Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 juin 2026, Mme B... D..., représentée par Me Tsanga Ndomo, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 1er juin 2026 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire l’a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet de Maine-et-Loire n’a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;
- la décision attaquée méconnaît l’article L. 751-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur de droit, dès lors que le préfet de Maine-et-Loire s’est estimé à tort en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2026, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme D... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Pétri, première conseillère, pour statuer sur les litiges relevant des procédures prévues par le titre II de livre IX du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Pétri, magistrate désignée ;
- et les observations de Me Tsanga Ndomo, représentant Mme D....
Le préfet de Maine-et-Loire n’était ni présent, ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D..., ressortissante guinéenne née le 5 janvier 1997, affirme être entrée sur le territoire français le 16 décembre 2025. Elle a présenté une demande d’asile le 5 janvier 2026. Par une décision du 12 février 2026, le préfet de Maine-et-Loire a ordonné son transfert vers les autorités portugaises et, par une décision du 1er juin 2026, l’a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois. Par la présente requête, Mme D... sollicite l’annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. En premier lieu, par une décision du 16 février 2026, publiée le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Maine-et-Loire, le préfet de ce département a donné délégation à Mme A... C..., signataire de la décision attaquée, adjointe à la cheffe du pôle régional Dublin, à l’effet de signer les catégories d’acte dont relève cette décision, en cas d’absence ou d’empêchement de Mme E.... Dans ces conditions, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteure de l’acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 732-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les décisions d'assignation à résidence (…) sont motivées. »
4. La décision attaquée vise notamment les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile applicables à la situation de Mme D..., et mentionne que la durée d’assignation à résidence de quarante-cinq jours est nécessaire pour organiser son transfert, compte tenu des exigences requises et des délais longs en matière de transfert, et qu’elle ne dispose pas des moyens lui permettant de se rendre au Portugal. Elle comporte ainsi l’énoncé des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni d’une autre pièce du dossier, que le préfet de Maine-et-Loire n’aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de Mme D.... Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l’article 29 du règlement du Parlement européen et du Conseil de 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l’État membre responsable de l’examen d’une demande protection internationale introduite dans l’un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou apatride : « 1. Le transfert du demandeur ou d’une autre personne visée à l’article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l’État membre requérant vers l’État membre responsable s’effectue conformément au droit national de l’État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu’il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l’acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l’effet suspensif est accordé conformément à l’article 27, paragraphe 3. / (…) Si le transfert n’est pas exécuté dans le délai de six mois, l’État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l’État membre requérant. (…) » L’article L. 751-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose que : « L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. / (…) En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. (…) »
7. D’une part, il résulte de ces dispositions qu’à l’expiration du délai d’exécution du transfert, la décision de transfert notifiée au demandeur d’asile ne peut plus être légalement exécutée. Il en va de même, par voie de conséquence, de la décision d’assignation à résidence dont elle est le fondement légal. Dès lors, une assignation à résidence ordonnée sur le fondement d’une décision de transfert dont la durée, à la date où elle est édictée, excède le terme du délai dans lequel le transfert du demandeur d’asile doit intervenir en vertu de l’article 29 du règlement du 26 juin 2013 précédemment cité, est illégale en tant que sa durée s’étend au-delà de l’échéance de ce délai et le juge, dès lors qu’il est saisi d’une argumentation en ce sens, est tenu d’en prononcer l’annulation dans cette mesure.
8. D’autre part, il résulte de ces mêmes dispositions que l’introduction d'un recours devant le tribunal administratif contre la décision de transfert a pour effet d'interrompre le délai de six mois fixé à l'article 29 du règlement du 26 juin 2013 précité, qui courait à compter de l'acceptation du transfert par l'Etat requis, délai qui recommence à courir intégralement à compter de la date à laquelle le tribunal administratif statue au principal sur cette demande quel que soit le sens de sa décision.
9. Il ressort des pièces du dossier que les autorités portugaises ont accepté de prendre en charge Mme D... le 27 janvier 2026, et que le préfet de Maine-et-Loire a alors ordonné son transfert aux autorités portugaises par une décision du 12 février 2026. Le délai de six mois fixé par l’article 29 du règlement du 26 juin 2013 pour exécuter ce transfert a été interrompu par la requête à fin d’annulation de la décision du 12 février 2026 que Mme D... a introduite le 23 février 2026, et a recommencé à courir intégralement à compter du 1er avril 2026, date à laquelle le tribunal a statué sur cette requête. Ainsi, le transfert de Mme D... demeurait une perspective raisonnable, à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 751-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
10. En cinquième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni d’une autre pièce du dossier, que le préfet de Maine-et-Loire aurait estimé qu’il se trouvait en situation de compétence liée pour édicter la décision attaquée.
11. En dernier lieu, s’il ressort des pièces du dossier que Mme D... bénéficie d’un suivi médical régulier, en raison d’une pathologie mammaire, il n’est toutefois pas établi par les pièces du dossier, en particulier les confirmations de rendez-vous au centre hospitalier universitaire de Nantes et les ordonnances de prescription médicale, que sa situation médicale l’empêcherait de se présenter les mercredis et jeudis à 8h00 au commissariat central de Nantes. Par suite, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation ne peut qu’être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision du 1er juin 2026 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a assigné Mme D... à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique font obstacle à ce qu’il soit mis à la charge de l’Etat, qui n’a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme demandée sur ces fondements.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... D..., à Me Tsonga Ndomo ainsi qu’au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de Maine-et-Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2026.
La magistrate désignée,
M. Pétri
La greffière,
A.-L. Bouilland
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,