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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2407888

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2407888

vendredi 14 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2407888
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantGASTAUD LELLOUCHE HANOUNE MONNOT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. A..., ressortissant égyptien, qui contestait le refus de délivrance d’un visa de court séjour. La juridiction a jugé que la décision du sous-directeur des visas, qui s’est substituée à celle de l’autorité consulaire, était suffisamment motivée. Le tribunal a également estimé que le motif de refus, fondé sur un risque de détournement de l’objet du visa à des fins migratoires, était légal et justifié au regard des pièces fournies, sans qu’il soit besoin d’examiner l’application de l’article L. 312-1 A du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. La solution retenue s’appuie sur le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 mai 2024 et 11 juillet 2025, M. C... A..., représenté par Me Lellouche Hanoune, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision de l'autorité consulaire française à Djeddah (Arabie Saoudite) du 19 mars 2024 refusant de lui délivrer un visa d’entrée et de court séjour ;

2°) d'annuler la décision du 21 mai 2024 par laquelle le sous-directeur des visas a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Djeddah du 19 mars 2024 ;

3°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de délivrer le visa sollicité dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d’un défaut de motivation ;
- la décision consulaire est fondée sur des faits inexacts, dénaturés ou inexistants et est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors que sa présence ne constitue pas une menace pour l’ordre public ;
- sa demande ne présente pas un risque de détournement de l’objet du visa à des fins migratoires ;
- les dispositions de l'article L. 312-1 A du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, invoquées par le ministre de l’intérieur dans son mémoire en défense, sont postérieures à la décision attaquée et ne lui sont donc pas applicables ; ce motif de refus n’est pas prévu par l’article 32 du règlement du 13 juillet 2009 et la circonstance qu’il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ne peut, dès lors, légalement fonder le refus de visa.


Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- la décision peut être fondée sur la circonstance que M. A... s'est maintenu en France au-delà du délai qui lui était imparti par l'obligation de quitter le territoire français du 28 août 2021, ce qui fait obstacle à la délivrance d'un visa de court séjour en application de l'article L. 312-1 A du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
- les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le règlement n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Poupineau a été entendu au cours de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :


M. A..., ressortissant égyptien, a présenté une demande de visa de court séjour pour motif professionnel auprès de l’autorité consulaire française à Djeddah (Arabie Saoudite). Par une décision du 19 mars 2024, cette autorité a refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision du 21 mai 2024, le sous-directeur des visas a rejeté le recours formé contre la décision consulaire. Par sa requête, M. A... demande au tribunal d’annuler la décision consulaire et la décision de rejet du sous-directeur des visas.


Sur les conclusions à fin d’annulation de la décision de l’autorité consulaire française :


Il résulte des dispositions de l’article D. 312-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que la décision prise par le sous-directeur des visas, dont la saisine préalable à un recours contentieux est obligatoire à peine d’irrecevabilité de celui-ci, se substitue à la décision prise par l’autorité consulaire ou diplomatique sur la demande de visa. Par suite, la décision du sous-directeur des visas du 21 mai 2024 s’est substituée à la décision de l’autorité consulaire française à Djeddah du 19 mars 2024. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision du sous-directeur des visas. Dès lors, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision consulaire, qui constitue un vice propre à cette décision, doit être écarté comme inopérant.


Sur les conclusions à fin d’annulation de la décision du sous-directeur des visas :

En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment les articles 21 et 32 du règlement (CE) n°810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 et l’article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose également de façon suffisamment précise les considérations de fait qui ont justifié le refus de visa opposé à M. A.... L’éventuelle erreur d’appréciation entachant les motifs de cette décision est, en tout état de cause, sans incidence sur la régularité formelle de sa motivation. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisante motivation de la décision du sous-directeur des visas du 21 mai 2024 doit être écarté comme manquant en fait.

En deuxième lieu, pour rejeter, par la décision attaquée, la demande de visa de M. A..., le sous-directeur des visas a relevé d’une part, que les justificatifs d’hébergements fournis n’étaient pas convaincants et d’autre part, que les documents produits relatifs à une demande de visa pour personnel de maison accompagnant son employeur n’étaient pas suffisamment probants de sorte que la demande de l’intéressé présentait ainsi un risque de détournement de l’objet du visa à des fins migratoires. Eu égard aux motifs de cette décision, le requérant ne peut utilement faire valoir qu’il ne représente pas une menace à l’ordre public et que les faits retenus par l’autorité administrative pour caractériser cette menace sont matériellement inexacts, dénaturés ou inexistants.

