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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2501942

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2501942

jeudi 29 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2501942
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantROULLEAU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes rejette la requête de M. A..., ressortissant bangladais, contestant l’obligation de quitter le territoire français (OQTF) et la décision fixant le pays de destination prises par le préfet de Maine-et-Loire le 19 décembre 2024. Le tribunal écarte le moyen tiré du défaut d’examen de la situation personnelle et juge inopérant celui fondé sur l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) à l’encontre d’une OQTF. Concernant la décision fixant le pays de destination, le tribunal estime que le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme et de l’article L. 721-4 du CESEDA n’est pas fondé. La solution retenue est le rejet de l’ensemble des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 février 2025, M. C..., représenté par Me Roulleau, demande au tribunal :

1°) d’annuler les décisions du 19 décembre 2024 par lesquelles le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d’enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour en application des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de quinze jours ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n’a pas été précédée de l’examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile sur le fondement duquel il s’apprêtait à déposer une demande de titre de séjour du fait de son contrat de travail dans un restaurant ;

S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2025, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant ;
aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.


M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 26 novembre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :


M. B... A..., ressortissant bangladais né en juin 1999, est entré, selon ses déclarations, en France en juillet 2023. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 31 octobre 2023 de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. Son recours contre cette décision a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d’asile du 3 décembre 2024. Par des décisions du 19 décembre 2024, le préfet de Maine-et-Loire a obligé M. A... à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré. M. A... demande au tribunal d’annuler les décisions du 19 décembre 2024.


Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :


En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que le préfet n’aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A... avant d’adopter la décision attaquée.


En second lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (…) ».


M. A... ne peut utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre d'une mesure d’obligation de quitter le territoire français. En outre et en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n’aurait pas examiné le droit au séjour de l’intéressé avant de l’obliger à quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

5. L’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : « L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ». L’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule quant à lui que : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

6.
M. A... invoque les risques qu’il encourt en cas de retour au Bangladesh, compte tenu des différends qui auraient opposé son père et ses oncles. Néanmoins, et alors que sa demande d’asile a été définitivement rejetée à la suite de la décision de la Cour nationale du droit d’asile du 3 décembre 2024, M. A... n’apporte aucun élément nouveau à l’appui de ses affirmations. Par ailleurs, si M. A... fournit des articles et rapports récents relatifs à la situation politique au Bangladesh, l’intéressé ne justifie pas qu’il serait personnellement exposé à des risques pour sa vie ou sa liberté ou qu’il y serait exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants au sens des dispositions et des stipulations précitées. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme doivent être écartés.

7.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée, en toutes ses conclusions.



D É C I D E :

Article 1er :
La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de Maine-et-Loire.
Une copie sera adressée pour information à Me Roulleau.


Délibéré après l’audience du 8 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
Mme Baufumé, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2026.


La présidente-rapporteure,






M. BÉRIA-GUILLAUMIEL’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,





S. GIBSON-THÉRY

Le greffier,





P. VOSSELER


La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,


Le greffier,

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