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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2408630

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2408630

lundi 23 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2408630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantMALIK

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes rejette la requête de M. et Mme A..., qui demandaient l'annulation du rejet de leur demande de visa de long séjour en qualité d'ascendants à charge. Le tribunal juge que la décision implicite de la commission de recours, qui se substitue à la décision consulaire initiale, est suffisamment motivée et ne révèle pas d'erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L. 312-2 et D. 312-8-1, ainsi que sur le code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête, enregistrée le 9 juin 2024, M. B... A... et Mme C... A..., représentés par Me Malik, demandent au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite née le 5 juin 2024 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire formé contre les décisions du 3 mars 2024 par lesquelles l’autorité consulaire française à Oran (Algérie) a refusé de leur délivrer un visa de long séjour en qualité d’ascendant à charge, ensemble les deux décisions du 3 mars 2024 ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire délivrer un visa portant la mention « famille de français, ascendant à charge » à M. et Mme A... dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire, d’enjoindre au ministre de l’intérieur de réexaminer leur demande, dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



Ils soutiennent que :
- les décisions consulaires sont insuffisamment motivées ; la décision de la commission de recours est, par voie de conséquence, insuffisamment motivée ;
- les décisions attaquées sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’application des dispositions de l’article L. 423-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’ils ne disposent pas de ressources suffisantes pour faire face à leurs besoins en Algérie et dépendent de l’aide leur fille, ressortissante française, qui s’est engagée à les héberger et à les prendre en charge.


Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Cabon a été entendu au cours de l’audience publique du 2 mars 2026.


Considérant ce qui suit :


M. et Mme A..., ressortissants algériens nés respectivement en 1947 et en 1954, ont sollicité un visa de long séjour en qualité d’ascendants à charge d’un ressortissant français auprès de l’autorité consulaire française à Oran (Algérie), laquelle, par deux décisions du 3 mars 2024, a rejeté leurs demandes. Par une décision implicite née le 5 juin 2024, dont M. et Mme A... demandent au tribunal l’annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé le 5 avril 2024 contre ces décisions consulaires.

Sur l’objet du litige :

Il résulte des dispositions de l’article D. 312-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que la décision prise par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France, dont la saisine préalable à un recours contentieux est obligatoire à peine d’irrecevabilité de celui-ci, se substitue à la décision prise par l’autorité consulaire ou diplomatique sur la demande de visa. Il s’ensuit que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision de la commission de recours et les moyens, en tant qu’ils sont dirigés contre les décisions consulaires, doivent être écartés comme inopérants.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, aux termes de l’article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ». Les décisions des autorités consulaires portant refus d’une demande de visa doivent être motivées en vertu des dispositions de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration. Il en va de même pour les décisions de rejet des recours administratifs préalables obligatoires formés contre ces décisions.

Les décisions consulaires visent l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elles sont fondées sur les motifs tirés, d’une part, de ce que les demandeurs de visa ne justifient pas être à la charge de l’un de leurs enfants de nationalité française ou de son conjoint et, d’autre part de ce que les informations communiquées pour justifier l’objet et les conditions du séjour envisagé sont incomplètes et/ou non fiables. Ces décisions et, partant, la décision attaquée, comportent, dans leur ensemble, un exposé suffisant des considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit, en conséquence, être écarté comme manquant en fait.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial (…) ». Aux termes de l’article 7 bis de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : « (…) Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit (…) : / b) (…) aux ascendants d’un ressortissant français et de son conjoint qui sont à sa charge ». Le deuxième alinéa de l’article 9 du même accord prévoit : « Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis, alinéa 4 (lettres c à d), et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d’un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. ».

Lorsqu'elles sont saisies d'une demande tendant à la délivrance d'un visa de long séjour par un ressortissant étranger faisant état de sa qualité d'ascendant à charge de ressortissant français, les autorités consulaires peuvent légalement fonder leur décision de refus sur la circonstance que le demandeur ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.

Il n’est pas contesté qu’à l’appui de leur demande de visa de long séjour, M. et Mme A... ont présenté l’ensemble des pièces requises par les autorités consulaires. Par ailleurs, il n’est pas précisé par l’administration dans quelle mesure ces pièces ne seraient pas fiables pour fonder un refus de visa pour ce motif. Par suite, et alors que le ministre ne défend pas la légalité du motif ainsi opposé, celui-ci ne pouvait légalement fonder la décision contestée.

En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A... perçoit, depuis 2004, une pension d’un montant annuel de 1 237 017, 96 dinars algériens, équivalent à environ 676 euros mensuels, soit, comme le fait valoir le ministre sans être contesté, un montant correspondant environ au double du salaire moyen algérien pour l’année 2024. Ainsi, et alors même que M. et Mme A... ont produit les preuves de six transferts d’argent de la part de leur fille depuis 2016 ainsi que les justificatifs de ses revenus attestant de ce qu’elle est en mesure de subvenir à leurs besoins, ils ne démontrent pas ne pas être en capacité de subvenir à leurs besoins de la vie courante dans des conditions décentes. Dès lors, la commission de recours contre les refus de visa d’entrée en France n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation en considérant que M. et Mme A... n’avaient pas la qualité d’ascendant à charge. Il résulte de l’instruction que la commission de recours aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. et Mme A... doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées.




D E C I D E :



Article 1er : La requête de M. et Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Mme C... A... et au ministre de l’intérieur.



Délibéré après l'audience du 2 mars 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Picquet, présidente,
M. Cabon, premier conseiller,
Mme d’Erceville, première conseillère.











Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2026.



Le rapporteur,

P. Cabon

La présidente,

P. Picquet

La greffière,




J. Baleizao

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,



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