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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2612184

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2612184

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2612184
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantKOSO OMAMBODI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2026, Mme B... C..., agissant en son nom et au nom de son enfant mineur A... D..., représentée par Me Koso Omambodi, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 3 juin 2026 par laquelle le directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration de Nantes a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil ;

2°) d’enjoindre à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil dans un délai de sept jours suivant la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Office français de l’immigration et de l’intégration la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise au terme d’une procédure irrégulière, dès lors qu’elle n’a pas bénéficié de l’entretien visant à évaluer sa vulnérabilité, prévue par l’article L. 522-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen ;
- elle méconnaît l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’intérêt supérieur de l’enfant, protégé par l’article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2026, le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme C... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pétri, première conseillère, pour statuer sur les litiges relevant des procédures prévues par le titre II de livre IX du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Pétri, magistrate désignée, a été entendu au cours de l’audience publique.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C..., ressortissante guinéenne née le 20 mai 1999, a présenté une demande d’asile en France le 16 juin 2023. A la suite du rejet définitif de cette demande, elle en a sollicité le réexamen le 3 juin 2026. Par une décision du même jour, le directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration de Nantes lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Mme C... demande l’annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. L’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose que : « Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / (…) 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / (…) La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. »

3. Pour refuser d’accorder à Mme C... le bénéfice des conditions matérielles d’accueil, l’Office français de l’immigration et de l’intégration s’est fondé sur la circonstance qu’elle présente une demande de réexamen de sa demande d’asile. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme C... était accompagnée, à la date de la décision attaquée, d’un nourrisson âgé de moins d’un mois, et qu’elle ne disposait ni de ressources ni d’une solution d’hébergement stable. Ces éléments sont de nature à caractériser une situation particulière de vulnérabilité, au sens et pour l’application de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 3 juin 2026 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :

5. En raison du motif qui la fonde, l’annulation de la décision attaquée implique qu’il soit enjoint à l’Office français de l’immigration et de l’intégration d’allouer à Mme C... le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à titre rétroactif, dans un délai d’un mois suivant la notification du présent jugement.

6. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :

7. Mme C... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, partie perdante, une somme de 1 000 euros à verser à Me Koso Omambodi, sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 3 juin 2026 par laquelle le directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration de Nantes a refusé d’accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à Mme C... est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l’Office français de l’immigration et de l’intégration d’allouer à Mme C... le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à titre rétroactif, dans un délai d’un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à Me Koso Omambodi une somme de 1 000 euros au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.



Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... C..., à Me Koso Omambodi, et à l’Office français de l’immigration et de l’intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2026.


La magistrate désignée,



M. Pétri
La greffière,


A.-L. Bouilland




La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,

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