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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2406000

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2406000

mardi 16 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2406000
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantFAALI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes (11ème chambre) a annulé la décision du 21 février 2024 par laquelle le sous-directeur des visas avait refusé de délivrer des visas de court séjour à M. B... et Mme C..., ressortissants iraniens. Le tribunal a jugé que le motif de refus, fondé sur un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires, était entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Il a estimé que les requérants justifiaient de garanties de retour suffisantes en Iran (emplois stables, propriétés immobilières, voyages antérieurs respectés). En application des articles 10 de la convention de Schengen et 21 et 32 du code communautaire des visas, le tribunal a enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer les visas demandés dans un délai de trois mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 avril 2024, M. A... B... et Mme E..., représentés par Me Faali, demandent au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 21 février 2024 par laquelle le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur et des outre-mer a rejeté le recours formé contre les décisions du 16 novembre 2023 de l’autorité consulaire française à Téhéran (Iran) leur refusant la délivrance d’un visa d’entrée et de court séjour en France ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de délivrer les visas demandés dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer la demande dans les mêmes conditions de délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 400 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d’une erreur d’appréciation en ce qu’ils justifient de l’objet et des conditions de leur séjour ;
- elle est également entachée d’une erreur manifeste d’appréciation en ce qu’il n’existe aucun risque de détournement de l’objet des visas ;

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.


Vu les pièces du dossier.

Vu :
- la convention d’application de l’accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;
- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l’Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;
- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Raoul a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

M. A... B... et Mme D... C..., ressortissants iraniens, ont sollicité la délivrance de visas d’entrée et de court séjour en France auprès de l’autorité consulaire française à Téhéran (Iran). Par des décisions du 16 novembre 2023, cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Par une décision du 21 février 2024, dont M. B... et Mme C... demandent l’annulation, le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur et des outre-mer a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires.

Sur les conclusions à fin d’annulation :
Pour rejeter le recours dont il était saisi, le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur et des outre-mer s’est fondé sur le motif tiré du risque de détournement de l’objet du visa à des fins migratoires.
Aux termes de l’article 10 de la convention d’application de l’accord de Schengen : « 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l’ensemble des Parties contractantes. Ce visa (…) peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum (…) ». Aux termes de l’article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : « 1. Lors de l’examen d’une demande de visa uniforme, (…) une attention particulière est accordée à l’évaluation du risque d’immigration illégale (…) que présenterait le demandeur ainsi qu’à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d’expiration du visa demandé ». Aux termes de l’article 32 du même règlement : « 1. (…) le visa est refusé : (…) b) s’il existe des doutes raisonnables sur (…) la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l’expiration du visa demandé (…) ».
Mme C... et M. B... font valoir qu’ils souhaitent se rendre en France lors de leur lune de miel. Afin d’établir qu’ils n’ont pas vocation à demeurer sur le territoire français à l’expiration de leurs visas, ils se prévalent de leurs attaches matérielles en Iran, où ils établissent exercer respectivement les professions de gérante d’une station-service et d’ingénieur-architecte et être propriétaires de plusieurs biens immobiliers. Ils démontrent aussi voyager régulièrement hors des frontières de leur pays et avoir déjà séjourné en France sous couvert de visas court séjour, délivrés en 2010 et en 2014, dont ils ont respecté les termes. Dans ces conditions, alors même qu’ils n’établissent pas avoir d’attaches familiales en Iran, ils doivent être regardés comme justifiant de garanties de retour suffisantes. Par suite, ils sont fondés à soutenir que le sous-directeur des visas a commis une erreur manifeste d’appréciation du risque qu’ils présentent de détournement de l’objet des visas demandés à des fins migratoires.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner l’autre moyen de la requête, que M. B... et Mme C... sont fondés à demander l’annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :

Le présent jugement, eu égard au motif d’annulation retenu, implique nécessairement qu’il soit enjoint au ministre de l’intérieur de faire délivrer à M. B... et Mme C... les visas d’entrée et de court séjour demandés dans un délai de trois mois suivant sa notification, sans qu’il soit besoin, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais d’instance :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. B... et Mme C... en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 21 février 2024 du sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur et des outre-mer est annulée.

Article 2 : Il est enjoint ministre de l’intérieur de faire délivrer à M. B... et Mme C... les visas demandés dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à M. B... et Mme C... la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., Mme E... et au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 25 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Berthon, président,
Mme Moreno, conseillère,
Mme Raoul, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2025.


La rapporteure,




C. RAOUL


Le président,




E. BERTHON
La greffière,




N. BRULANT

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,





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