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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2406332

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2406332

mardi 3 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2406332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantCUJAS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a annulé la décision de la commission de recours qui avait rejeté la demande de visa de regroupement familial d'un ressortissant tunisien, conjoint d'une Française. Le tribunal a jugé que l'administration n'avait pas apporté la preuve d'une fraude au mariage, seul motif légal de refus prévu par l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a en conséquence enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa demandé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 avril 2024, M. B... A..., représenté par Me Cujas, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 10 avril 2024 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 6 décembre 2023 de l’autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) lui refusant la délivrance d’un visa d’entrée et de long séjour en France au titre du regroupement familial en qualité de conjoint de ressortissante française ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire délivrer le visa demandé dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer la demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision attaquée fait une inexacte application des dispositions de l’article L. 312-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l’administration ayant retenu à tort le défaut d’intention matrimoniale des époux.
- elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 avril 2025, le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de M. Lehembre a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant tunisien, a sollicité la délivrance d’un visa d’entrée et de long séjour en France en qualité de conjoint de française auprès de l’autorité consulaire françaises à Tunis (Tunisie). Par décision en date du 6 décembre 2023, cette autorité a refusé de lui délivrer le visa demandé. Par une décision du 10 avril 2024, dont M. A... demande l’annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d’annulation :
Pour rejeter le recours dont elle était saisie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France s’est fondée sur le motif tiré de l’absence d’intention matrimoniale des époux relevant que le mariage de M. A... avec Mme C... avait pour seul but de lui permettre de se maintenir régulièrement en France dès lors notamment que le couple n’établissait pas l’existence d’un projet concret de vie commune.
Aux termes de l’article L. 312-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le visa de long séjour ne peut être refusé à un conjoint de Français qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public (…) ». Il appartient en principe à l’autorité consulaire de délivrer au conjoint étranger d’un ressortissant français dont le mariage n’a pas été contesté par l’autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l’administration, si elle allègue une fraude, d’établir que le mariage a été entaché d’une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. La seule circonstance que l’intention matrimoniale d’un seul des deux époux ne soit pas contestée ne fait pas obstacle à ce qu’une telle fraude soit établie.
Il ressort des pièces du dossier que M. A... et Mme C... se sont mariés le 10 avril 2021 à Belleville-en-Beaujolais (Rhône). Les époux font valoir s’être rencontrés alors que le requérant travaillait pour l’entreprise du beau-frère de Mme C..., et qu’après leur mariage, ils ont fait le choix d’exécuter l’obligation de quitter le territoire français qui lui avait été adressée en juillet 2020 afin de régulariser sa situation administrative. Pour démontrer la sincérité de leur lien matrimonial, ils produisent des attestations de proches qui font état de la réalité de leur relation, ainsi qu’une attestation du maire de Belleville-en-Beaujolais qui a prononcé le mariage. De même, ils justifient du maintien de relations après le départ de M. A... en Tunisie par des captures d’écran de messagerie, des justificatifs de voyage de Mme D... en Tunisie et vers d’autres destinations où les époux se sont réunis entre 2021 et 2023, ainsi que des photos du couple lors de leurs retrouvailles. Les seules circonstances, invoquées par le ministre en défense, que M. A... se soit maintenu irrégulièrement sur le territoire français jusqu’à son mariage avec Mme C... et que cette dernière contribue seule, par des transferts d’argent adressés à son époux, aux charges du mariage ne suffisent pas à établir le caractère frauduleux de l’union. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a fait une inexacte application des dispositions de l’article L. 312-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner l’autre moyen de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

Le présent jugement, eu égard au motif d’annulation retenu, implique nécessairement qu’il soit enjoint au ministre de l’intérieur de faire délivrer à M. A... le visa d’entrée et de long séjour demandé dans un délai de trois mois suivant sa notification, sans qu’il soit besoin, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais d’instance :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. A... en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E:

Article 1er : La décision du 10 avril 2024 de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d’entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l’intérieur de faire délivrer à M. A... le visa demandé dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à M. A... la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 3 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,
M. Lehembre, conseiller,
Mme Raoul, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2026.


Le rapporteur,




P. Lehembre






Le président,




E. Berthon








L’assesseure la plus ancienne,



M. E...


Le président-rapporteur,



A. MARCHAND






L’assesseure la plus ancienne,



M. E...

La greffière,




N. Brulant

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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