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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2407790

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2407790

mardi 3 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2407790
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantCABRAL

Résumé IA

**Sujet principal** : Recours contre le refus de délivrance d'un visa de court séjour en France pour une ressortissante sénégalaise. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Nantes (11ème chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête et confirme le refus de visa. Il estime que l'administration a légalement fondé sa décision sur le risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires, en raison d'un doute sur la fiabilité des conditions d'hébergement déclarées et des attaches personnelles de la demanderesse. **Textes appliqués** : Le tribunal s'appuie principalement sur le règlement (CE) n° 810/2009 (code communautaire des visas), notamment ses articles 21 et 32, qui encadrent l'évaluation du risque d'immigration illégale et de la volonté de quitter le territoire de l'UE.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mai 2024, Mme D... A..., représentée par Me Cabral, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 25 mars 2024 par laquelle le sous-directeur des visas a rejeté le recours formé contre la décision du 30 novembre 2023 de l’autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) lui refusant la délivrance d’un visa d’entrée et de court séjour en France ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire délivrer le visa demandé dans un délai d’un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation des conditions d’accueil ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation du risque de détournement de l’objet du visa.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2025, le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l’Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;
- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de M. Lehembre a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

Mme A..., ressortissante sénégalaise, a sollicité la délivrance d’un visa d’entrée et de court séjour en France auprès de l’autorité consulaire française à Dakar (Sénégal). Par décision du 30 novembre 2023, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision du 25 mars 2024, dont Mme A... demande l’annulation, le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur et des outre-mer a rejeté le recours formé contre la décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d’annulation :
Pour rejeter le recours dont il était saisi, le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur et des outre-mer s’est fondé sur les motif tirés de ce que, d’une part, les informations communiquées quant à l’hébergement de la demandeuse de visa n’étaient pas fiables et, d’autre part, de ce qu’eu égard à la situation personnelle de Mme A..., et en considération des attaches portées à la connaissance de l’administration dont elle dispose en France et dans son pays de résidence, elle présentait un risque de détournement de l’objet du visa à des fins migratoires.
En premier lieu, par une décision du 5 septembre 2023 portant délégation de signature, publiée au bulletin officiel du ministère de l’intérieur n° 1 du 15 septembre 2023, le sous-directeur des visas a donné délégation à Mme Karine Aumont, secrétaire de chancellerie de classe exceptionnelle, adjointe à la secrétaire générale de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, afin de signer les décisions se rapportant aux recours administratifs contre les refus de visa de court séjour prises par les autorités diplomatiques et consulaires. Par suite, le moyen de la requête tiré de l’incompétence de Mme B..., signataire de la décision attaquée, doit être écarté.
En second lieu, aux termes de l’article 10 de la convention d’application de l’accord de Schengen : « 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa (…) peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum (…) ». Aux termes de l’article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : « 1. Lors de l’examen d’une demande de visa uniforme, (…) une attention particulière est accordée à l’évaluation du risque d’immigration illégale (…) que présenterait le demandeur ainsi qu’à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d’expiration du visa demandé ». Aux termes de l’article 32 du même règlement : « 1. (…) le visa est refusé : (…) b) s’il existe des doutes raisonnables sur (…) la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l’expiration du visa demandé (…) ».
L'administration peut, indépendamment d’autres motifs de rejet tels que la menace pour l’ordre public, refuser la délivrance d’un visa, qu’il soit de court ou de long séjour, en cas de risque avéré de détournement de son objet, lorsqu’elle établit que le motif indiqué dans la demande ne correspond manifestement pas à la finalité réelle du séjour de l’étranger en France. Elle peut à ce titre opposer un refus à une demande de visa de court séjour en se fondant sur l’existence d’un risque avéré de détournement du visa à des fins migratoires.
Pour justifier de son intention de quitter le territoire à l’expiration du visa sollicité, Mme A... fait valoir qu’elle ne souffre d’aucune pathologie, que tous ses enfants résident au Sénégal, et verse au dossier un billet d’avion aller-retour Paris-Dakar ainsi qu’une assurance voyage. Toutefois, en produisant seulement une attestation de sa fille alléguée, dont il ressort qu’elle aurait été signée à Dakar, Mme A... n’établit pas la réalité des attaches familiales qu’elle soutient avoir au Sénégal. Elle n’établit pas davantage qu’elle y aurait des attaches matérielles par la production d’un bordereau de sa banque attestant du versement de sa pension de retraite pour le seul mois d’octobre 2023. Par suite, Mme A... n’est pas fondée à soutenir que le sous-directeur des visas aurait entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation. Il résulte par ailleurs de l’instruction que l’administration aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A... doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d’injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D... A... et au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 3 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,
M. Lehembre, conseiller,
Mme Raoul, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2026.


Le rapporteur,




P. Lehembre






Le président,




E. Berthon








L’assesseure la plus ancienne,



M. C...


Le président-rapporteur,



A. MARCHAND






L’assesseure la plus ancienne,



M. C...

La greffière,




N. Brulant

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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