Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 28 mai 2024 sous le n° 2407890, Mme D... A..., agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de C... A..., représentée par Me Ottou, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision implicite née le 11 mai 2024 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 9 février 2024 de l’autorité consulaire française à Bamako (Mali) refusant de délivrer à C... A... un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;
2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire délivrer ce visa dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire délivrer à C... A... un laissez-passer consulaire dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n’est pas établi que la commission de recours ait été régulièrement composée ;
- la décision attaquée n’est pas motivée, dès lors que la commission de recours n’a pas répondu à sa demande de communication des motifs dans le délai d’un mois ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 561-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’elle a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire, que les documents d’état civil produits et les éléments de possession d’état établissent qu’un lien de filiation existe entre elle et la demandeuse, qu’elle exerce sur cette dernière une autorité parentale exclusive, que l’âge de la demandeuse lui ouvre droit à la réunification familiale et que les intéressés ne représentent pas une menace à l’ordre public ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2025, le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur, conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir qu’il a donné instruction à l’autorité consulaire concernée de délivrer le visa de long séjour sollicité.
Une note en délibéré présentée par Mme A... a été enregistrée le 29 janvier 2026 et n’a pas été communiquée.
II. Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2024 sous le n° 2419945, Mme D... A..., agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de C... A..., représentée par Me Ottou, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’annuler la décision du 29 août 2024 par laquelle l’autorité consulaire française à Bamako (Mali) a refusé de délivrer à C... A... un laissez-passer consulaire ;
3°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire délivrer à C... A... un laissez-passer consulaire dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire délivrer un visa d’entrée et de long séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Ottou, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si la demande d’aide juridictionnelle est rejetée, à son profit en application des dispositions de ce dernier article.
Elle soutient que :
- la décision attaquée n’est pas motivée ;
- elle est entachée d’un défaut de base légale ;
- elle est entachée d’une erreur de fait ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen ;- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 561-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’elle a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire, que les documents d’état civil produits et les éléments de possession d’état établissent qu’un lien de filiation existe entre elle et la demandeuse, qu’elle exerce sur cette dernière une autorité parentale exclusive, que l’âge de la demandeuse lui ouvre droit à la réunification familiale et que les intéressées ne représentent pas une menace à l’ordre public ;
- elle méconnaît l’article 8 du décret 2004-1543 du 30 décembre 2004 relatif aux attributions des chefs de poste consulaire en matière de titres de voyage ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait le paragraphe 1 de l'article 3, l’article 9 et l’article 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.
Par une lettre en date du 10 décembre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de ce que les conclusions tendant à l’annulation d’une décision par laquelle l’autorité consulaire française à Bamako (Mali) aurait refusé de délivrer à C... A... un laissez-passer consulaire, sont irrecevables en tant qu'elles sont dirigées contre une décision inexistante, dès lors que Mme D... A... sollicitait pour sa fille la délivrance d’un visa et n’a pas formulé de demande de délivrance d’un laissez-passer consulaire.
Une note en délibéré présentée par Mme A... a été enregistrée le 29 janvier 2026 et n’a pas été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Bernard a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
Mme D... A..., ressortissante guinéenne née le 19 août 1991, a obtenu le statut de réfugié par une décision du 19 août 2021 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Un visa de long séjour a été sollicité, au titre de la réunification familiale, pour l’enfant C... A... qu’elle présente comme sa fille, auprès de l’autorité consulaire à Bamako (Mali), laquelle a rejeté cette demande le 9 février 2024. Par une décision implicite née le 11 mai 2024, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision consulaire. A l’issue de sa séance du 25 juin 2024, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a recommandé au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur, de délivrer à C... A... le visa sollicité. Le 6 août 2024, le ministre a donné instruction aux services consulaires concernés de délivrer ce visa. Par courriel en date du 29 août 2024, l’autorité consulaire française à Bamako, a informé Mme A... qu’elle n’était pas en mesure de délivrer à C... A... un laissez-passer consulaire. Par sa requête n° 2407890, Mme A... demande l’annulation de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France née le 11 mai 2024. Par sa requête n° 2419945, Mme A... demande au tribunal l’annulation d’une décision de refus de délivrance de laissez-passer qui lui aurait été opposée le 29 août 2024.
Sur la requête n° 2407890 :
Aux termes de l’article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre de l'intérieur est chargée d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de long séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. Le sous-directeur des visas, au sein de la direction générale des étrangers en France du ministère de l'intérieur, est chargé d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de court séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de l'une ou l'autre de ces autorités, selon la nature du visa sollicité, est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. » Aux termes de l’article D. 312-5-1 du même code : « La commission peut soit rejeter le recours, soit recommander au ministre des affaires étrangères et au ministre de l'intérieur d'accorder le visa de long séjour sollicité. Le président de la commission peut rejeter, sans réunir la commission, les recours manifestement irrecevables ou mal fondés. ».
