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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2404886

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2404886

mercredi 12 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2404886
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantCOMBES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a examiné le recours de Mme B..., ressortissante sénégalaise, contre le refus de visa long séjour étudiant. La commission de recours avait motivé son refus par l'insuffisance des ressources de la requérante pour couvrir ses frais de séjour et de scolarité. Le tribunal a annulé cette décision, jugeant que le motif retenu était entaché d'une erreur d'appréciation, et a enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer le visa dans un délai de deux mois. La décision s'appuie sur les articles L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la directive UE 2016/801.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2024, Mme A... B..., représentée par Me Combes, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 21 février 2024 de l’autorité consulaire française à Rome (Italie) lui refusant la délivrance d’un visa d’entrée et de long séjour en France en qualité d’étudiant ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire délivrer le visa demandé dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée est entachée d’une erreur d’appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 mai 2025, le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée pouvait également être fondée sur un autre motif, dont il demande implicitement la substitution, tiré du risque de détournement de l’objet du visa à des fins migratoires révélé par le défaut de caractère sérieux des études envisagées.
Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le décret n° 2008-1176 du 13 novembre 2008 ;
- l’instruction interministérielle du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de M. Lehembre a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

Mme B..., ressortissante sénégalaise, réside en Italie sous couvert d’un titre de séjour pour motif familial. Elle a sollicité la délivrance d’un visa d’entrée et de long séjour en France en qualité d’étudiante auprès de l’autorité consulaire française à Rome (Italie). Par décision du 21 février 2024, dont elle demande l’annulation, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite née le 25 mai 2024, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. Par une décision du 24 juillet 2024, la commission a explicitement confirmé ce refus.

Sur l’étendue du litige :

Il résulte des dispositions de l’article D. 312-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France se substitue à celle qui a été prise par l’autorité diplomatique ou consulaire. Par suite, la décision expresse du 24 juillet 2024 de cette commission s’est substituée à la décision implicite du 25 mai 2024 de cette même autorité et à la décision du 21 février de l’autorité consulaire française à Rome. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision expresse du 24 juillet 2024.

Sur les conclusions à fin d’annulation :
Pour rejeter le recours dont elle était saisie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France s’est fondée sur le motif tiré de l’insuffisance des ressources de Mme B... pour couvrir ses frais de séjour en France, et en particulier ses frais de scolarité.
Aux termes de l’article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle (…) ». La directive 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 relative aux conditions d’entrée et de séjour des ressortissants de pays tiers à des fins de recherche, d’études, de formation, de volontariat et de programmes d’échange d’élèves ou de projets éducatifs et de travail au pair prévoit, à son article 5 que l’admission d’un ressortissant de pays tiers à l’Union européenne à des fins d’études est soumise à des conditions générales fixées à l’article 7 de la directive telles que la preuve de ressources suffisantes pour couvrir les frais de subsistance pendant le séjour et les frais de retour, et à des conditions particulières, fixées par l’article 11, telles que l’admission dans un établissement d’enseignement supérieur et le paiement des droits d’inscription dans l’établissement.
En l’absence de dispositions spécifiques figurant dans le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, une demande de visa de long séjour formée pour effectuer des études en France est notamment soumise aux instructions générales établies par le ministre chargé de l’immigration prévues par le décret du 13 novembre 2008 relatif aux attributions des chefs de mission diplomatique et des chefs de poste consulaire en matière de visas, en particulier son article 3, pris sur le fondement de l’article L. 311-1 de ce code. L’instruction applicable est, s’agissant des demandes de visas de long séjour en qualité d’étudiant mentionnés à l’article L. 312-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l’instruction ministérielle du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive (UE) 2016/801, laquelle participe de la transposition de cette même directive.
Aux termes du point 2.2 de l’instruction du 4 juillet 2019 : « L’étranger doit justifier qu’il disposera de ressources suffisantes pour couvrir ses frais d’études. / L’étranger doit apporter la preuve qu’il dispose de moyens d’existence suffisants pour la durée de validité du visa de long séjour pour études. Ces ressources doivent être équivalentes, pour l’ensemble de la période concernée, au moins au montant de l’allocation d’entretien mensuelle de base versée, au titre de l’année universitaire écoulée, aux boursiers du Gouvernement français, soit 615 euros en 2019. »
Il ressort des pièces du dossier que Mme B... a été admise, pour l’année 2023-2024 en première année de bachelor à l’Ecole supérieure de génie informatique (ESGI) de Grenoble. Pour justifier du caractère suffisant de ses ressources aux fins de couvrir ses frais de séjour, Mme B... fait valoir que ses études sont financées par son père et sa tante, et se prévaut à ce titre d’une attestation par laquelle ces derniers s’engagent conjointement à lui verser la somme minimale de 615 euros par mois. Elle fait également état d’un solde bancaire créditeur de 3 986 euros. Toutefois, ainsi que le fait valoir le ministre, elle ne justifie pas s’être acquittée des frais de scolarité de l’ESGI, lesquels s’élèvent à 8 260 euros pour la première année et 8 380 pour la deuxième année. Son épargne personnelle, ainsi que les sommes versées par son père et sa tante apparaissent à ce titre insuffisants, de même que les revenus mensuels de ceux-ci qui s’établissaient en janvier 2024 à 1 649 euros et 1 276 euros, outre les 800 euros que M. B... perçoit de ses propriétés au Sénégal. Dans ces conditions, la requérante n’est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d’une erreur d’appréciation.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la substitution de motifs sollicitée par le ministre, que la requête de Mme B... doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d’injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 21 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,
Mme Moreno, première conseillère,
M. Lehembre, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2025.

Le rapporteur,



P. LEHEMBRE






Le président,



E. BERTHON








L’assesseure la plus ancienne,



M. C...


Le président-rapporteur,



A. MARCHAND






L’assesseure la plus ancienne,



M. C...

La greffière,



N. BRULANT

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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