Le Tribunal administratif de Nantes a rejeté la requête de M. D..., ressortissant tchadien, qui contestait l’arrêté du préfet de la Vendée lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le requérant invoquait l’incompétence de l’auteur de l’acte et un risque de traitements contraires à l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme en cas de retour au Tchad. Le tribunal a écarté le premier moyen, la signature du préfet étant établie, et le second, faute pour l’intéressé de démontrer un risque actuel et personnel, d’autant que sa demande d’asile avait été définitivement rejetée. La décision s’appuie sur les articles L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 août 2024, M. C... D..., représenté par Me Roulleau, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 5 août 2024 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office à l’expiration de ce délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Vendée de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 11 juillet 1991.
Il soutient que :
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
- il n’est pas établi qu’elles ont été signées par une autorité compétente ;
- elles méconnaissent les stipulations de l’article 3 de la convention européenne des droits de l’Homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2025, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.
M. D... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale/partielle par une décision du 2 octobre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Giraud, président-rapporteur, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. C... D..., ressortissant tchadien né le 1er juin 1984, est entré en France le 28 juin 2023 sous couvert d’un visa de court séjour. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 4 janvier 2024 de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile du 3 juin 2024. Par un arrêté du 23 juillet 2024, le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office à l’expiration de ce délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an. M. D... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
En premier lieu, il résulte des pièces du dossier que l’arrêté attaqué a été signé par M. B... A..., préfet de la Vendée. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l’acte attaqué doit être écarté.
En second lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ». Aux termes du dernier alinéa de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ».
M. D... soutient qu’il encourt un risque pour sa vie et son intégrité physique en cas de retour dans son pays d’origine. Si le requérant fait un récit des circonstances de son départ de son pays d’origine, il n’établit pas qu’il serait actuellement exposé, en cas de retour dans ce pays, à un risque de subir des traitements prohibés par l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, la demande d’asile de l’intéressé a été définitivement rejetée, ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance et des stipulations de l’article 3 de la convention précitée doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D... doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... D... et au préfet de la Vendée.
Délibéré après l’audience du 14 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Giraud, président,
Mme Mounic, première conseillère,
M. Huet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2025.
Le président-rapporteur,
T. GIRAUD
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
S. MOUNIC
Le greffier,
G. VIEL
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,