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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2409630

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2409630

lundi 23 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2409630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantCABINET BRANGEON DESCHAMPS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B... visant à annuler le refus de délivrance d'un visa de court séjour. Le juge a estimé que le refus, fondé sur le risque de non-retour dans le pays d'origine, n'était entaché ni d'une erreur manifeste d'appréciation ni d'une insuffisance de motivation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que sur le règlement communautaire des visas.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Sous le n° 2409630, par une requête et un mémoire enregistrés les 26 juin 2024 et 16 décembre 2025, Mme A... B..., représentée par Me Brangeon, demande au tribunal :

d’annuler, d’une part, la décision implicite résultant du silence gardé par le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur sur le recours formé contre la décision du 5 février 2024 de l’autorité consulaire française à Saint-Domingue (République dominicaine) lui refusant la délivrance d’un visa de court séjour en France, et, d’autre part, la décision de l’autorité consulaire française à Saint-Domingue du 5 février 2024 ;

d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire délivrer le visa demandé dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros toutes taxes comprises sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un vice de procédure dès lors qu’elle n’a pas pu présenter ses observations préalablement à la décision attaquée en méconnaissance des dispositions de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’elle a fourni l’ensemble des justificatifs nécessaires, notamment une attestation d’accueil, qu’elle justifie de moyens de subsistance suffisants pour la durée de son séjour en France, qu’elle souhaite seulement venir en France pour rendre visite à sa mère et au compagnon de celle-ci, ainsi qu’à ses sœurs, et qu’elle a des attaches familiales et matérielles dans son pays d’origine ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B... ne sont pas fondés.

II. Sous le n° 2416838, par une requête et un mémoire enregistrés les 23 octobre 2024 et 16 décembre 2025, Mme A... B..., représentée par Me Brangeon, demande au tribunal :

d’annuler la décision du 2 septembre 2024 par laquelle le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur a rejeté le recours formé contre la décision du 5 février 2024 de l’autorité consulaire française à Saint-Domingue (République dominicaine) lui refusant la délivrance d’un visa de court séjour en France ;

d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire délivrer le visa demandé dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros toutes taxes comprises sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un vice de procédure dès lors qu’elle n’a pas pu présenter ses observations préalablement à la décision attaquée en méconnaissance des dispositions de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’elle a fourni l’ensemble des justificatifs nécessaires, notamment une attestation d’accueil, qu’elle justifie de moyens de subsistance suffisants pour la durée de son séjour en France, qu’elle souhaite seulement venir en France pour rendre visite à sa mère et au compagnon de celle-ci, ainsi qu’à ses sœurs, et qu’elle a des attaches familiales et matérielles dans son pays d’origine ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration est inopérant ;
- les autres moyens soulevés par Mme B... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.



Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention d’application de l’accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;
- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l’Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;
- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Ossant a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

Mme B..., ressortissante dominicaine, a sollicité la délivrance d’un visa de court séjour en France auprès de l’autorité consulaire française à Saint-Domingue (République dominicaine). Par une décision du 5 février 2024, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite résultant du silence gardé pendant un délai de deux mois, le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur a rejeté le recours formé le 26 février 2024 contre cette décision consulaire. Par une décision expresse du 2 septembre 2024, qui s’est substituée à la décision implicite précitée, le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur a explicitement rejeté le recours formé contre la décision consulaire. Par ses requêtes, Mme B... doit être regardée comme demandant au tribunal l’annulation de la seule décision expresse du 2 septembre 2024 du sous-directeur des visas.

Les requêtes nos 2409630 et 2416838 présentent à juger des questions semblables et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

En premier lieu, pour refuser la délivrance du visa sollicité, le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur s’est fondé, au regard des dispositions du règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas (code des visas), et notamment de ses articles 21 et 32, ainsi que des articles L.311-1 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, sur le motif tiré de ce que, eu égard à la situation personnelle de la demanderesse (vingt-six ans, célibataire et étudiante), et en considération des attaches portées à la connaissance de l’administration dont elle dispose en France et dans son pays de résidence (sans attaches familiales, sans revenus justifiés en République dominicaine et résidence de sa mère et de deux sœurs en France), sa demande de visa présente un risque de détournement de son objet à des fins migratoires. Une telle motivation comporte, avec suffisamment de précision, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation manque en fait et doit donc être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l’article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d’une procédure contradictoire préalable. ». La décision du sous-directeur des visas faisant suite au recours présenté par Mme B..., recours qui constitue une demande au sens des dispositions précitées de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration, la requérante ne peut utilement soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance de ces dispositions et du principe du contradictoire. Par suite le moyen tiré du vice de procédure est inopérant et doit donc être écarté.

En troisième lieu, aux termes de l’article 10 de la convention d’application de l’accord de Schengen : « 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l’ensemble des Parties contractantes. Ce visa (…) peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum (…) ». Aux termes de l’article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : « 1. Lors de l’examen d’une demande de visa uniforme, (…) une attention particulière est accordée à l’évaluation du risque d’immigration illégale (…) que présenterait le demandeur ainsi qu’à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d’expiration du visa demandé ». Aux termes de l’article 32 du même règlement : « 1. (…) le visa est refusé : / (…) / b) s’il existe des doutes raisonnables sur (…) la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l’expiration du visa demandé (…) ».

D’une part, Mme B... ne justifie pas de l’intensité de ses liens avec son frère qui réside en République dominicaine. D’autre part, s’il ressort des pièces du dossier que Mme B... est propriétaire d’un logement en République dominicaine, celui-ci est situé à plus de 150 kilomètres de son lieu d’études, alors que la requérante n’apporte aucun élément indiquant qu’elle y résiderait le week-end comme elle l’allègue. Enfin, si la demanderesse se prévaut de son inscription dans un cursus de médecine à l’université de Saint-Domingue, ces études ne suffisent pas à établir l’existence d’attaches fortes dans son pays d’origine. Dans ces conditions, alors que la mère et deux des sœurs de la demanderesse résident en France en situation régulière, et bien que la requérante établisse avoir réservé des billets d’avion aller-retour, celle-ci n’est pas fondée à soutenir que le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur a commis une erreur manifeste d’appréciation en estimant que sa demande de visa présentait un risque de détournement de son objet à des fins migratoires. Au vu du motif retenu, les moyens tirés de ce que la demanderesse a fourni l’ensemble des justificatifs nécessaires et de ce qu’elle justifie de moyens de subsistance suffisants pour la durée de son séjour en France doivent être écartés comme inopérants.

En quatrième et dernier lieu, eu égard à la nature du visa demandé, et dès lors qu’il n’est ni établi ni même allégué que la mère et les sœurs de Mme B... seraient dans l’impossibilité de lui rendre visite en République dominicaine, le moyen tiré de ce que la décision du sous-directeur des visas porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la demanderesse, dont le respect est garanti par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme B... dans ses requêtes doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.


D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes nos 2409630 et 2416838 de Mme B... sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l'audience du 2 mars 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Picquet, présidente,
M. Cabon, premier conseiller,
M. Ossant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2026.

Le rapporteur,

L. Ossant

La présidente,

P. Picquet

La greffière,



J. Baleizao


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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