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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2408830

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2408830

mardi 17 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2408830
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nantes a annulé la décision du ministère de l'intérieur refusant un visa de court séjour à un ressortissant marocain. La juridiction a estimé que l'administration avait commis une erreur manifeste d'appréciation en retenant un risque de détournement migratoire, au regard des attaches familiales, professionnelles et du passé migratoire régulier du requérant. Elle a en conséquence enjoint au ministre de délivrer le visa dans un délai de trois mois, en application des articles 21 et 32 du règlement (CE) n° 810/2009 établissant le code communautaire des visas.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 juin 2024, 23 juillet 2024 et 17 décembre 2025, M. C... A... demande au Tribunal :

1°) d’annuler la décision du 11 avril 2024 par laquelle le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur et des outre-mer a rejeté le recours formé contre la décision de l’autorité consulaire française au Maroc lui refusant la délivrance d’un visa d’entrée et de court séjour en France ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire délivrer le visa demandé.

Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation du risque de détournement de l’objet du visa ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juillet 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention d’application de l’accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;
- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;
- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l’Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Moreno a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant marocain, a sollicité la délivrance d’un visa d’entrée et de court séjour en France auprès de l’autorité consulaire française au Maroc, qui a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision du 11 avril 2024, dont il demande l’annulation, le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur et des outre-mer a rejeté le recours formé contre la décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Pour rejeter le recours dont il était saisi, le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur et des outre-mer s’est fondé sur le motif tiré de ce que, eu égard à la situation personnelle de M. B..., sa demande présente un risque de détournement de l’objet du visa à des fins migratoires

Aux termes de l’article 10 de la convention d’application de l’accord de Schengen : « 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l’ensemble des Parties contractantes. Ce visa (…) peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum (…) ». Aux termes de l’article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : « 1. Lors de l’examen d’une demande de visa uniforme, (…) une attention particulière est accordée à l’évaluation du risque d’immigration illégale (…) que présenterait le demandeur ainsi qu’à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d’expiration du visa demandé ». Aux termes de l’article 32 du même règlement : « 1. (…) le visa est refusé : (…) b) s’il existe des doutes raisonnables sur (…) la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l’expiration du visa demandé (…) ».

Pour justifier du risque de détournement par M. B... de l’objet du visa à des fins migratoires, le sous-directeur des visas fait valoir qu’il est âgé de 69 ans et qu’il ne justifie d’aucune attache au Maroc. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant est marié et qu’il a la garde de ses deux petits-enfants mineurs et scolarisés en application du jugement n° 526 rendu le 13 octobre 2022 par le tribunal de première instance de Sidi Slimane (Maroc). Il justifie également percevoir une pension de retraite et dispenser des cours de français et de mathématiques à l’institut Imane Malek (Maroc). Enfin, M. B... produit d’anciens visas d’entrée et de court séjour qui lui ont été délivrés par la France entre 2013 et 2017 et dont il n’est pas allégué, qu’il n’en aurait pas respecté les termes. En ce sens, si le ministre de l’intérieur fait valoir que le requérant a fait l’objet d’un signalement en 2022 pour avoir laissé son fils se maintenir illégalement lors d’un voyage touristique en France en 2014, cette circonstance, qu’il n’établit pas et qui ne concerne pas directement le requérant, n’est pas de nature à démontrer un risque avéré de détournement de l’objet du visa. Dans ces conditions, en opposant un tel risque au demandeur, le sous-directeur des visas a entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner l’autre moyen de la requête, que la décision attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Le présent jugement, eu égard au motif d’annulation retenu, implique nécessairement qu’il soit enjoint au ministre de l’intérieur de faire délivrer à M. A... le visa d’entrée et de court séjour demandé dans un délai de trois mois suivant sa notification.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 11 avril 2024 du sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur et des outre-mer est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l’intérieur de faire délivrer à M. A... le visa demandé dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 24 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,
Mme Moreno, conseillère,
M. Lehembre, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2026.












La rapporteure,





C. Moreno


Le président,





E. Berthon
La greffière,




N. Brulant

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,





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