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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2502636

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2502636

mercredi 26 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2502636
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCHAUTEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 25 avril 2024. Le requérant, ressortissant guinéen, contestait le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire et la fixation du pays de destination. Le tribunal a estimé que la décision de refus de séjour ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, les moyens soulevés contre l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de destination ont également été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 février 2025, M. B... A..., représenté par Me Schauten, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d’enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 400 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l’aide juridique.

Il soutient que :

S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- elle n’a pas été précédée de l’examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n’est pas suffisamment motivée au regard de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- l’illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.


Par un mémoire en défense enregistré le 15 septembre 2025, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.


M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juillet 2025.

Vu les pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de Mme Le Barbier, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique du 5 novembre 2025.


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant guinéen (République de Guinée) né le 1er mars 1995, déclare être entré en France le 15 février 2018. Il a contesté en vain la décision du préfet de Maine-et-Loire du 4 avril 2018 de le transférer aux autorités italiennes, responsables de l’examen de sa demande d’asile, le tribunal administratif de Nantes et la cour administrative d'appel de Nantes ayant rejeté ses recours successifs par des décisions respectivement des 26 avril 2018 et
15 octobre 2018. Le transfert n’ayant pas été exécuté, sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 5 novembre 2020, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile du
24 mars 2021. Un arrêté portant obligation de quitter le territoire français a été édicté à son encontre par le préfet de Maine-et-Loire le 2 août 2021. Par un jugement du 8 février 2022, le tribunal administratif de Nantes a rejeté le recours formé contre cet arrêté, jugement confirmé par une ordonnance de la cour administrative d’appel de Nantes du 3 août 2022. M. A... a sollicité auprès du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 25 avril 2024 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré. M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier l’ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.

M. A..., entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 15 février 2018 à l’âge de vingt-trois ans, établit par les pièces qu’il produit être en couple depuis l’année 2020 au moins avec une compatriote qui s’est vu reconnaître la qualité de réfugiée et est à ce titre titulaire d’une carte de résident valable jusqu’au 22 novembre 2031. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que de cette relation est née une enfant, le 26 juillet 2024, circonstance qui, si elle est postérieure à la date de l’arrêté contesté, est toutefois de nature à démontrer la réalité de cette relation, le requérant établissant de surcroît par les pièces qu’il produit que le couple était suivi médicalement pour la prise en charge d’une infertilité depuis le mois d’août 2020. L’ancienneté, la stabilité et l’intensité de cette relation et de leur communauté de vie sont en outre établies par des attestations et des photographies. Enfin, alors que le requérant établit que ses parents sont décédés, il ressort des pièces du dossier que la cellule familiale ne saurait se reconstituer dans son pays d’origine, eu égard à la protection internationale accordée à sa compagne et mère de sa fille, également guinéenne. Par suite, M. A... est fondé à soutenir qu’en refusant de lui délivrer à un titre de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale », le préfet de Maine-et-Loire a méconnu les stipulations précitées de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.


Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision lui refusant la délivrance d’un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

Le présent jugement implique nécessairement qu’une carte de séjour portant la mention « vie privée et familiale » soit délivrée à M. A.... Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet de Maine-et-Loire d’y procéder dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.


Sur les frais liés au litige :

M. A... ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Schauten renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros.




D É C I D E :


Article 1er :
L’arrêté du 25 avril 2024 du préfet de Maine-et-Loire est annulé.

Article 2 :
Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à M. A... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 :
L’Etat versera à Me Schauten, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Schauten renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 :
Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., au préfet de
Maine-et-Loire et à Me Schauten.


Délibéré après l’audience du 5 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,
M. Simon, premier conseiller,
Mme Ribac conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2025.

La présidente-rapporteure,

M. LE BARBIER
L’assesseur le plus ancien
dans l’ordre du tableau,

P-E. SIMON

La greffière,
P. LABOUREL


La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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