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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2406745

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2406745

vendredi 6 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2406745
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantCANDON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête d'un ressortissant algérien visant l'annulation du refus de délivrance d'un visa de long séjour. Le juge a estimé que la décision expresse de la commission de recours du 10 avril 2024, suffisamment motivée, s'était substituée à la décision implicite antérieure. La solution s'appuie sur les articles L. 311-1 et L. 312-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, considérant que le requérant, dont le titre de séjour était expiré, ne pouvait prétendre à un visa de retour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et des mémoires enregistrés les 3 mai, 20 mai 2024 et 24 novembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Candon, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite née le 15 mars 2024 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 12 décembre 2023 de l’autorité consulaire française à Alger (Algérie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour ;

2°) d’annuler la décision du 10 avril 2024 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 12 décembre 2023 de l’autorité consulaire française à Alger (Algérie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour dit de retour ;

3°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de délivrer ce visa, dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à défaut, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées en droit ;
- elles sont entachées d’un défaut d’examen de sa situation et d’une erreur de droit dès lors qu’il ne sollicitait pas la délivrance d’un visa dit « de retour » ;
- elles sont entachées d’une erreur d’appréciation de sa situation et méconnaissent l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Bernard a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. B... A..., ressortissant algérien né le 10 janvier 1964, a sollicité la délivrance d’un visa de long séjour auprès de l’autorité consulaire française à Alger (Algérie), laquelle, par une décision du 12 décembre 2023, a rejeté sa demande. Par une décision implicite née le 15 mars 2024, puis par une décision explicite du 10 avril 2024, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. M. A... demande l’annulation de la décision implicite et de la décision expresse de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France.


En premier lieu, si le silence gardé par l'administration sur un recours préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Par suite, la décision expresse de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France du 10 avril 2024 s’est substituée à la décision implicite née le 15 mars 2024.


Il en résulte, d’une part, que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite née le 15 mars 2024 doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France du 10 avril 2024.

Il en résulte, d’autre part, que le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite née le 15 mars 2024 doit être écarté comme inopérant.


En deuxième lieu, la décision attaquée du 10 avril 2024 vise les articles L.311-1 et L.411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les alinéas 2 et 3 de l'article 9 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié. Elle précise être fondée sur le motif tiré de ce que M. A..., titulaire d'un certificat de résidence pour algérien expiré depuis le 13 mai 2021, ayant quitté la France en 2018, ne peut utilement solliciter un visa dit « de retour », dès lors qu’il ne bénéficie pas d’un droit au séjour. Dans ces conditions, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.


En troisième lieu, aux termes de l’article L. 311-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales (…) ». Aux termes de l’article L. 312-5 du même code : « Par dérogation aux dispositions de l'article L. 311-1, les étrangers titulaires d'un titre de séjour (…) sont admis sur le territoire au seul vu de ce titre et d'un document de voyage. ». Enfin, aux termes de l’article L. 312-4 du même code : « Un visa de retour est délivré par les autorités diplomatiques et consulaires françaises à la personne de nationalité étrangère bénéficiant d'un titre de séjour en France en vertu des articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-17, L. 423-18, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 dont le conjoint a, lors d'un séjour à l'étranger, dérobé les documents d'identité et le titre de séjour ».


Il résulte de ces dispositions que la détention d'un titre de séjour par un étranger permet son retour pendant toute la période de validité de ce titre sans qu'il ait à solliciter un visa d'entrée sur le territoire français. Entre dans ces prévisions l'étranger qui, bien qu'ayant égaré son titre de séjour, produit des pièces établissant la validité de ce titre. En dehors de ce cas, la délivrance des visas de retour par les autorités consulaires résulte d’une pratique non prévue par un texte, destinée à faciliter le retour en France des étrangers titulaires d’un titre de séjour.


M. A... soutient que la décision attaquée est entachée d’un défaut d’examen et d’une erreur de droit dès lors qu’il n’aurait pas demandé la délivrance d’un visa dit « de retour », ainsi qu’il est défini aux points 6 et 7. Toutefois, alors que M. A... se borne à faire valoir qu’il sollicitait la délivrance « d’un visa pour retourner s’établir en France, compte-tenu de sa situation particulière », laquelle n’aurait pas été prise en compte, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision attaquée, que sa situation n’aurait pas fait l’objet d’un examen particulier. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu’en se fondant sur les motifs énoncés au point 5 la commission de recours aurait entaché sa décision d’une erreur de droit. Par suite, les moyens doivent être écartés comme manquant en fait.


En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d’autrui ».


Il n’est pas contesté que M. A... est entré en France en 1991 comme conjoint d’une ressortissante française et qu’il s’est maintenu sur le territoire national, au bénéfice de trois titres de séjour successifs, jusqu’au 2 octobre 2018, date à laquelle il est retourné en Algérie. Il est par ailleurs constant que le dernier des titres de séjour délivré à M. A... a expiré le 13 mai 2021, que l’intéressé n’a pas sollicité de visa pour entrer en France avant cette date et qu’il ne pouvait ainsi se prévaloir du cadre réglementaire mentionné aux points points 6 et 7. La circonstance que la pandémie liée au Covid 19 aurait empêché M. A... de revenir en France en raison de la fermeture temporaire des frontières est sans incidence sur ce point, alors qu’en produisant une décision du 6 juin 2022 par laquelle l’autorité consulaire française à Alger a refusé de lui délivrer un visa dit « de retour », mentionnant un enregistrement de la demande le 5 mai 2022 et qu’il ne soutient pas avoir contestée, l’intéressé n’établit pas avoir effectué des démarches en vue d’obtenir le renouvellement de son titre de séjour préalablement ou concomitamment à la survenance de ces événements, et avant l’expiration du délai au-delà duquel il perdait le bénéfice de son titre de séjour. Toutefois, M. A... fait valoir que la décision attaquée méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme. Il n’est pas contesté que M. A... est le père de trois enfants majeurs, ressortissants français et établis en France, qu’il a résidé et exercé sa profession sur le territoire national, de manière régulière, durant 27 ans et qu’il bénéficie à ce titre de droits à la retraite. Ces seules circonstances cependant, ne sont pas à elles seules de nature à établir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme ni qu’elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de sa situation personnelle et familiale.


Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A... doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d’injonction et de celles présentées au titre des frais liés au litige.



D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l'audience du 2 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Penhoat, président,
M. Bernard, conseiller,
Mme Lacour, conseillère.




Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2026.

Le rapporteur,
E. Bernard
Le président,
A. Penhoat

La greffière,



A. Voisin


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,



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