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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2501944

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2501944

mardi 9 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2501944
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLE ROY

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante albanaise, qui contestait l'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La requérante invoquait notamment une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, en raison de sa durée de présence en France (neuf ans) et de sa relation avec un ressortissant français. Le tribunal a estimé que ces éléments ne caractérisaient pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, compte tenu de l'absence de communauté de vie établie avec son compagnon et de la possibilité de poursuivre sa relation à distance. La décision a été rendue sur le fondement des articles L. 421-5 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 février 2025, et un mémoire enregistré le 4 novembre 2025, Mme B... A..., représentée par Me Le Roy, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 4 novembre 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d’office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de délivrer un titre de séjour, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard de l’article L. 421-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.



Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2025, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par la requérante n’est fondé.


Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2025.



Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Douet, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Breton substituant Me Le Roy, représentant Mme A....


Considérant ce qui suit :

Mme B... A..., ressortissante albanaise née le 28 juin 1997, demande l’annulation de l’arrêté du 4 novembre 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, présentée sur le fondement des articles L. 421-5 et L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, a assorti cette décision d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d’office lorsque le délai sera expiré.

Sur les conclusions à fin d’annulation :


Aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui »

Il ressort des pièces du dossier que Mme A... est entrée en France à l’âge de 18 ans, le 13 septembre 2015, sous couvert d’un visa de long séjour étudiant. Elle s’est ensuite vu délivrer des cartes de séjour successives en qualité d’étudiante jusqu’au 31 mars 2023, afin de poursuivre des études en arts appliqués et en design. Mme A..., détentrice d’un master en design, a ensuite obtenu un titre de séjour portant la mention « recherche d’emploi et création d’entreprise », valable jusqu’au 24 janvier 2024. Le 18 novembre 2023, elle a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique un changement de statut par la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou un titre de séjour portant la mention « entrepreneur profession libérale » sur le fondement de l’article L. 421-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Mme A... se prévaut de sa durée de présence régulière en France de neuf ans à la date de la décision attaquée et de sa relation avec un ressortissant français depuis trois ans. Elle fait également valoir son insertion sociale en France et ses efforts d’insertion professionnelle dans le secteur du design, justifiant de premiers clients et de premières prestations rémunérées. Dans les circonstances particulières de l’espèce, la décision attaquée a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Il résulte de ce qui précède que la décision du préfet de la Loire-Atlantique en date du 4 novembre 2024 doit être annulée, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

L’exécution du présent jugement implique nécessairement qu’il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer un titre de séjour à Mme A..., dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :
Mme A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Le Roy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros.


D É C I D E :


Article 1er :
L’arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 4 novembre 2024 est annulé.

Article 2 :
Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à Mme A... un titre de séjour, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 :
L’Etat versera à Me Le Roy une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.

Article 4 :
Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.



Article 5 :
Le présent jugement sera notifié à Mme C..., au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Le Roy.


Délibéré après l’audience du 18 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,
Mme Malingue, première conseillère,
M. Brémond, premier conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2025.


La présidente-rapporteure,

H. DOUET
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,

F. MALINGUE

Le greffier,

G. VIEL


La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,









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