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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2412916

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2412916

jeudi 27 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2412916
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP PIGEAU CONTE MURILLO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. B..., ressortissant angolais, qui contestait l'arrêté du préfet de la Sarthe lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que la décision était signée par une autorité compétente et suffisamment motivée. Il a estimé que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que la mesure ne méconnaissait ni l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, ni l'article 3 de cette même convention.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 août 2024, M. A... B..., représenté par Me Murillo, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle n’est pas suffisamment motivée.

Un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2025, pour le préfet de la Sarthe produit à l’expiration de la clôture n’a pas été communiqué.


M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 2 octobre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Giraud, président-rapporteur, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :


M. B..., ressortissant angolais né le 2 juillet 1983, est entré irrégulièrement en France le 20 octobre 2022. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 15 mars 2024 de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) du 3 juillet 2024. Par un arrêté en date du 29 juillet 2024, le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office à l’expiration de ce délai, en application du 4° de l’article L. 611‑1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :


En premier lieu, par un arrêté du 13 mai 2024 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la Sarthe, et accessible publiquement, le préfet de la Sarthe a accordé à Mme D... C..., adjointe au chef du bureau de l’asile, de l’éloignement et du contentieux et signataire de l’arrêté attaqué, une délégation pour signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation d’un pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteure de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.


En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui (…) restreignent l’exercice des libertés publique ou, de manière plus générale, constituent une mesure de police (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ».


La décision portant obligation de quitter le territoire français, prise au visa, notamment, du 4° l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dont elle fait application, indique avec une précision suffisante les éléments de fait propres à la situation personnelle de M. B... sur lesquels s’est fondé le préfet pour édicter l’arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.


En troisième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / (…) ».


Lorsque la loi prescrit l’attribution de plein droit d’un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu’il puisse légalement être l’objet d’une mesure d’obligation de quitter le territoire français. Tel n’est pas le cas de la mise en œuvre des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, lesquelles ne prescrivent pas la délivrance d’un titre de plein droit mais laissent à l’administration un large pouvoir pour apprécier si l’admission au séjour d’un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l’intéressé se prévaut. Il en résulte que M. B... ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions à l'encontre d'une mesure d’obligation de quitter le territoire français alors qu'il n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article.


En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, laquelle ne fixe pas le pays de destination. Par ailleurs, si M. B... soutient encourir des risques en cas de retour dans son pays d’origine, il n’apporte aucun élément à l’appui de ses allégations, alors qu’il ressort des pièces du dossier que sa demande d’asile a été rejetée à la suite de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 3 juillet 2024.


En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ».


Il ressort des pièces du dossier qu’à la date de l’arrêté attaqué, M. B... résidait en France depuis moins de deux ans, soit récemment, et qu’il a vécu trente-neuf ans, soit l’essentiel de son existence, en Angola. S’il se prévaut de la présence en France de son frère et de sa sœur, il ne produit aucun élément permettant d’apprécier la réalité, la stabilité et l’intensité des liens qu’il entretiendrait avec ceux-ci. En outre, il n’apporte pas d’élément témoignant de son intégration socio-professionnelle sur le territoire français. En conséquence, en prenant l’arrêté litigieux, le préfet de la Sarthe n’a pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

Il ressort des pièces du dossier que la décision fixant le pays dont M. B... possède la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible comme pays de destination comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle se réfère notamment à l’article 3 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales et à l’absence de risque pour l’intéressé d’être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d’origine. Elle est ainsi suffisamment motivée en droit comme en fait.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée, en toutes ses conclusions.


D É C I D E :


Article 1er :
La requête de M. B... est rejetée.



Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., au préfet de la Sarthe et à Me Murillo.


Délibéré après l’audience du 6 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,
Mme Mounic, première conseillère,
M. Huet, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2025.


Le président-rapporteur,

T. GIRAUD
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,

S. MOUNIC

Le greffier,

G. VIEL


La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,









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