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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2612172

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2612172

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2612172
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantBEARNAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 juin et 27 juillet 2026, M. B... A..., représenté par Me Béarnais, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler la décision du 2 juin 2026 par laquelle le directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration de Nantes a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil ;

2°) d’enjoindre à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil, à titre rétroactif, dans un délai de cinq jours suivant la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Office français de l’immigration et de l’intégration la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise au terme d’une procédure irrégulière, dès lors qu’il n’a pas bénéficié de l’information prévue par l’article L. 551-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qu’il n’a pas été mis à même de présenter ses observations, et qu’il n’a pas bénéficié d’un entretien visant à évaluer sa vulnérabilité ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation, dès lors que l’administration ne démontre pas que sa situation entrerait dans le champ d’application du 3° de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation, dès lors que sa vulnérabilité n’a pas été prise en considération ;
- elle méconnaît l’obligation, pour les Etats membres de l’Union européenne, d’assurer en toutes circonstances aux demandeurs d’asile l’accès aux soins médicaux et de leur garantir un niveau de vie digne, fixée par l’article 20 de la directive du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l’accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- elle méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que l’article 4 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2026, le directeur général de l’Office de l’immigration et de l’intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juillet 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pétri, première conseillère, pour statuer sur les litiges relevant des procédures prévues par le titre II de livre IX du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Pétri, magistrate désignée ;
- et les observations de Me Béarnais, représentant M. A....

L’Office français de l’immigration et de l’intégration n’était ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 2 juin 2026, le directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration de Nantes a refusé d’accorder à M. A..., ressortissant guinéen né le 26 mars 1973, le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Par la présente requête, M. A... demande l’annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. En premier lieu, l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose que : « Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / (…) 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / (…) La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. »

3. La décision attaquée se réfère aux articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Elle indique en outre que le bénéfice des conditions matérielles d’accueil est refusé à M. A... au motif qu’il présente une demande de réexamen de sa demande d’asile. Par suite, et dès lors que cette décision comporte l’énoncé des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 551-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. » Aux termes de l’article L. 522-1 du même code : « A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. »

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A... a bénéficié d’un entretien d’évaluation de sa vulnérabilité le 2 juin 2026 et qu’à cette occasion, il a été informé, dans une langue qu’il a déclaré comprendre, des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d’accueil. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 551-10 et L. 522-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doivent être écartés.

6. En troisième lieu, M. A... n’est pas fondé à soutenir qu’il n’a pas été en mesure de présenter ses observations avant l’édiction de la décision en litige, dès lors que l’obligation de mettre en œuvre la procédure contradictoire n’est applicable que dans le cas où il est mis fin au bénéfice des conditions matérielles d’accueil, en application de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, ce moyen est inopérant et doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, plus particulièrement de la fiche TelemOfpra, que M. A... a présenté une demande d’asile le 7 juillet 2020, qui a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 16 février 2021, et qu’il a sollicité le réexamen de sa demande d’asile le 15 juin 2026. Par suite, il n’est pas fondé à soutenir que l’administration a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d’appréciation en se fondant sur le 3° de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour édicter la décision en litige.

8. En cinquième lieu, dès lors que l’Office français de l’immigration et de l’intégration a réalisé un entretien visant à évaluer la vulnérabilité de M. A..., l’intéressé n’est pas fondé à soutenir que sa vulnérabilité n’a pas été prise en considération et, qu’ainsi, la décision attaquée méconnaîtrait l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

9. En sixième lieu, en se bornant à soutenir qu’il a été contraint de quitter son pays d’origine en laissant sa famille et qu’il a fait l’objet de menaces et de sévices, et à produire un certificat médical du 1er août 2022 établissant des constatations cliniques à la suite d’un incident survenu en Guinée le 28 juillet 2022, M. A... ne démontre pas qu’il se trouve actuellement dans une situation particulière de vulnérabilité, au sens et pour l’application des dispositions de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation doit, par suite, être écarté.

10. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été exposé au point précédent que les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, de l’article 4 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, et de l’article 20 de la directive du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l’accueil des personnes demandant la protection internationale doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision du 2 juin 2026 par laquelle le directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration de Nantes a refusé d’accorder à M. A... le bénéfice des conditions matérielles d’accueil doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A..., n’implique aucune mesure d’exécution. Dans ces conditions, ses conclusions à fin d’injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique font obstacle à ce qu’il soit mis à la charge de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, qui n’a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme demandée sur ces fondements.









D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2026.

La magistrate désignée,



M. Pétri
La greffière,


A.-L. Bouilland




La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière


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