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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2503483

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2503483

mercredi 19 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2503483
TypeDécision
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantMOUNGUETYI NJIFEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 février 2025, Mme B A, représentée par Me Njifen Mounguetyi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 19 février 2025 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de procéder à un réexamen de sa situation dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui faire, dans l'attente, une offre des conditions matérielles d'accueil ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 13 euros au titre des droits de plaidoirie, en application des articles R. 652-27 et R. 652-28 du code de la sécurité sociale.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la procédure est irrégulière en l'absence d'offre précisant les modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive (UE) 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Tavernier, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 mars 2025 :

- le rapport de M. Tavernier, magistrat désigné,

- les observations de Me Njifen Mounguetyi, avocat de Mme A, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête,

- et les observations de Mme A,

- l'OFII n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été reportée au 17 mars 2025 à 17h00.

Une note en délibéré, produite pour la requérante, a été enregistrée le 17 mars 2025 et a été communiquée.

1. Mme A, ressortissante gabonaise née le 3 mai 1982, est entrée en France, selon ses déclarations, le 14 février 2024 sous couvert d'un visa de long séjour " visiteur " délivré par les autorités consulaires français au Gabon. L'intéressée a présenté une demande d'asile le 19 février 2025. Par une décision du même jour, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par sa requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 25 février 2025, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". Aux termes de l'article L. 551-10 du même code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ". Aux termes des dispositions de l'article D. 551-16 de ce code : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile en application de l'article L. 551-9 fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou qu'il y soit mis fin dans les conditions prévues par les articles L. 551-15, L. 551-16 et D. 551-17 à R. 551-23 ". Aux termes de l'article R. 551-23 du même code : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () / 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

5. La décision attaquée mentionne les considérations de droit sur lesquelles elle se fonde, à savoir les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les éléments de fait propres à la situation de la requérante en indiquant que l'intéressée n'a pas présenté de demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son arrivée en France. La décision comporte ainsi l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, qu'à l'issue de l'entretien du 19 février 2025 visant notamment à évaluer sa vulnérabilité, Mme A a certifié que les informations relatives aux conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil lui ont été communiquées, en langue française, langue qu'elle a déclarée comprendre. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen.

8. En quatrième et dernier lieu, si Mme A soutient être mère d'une enfant âgée de quatre mois, elle n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. En outre, si l'intéressée soutient être contrainte de vivre dans la rue, il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité versée aux débats, qu'elle a déclaré à l'OFII, le 19 février 2025, être hébergée par une " compatriote " et que son frère réside en France. Par ailleurs, si la requérante produit deux ordonnances établies le 11 juin 2024 par une médecin généraliste de Nantes, lui prescrivant, d'une part, une " kinésithérapie du rachis cervical dans le cadre de cervicalgies chroniques avec contracture du trapèze " et, d'autre part, la réalisation d'une échographie mammaire du sein droit, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait donné lieu à un diagnostic urgent ou grave, ces éléments ne suffisent pas à établir qu'elle se trouverait dans une situation de particulière vulnérabilité. Il en est de même de la circonstance, à la supposer établie, que l'intéressée serait exposée, en cas de retour dans son pays d'origine, à des risques pour sa sécurité au regard de son orientation sexuelle. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait, à ce titre, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de la décision attaquée. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées comme doivent l'être, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, celles relatives aux frais d'instance et, en tout état de cause, celles tendant au remboursement des droits de plaidoirie.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire de Mme A à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Njifen Mounguetyi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2025.

Le magistrat désigné,

T. TAVERNIERLa greffière,

A. DIALLO

La République mande et ordonne au Ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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