti ;
- elle procède d’un défaut d’examen de sa situation particulière ;
- elle est entachée d’une erreur de fait et d’une erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2025, le ministre d’Etat, ministre de l’intérieu conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :
- la convention d’application de l’accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;
- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;
- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l’Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Moreno a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant guinéen, a sollicité la délivrance d’un visa d’entrée et de court séjour en France auprès de l’autorité consulaire française à Conakry (Guinée). Par décision du 25 octobre 2023, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision du 24 janvier 2024, dont il demande l’annulation, le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur et des outre-mer a rejeté le recours formé contre la décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Pour rejeter le recours dont il était saisi, le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur et des outre-mer s’est fondé sur le motif tiré de ce qu’ « eu égard à la situation personnelle de M. B..., et en considération des attaches portées à la connaissance de l’administration dont il dispose en France et dans son pays de résidence (74 ans, retraité, pas d’attaches familiales justifiées en Guinée, résidence d’une nièce en France), sa demande présente un risque de détournement de l’objet du visa à des fins migratoires ».

Aux termes de l’article 10 de la convention d’application de l’accord de Schengen : « 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l’ensemble des Parties contractantes. Ce visa (…) peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum (…) ». Aux termes de l’article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : « 1. Lors de l’examen d’une demande de visa uniforme, (…) une attention particulière est accordée à l’évaluation du risque d’immigration illégale (…) que présenterait le demandeur ainsi qu’à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d’expiration du visa demandé ». Aux termes de l’article 32 du même règlement : « 1. (…) le visa est refusé : (…) b) s’il existe des doutes raisonnables sur (…) la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l’expiration du visa demandé (…) ».

M. B... justifie qu’il dispose d’attaches matérielles et familiales en Guinée, pays dans lequel il a toujours vécu, et où il perçoit une pension de retraite mensuelle. Il verse aux débats le billet aller-retour de son voyage et soutient, sans être contesté par le ministre, qu’il a déjà bénéficié de plusieurs visas d’entrée et de court séjour en France dont il a toujours respecté les termes. Dans ces conditions, et alors que l’âge du requérant ne saurait suffire à démontrer l’existence d’un risque avéré de détournement de l’objet du visa à des fins migratoires, l’administration a entaché la décision attaquée d’une erreur manifeste d’appréciation.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à obtenir l’annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Le présent jugement, eu égard au motif d’annulation retenu, implique nécessairement qu’il soit enjoint au ministre de l’intérieur de faire délivrer à M. B... le visa d’entrée et de court séjour demandé dans un délai de trois mois suivant sa notification.

Sur les frais d’instance :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. B... en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :


Article 1er : La décision du 24 janvier 2024 du sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur et des outre-mer est annulée.

Article 2 : Il est enjoint ministre de l’intérieur de faire délivrer à M. B... le visa demandé dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à M. B... la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 21 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,
Mme Moreno, conseillère,
Mme Raoul, conseillère.




Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2025.


La rapporteure,




C. MORENO


Le président,




E. BERTHON
La greffière,




N. BRULANT

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,





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