En troisième et dernier lieu, aux termes de l’article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée n'excédant pas trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de court séjour, dans les conditions prévues à l'article 6 du règlement 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016. /Les demandes de visa de court séjour sont déposées et instruites dans les conditions prévues par les chapitres II et III du titre III du règlement n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas ». Aux termes de l’article 21 du règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 : « 1. Lors de l’examen d’une demande de visa uniforme (…) une attention particulière est accordée à l’évaluation du risque d’immigration illégale (…) que présenterait le demandeur ainsi qu’à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d’expiration du visa demandé / (…) ». Aux termes de l’article 32 du même règlement : « 1. (…) le visa est refusé : / (…) b) s’il existe des doutes raisonnables sur l’authenticité des documents justificatifs présentés par le demandeur ou sur la véracité de leur contenu, sur la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l’expiration du visa demandé. / (…) ». Aux termes de l’annexe II du même règlement : « Liste non exhaustive de documents justificatifs / Les justificatifs visés à l’article 14, que les demandeurs de visa doivent produire, sont notamment les suivants : / A. documents relatifs à l’objet du voyage / 1) pour des voyages à caractère professionnel : / a) l’invitation d’une entreprise ou d’une autorité à participer à des entretiens, à des conférences ou à des manifestations à caractère commercial, industriel ou professionnel ; b) d’autres documents qui font apparaître l’existence de relations commerciales ou professionnelles; (…) d) les documents attestant les activités de l’entreprise ; (…) / B. Documents permettant d’apprécier la volonté du demandeur de quitter le territoire des états membres : / 1) un billet de retour ou un billet circulaire, ou encore une réservation de tels billets; 2) une pièce attestant que le demandeur dispose de moyens financiers dans le pays de résidence; 3) une attestation d’emploi: relevés bancaires; 4) toute preuve de la possession de biens immobiliers; 5) toute preuve de l’intégration dans le pays de résidence: liens de parenté, situation professionnelle. »

L'administration peut, indépendamment d’autres motifs de rejet tels que la menace pour l’ordre public, refuser la délivrance d’un visa, qu’il soit de court ou de long séjour, en cas de risque avéré de détournement de son objet, lorsqu’elle établit que le motif indiqué dans la demande ne correspond manifestement pas à la finalité réelle du séjour de l’étranger en France. Elle peut à ce titre opposer un refus à une demande de visa de court séjour en se fondant sur l’existence d’un risque avéré de détournement du visa à des fins migratoires.


Il ressort des pièces du dossier que M. A... a sollicité la délivrance d’un visa d’entrée et de court séjour pour motif professionnel en qualité de personnel de maison accompagnant son employeur. Toutefois, il ne produit, pour justifier de la réalité de son activité professionnelle, que le formulaire aux fins d’engagement à respecter les formalités prévues par l’article L. 243-1 du code de la sécurité sociale signé le 3 mars 2024, son contrat de travail produit en langue arabe, non traduit, ainsi que trois tableaux récapitulatifs de salaires pour les années 2021 à 2023, qui se limitent à la mention du nom de M. A.... Ces documents se révèlent insuffisants pour établir la réalité de cet emploi en l’absence de production notamment de justificatifs de salaires émis au titre de l’activité alléguée. De plus, M. A... ne justifie d’aucune attache matérielle ou familiale en Arabie Saoudite, où il déclare travailler sans même l’établir. Dans ces conditions, et alors même que M. A... a obtenu depuis 2017 quatre visas de court séjour, ayant toutefois un motif familial, dont il allègue avoir respecté le terme, le sous-directeur des visas n’a pas entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation en considérant que la demande de visa de M. A... présentait un risque de détournement de l’objet du visa à des fins migratoires. Par suite, M. A..., qui ne conteste pas le bien-fondé du second motif de refus qui lui a été opposé, n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision attaquée.

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la demande de substitution de motif du ministre de l’intérieur, que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A... doivent être rejetées.


Sur les conclusions accessoires :

Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d’une mesure d’injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.












D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et au ministre de l’intérieur.



Délibéré après l’audience du 10 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,
M. B..., premier-conseiller,
M. Alloun, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2025.

La présidente-rapporteure,

V. POUPINEAU
L’assesseur le plus ancien,

E. B...
La greffière,

A-L. LE GOUALLEC


La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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