Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2504664

vendredi 4 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2504664
TypeDécision
Formation- Etrangers - 15 jours

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a été saisi par Mme A, ressortissante congolaise, pour contester le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder les conditions matérielles d'accueil lors de sa demande de réexamen d'asile. Le tribunal a examiné les moyens soulevés, notamment l'absence d'évaluation de sa vulnérabilité et le défaut d'information prévu par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). La solution retenue n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais la décision s'appuie sur les articles L. 522-1, L. 522-3 et L. 551-15 du CESEDA, ainsi que sur la directive européenne 2013/33/UE relative aux normes d'accueil.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mars 2025, Mme B A, représentée par Me Néraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 mars 2025 par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration (C) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à C de lui accorder, ainsi qu'à sa famille, à titre rétroactif, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) de mettre à la charge de C la somme de 2 000 euros hors taxes, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que l'information prévue à l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui pas été transmise ;

- il n'est pas établi qu'elle aurait bénéficié d'un examen visant à apprécier sa vulnérabilité, laquelle est établie à la lumière des dispositions de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, notamment de sa vulnérabilité, et de celle de sa famille ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 20 de la directive " accueil ", dès lors que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît le principe de dignité humaine, garanti par l'article 1 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2025, le directeur général de C conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive (UE) 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Tavernier, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 avril 2025 :

- le rapport de M. Tavernier, magistrat désigné,

- et les observations de Me Néraudau, avocate de Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens,

- C n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo) née le 15 mai 1982 est entrée en France, selon ses déclarations, le 12 mars 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 22 juin 2022, confirmée par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 7 mars 2023. Le 10 mars 2025, l'intéressée a sollicité un réexamen de sa demande d'asile. Par une décision du même jour, dont elle demande l'annulation, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (C) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur à la date de l'acceptation de l'offre de prise en charge : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".

4. La décision attaquée est fondée sur le motif tiré de ce que Mme A a sollicité un réexamen de sa demande d'asile.

5. Il est constant que la première demande d'asile présentée par Mme A a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 22 juin 2022, confirmée par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 7 mars 2023. Toutefois, alors que l'intéressée soutient avoir quitté son pays d'origine en raison de craintes pour sa sécurité, liées notamment à l'engagement politique et l'incarcération de son époux, il ressort des pièces du dossier que la requérante se trouve, en France, isolée et devant s'occuper seule de ses trois enfants mineurs, âgés de un, deux et sept ans. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a déclarée à C être dépourvue de ressources. Elle soutient, à cet égard, faire face à d'importantes difficultés pour subvenir aux besoins les plus essentiels de ses enfants. Si C fait valoir que la famille est hébergée au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile " Althea ", situé au Mans (Sarthe), depuis le 6 décembre 2023, cette solution d'accueil demeure précaire, ainsi que l'intéressée l'a mentionné lors de l'entretien du 10 mars 2025 visant à évaluer sa vulnérabilité. Dans ces conditions, au regard du jeune âge de ses enfants, de sa situation de mère isolée et des difficultés financières auxquelles elle fait face, la requérante doit être regardée comme justifiant d'une situation de particulière vulnérabilité. Dès lors, en ne permettant pas à Mme A de bénéficier des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'elle a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile, sans avoir suffisamment mesuré la vulnérabilité de sa situation et de celle de ses enfants, C a entaché sa décision d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 10 mars 2025 par laquelle la directrice territoriale de C a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à C d'accorder, à titre rétroactif, soit à compter du 10 mars 2025, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de Mme A et de sa famille, dans un délai de quinze jours à compter de sa notification.

Sur les frais liés au litige

8. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de C la somme de 1 000 euros à verser à Me Néraudau, sous réserve que celle-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1 : La décision de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 10 mars 2025 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, à titre rétroactif, au profit de Mme A et de sa famille, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Néraudau, avocate de Mme A, la somme de 1 000 (mille) euros, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Néraudau.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2025.

Le magistrat désigné,

T. TAVERNIERLa greffière,

A. DIALLO

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,