Si le silence gardé par l’administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l’excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu’elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration, se substitue à la première décision.
Il ressort des pièces du dossier qu’après avoir implicitement rejeté le recours préalable de Mme A... dirigé contre la décision du 9 février 2024 par laquelle l’autorité consulaire française à Bamako a refusé de délivrer le visa sollicité pour C... A..., la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a décidé de recommander au ministère de l'intérieur d’accorder le visa demandé par l’intéressé. Par cette recommandation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a implicitement mais nécessairement abrogé la décision implicite de rejet du recours de Mme A.... Au surplus, le ministre de l’intérieur fait valoir sans être contesté qu’il a, le 6 août 2024, donné instruction au services consulaires concernés de délivrer le visa de long séjour sollicité. Il n’y a donc plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2407890 tendant à l’annulation de cette décision implicite.
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat une somme de 800 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur la requête n° 2419945 :
En ce qui concerne l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ». Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’admettre, à titre provisoire, Mme A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
En ce qui concerne les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article 5 du décret n°2004-1543 du 30 décembre 2004 relatif aux attributions des chefs de poste consulaire en matière de titres de voyage : « Le laissez-passer est un titre de voyage individuel délivré pour un seul voyage et une durée maximale de trente jours à compter de la date de son établissement ». Aux termes de l’article 8 du même décret : « Le laissez-passer peut être délivré à un ressortissant étranger démuni de tout titre de voyage ou de document pouvant en tenir lieu, dans l'incapacité d'en obtenir un des autorités consulaires de son pays d'origine ou des autorités locales, et se trouvant dans une des situations suivantes : a) Après consultation du ministre des affaires étrangères, pour un seul voyage à destination de la France : (…) 2. Au conjoint, à l'enfant mineur à charge de l'étranger auquel l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a reconnu le statut de réfugié ou celui d'apatride ou a accordé la protection subsidiaire, autorisé à entrer et à séjourner en France en vertu d'un visa ; (…) ».
Il ressort des pièces du dossier que Mme A... a sollicité la délivrance, pour sa fille C... A..., d’un visa de long séjour. Sur recommandation de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France, le ministre a donné instruction au services consulaires concerné de délivrer ledit visa. Par un courriel du 7 août 2024, Mme B..., juriste à la Croix-Rouge française, a interrogé le consulat de Bamako sur le fait de savoir s’il serait possible de délivrer à C... A... un laissez-passer consulaire, en application de l’article 8 du décret du 30 décembre 2004 mentionné au point 6. Par courriel du 8 août 2024, les services consulaires ont fait savoir à Mme B... que la demandeuse de visa, porteuse seulement d’un acte de naissance établi sur jugement supplétif en 2022, n’avait produit ni pièce d’identité, ni ancien passeport, l’ont interrogé sur les raisons susceptibles d’expliquer que l’intéressée ne serait pas en mesure de se voir délivrer un passeport et l’ont informé de ce que les services consulaires français n’ont pas vocation à se substituer aux autorités d’origine du demandeur en matière de délivrance de titre de voyage. Par courriel du 29 août 2024, les autorités consulaires ont fait savoir à Mme A... qu’elles n’étaient pas en mesure de délivrer un laissez-passer à C... A.... Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces échanges ont résulté d’une demande qu’aurait formulé Mme A..., en tant que représentante légale de C... A..., dans le but que cette dernière se voit délivrer un laissez-passer consulaire en lieu et place du visa de long séjour dont la délivrance avait été ordonnée par le ministre de l’intérieur. En l’absence d’une telle demande, le courriel du 29 août 2024 ne saurait être regardé comme constituant une décision susceptible de recours.
Il résulte de qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme A... dans la requête n° 2419945 doivent être rejetées comme irrecevables. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d’injonction et de celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2407890 à fin d’annulation de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France et à fin d’injonction sous astreinte.
Article 2 : L’Etat versera, au titre de l’instance n° 2407890, à Mme A... la somme de 800 (huit cents) euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 3 : La requête n° 2419945 de Mme A... est rejetée.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D... A... et au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 19 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
M. Penhoat, président,
Mme Guillemin, première conseillère,
M. Bernard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2026.
Le rapporteur,
E. Bernard
Le président,
A. Penhoat
La greffière,
A. Voisin
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,