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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2509638

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2509638

mardi 1 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2509638
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. B, ressortissant ivoirien, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Le requérant invoquait une erreur manifeste d'appréciation en l'absence d'application de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a jugé que cette clause ne constitue pas un droit pour le demandeur et que les éléments médicaux fournis, notamment un certificat médical ivoirien, n'établissaient pas un obstacle à son transfert. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, sans faire droit aux conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 3 et 25 juin 2025, M. D B, représenté par Me Njifen Mounguetyi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2025 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a ordonné son transfert aux autorités espagnoles en tant que celles-ci sont responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de sa demande d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de cette notification, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 13 euros au titre des droits de plaidoirie, en application des articles R. 652-27 et R. 652-28 du code de la sécurité sociale.

Il soutient que le préfet de Maine-et-Loire a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application de l'article 17 du règlement (UE) 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2025, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juin 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dit " C A " ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Tavernier, conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 juin 2025 :

- le rapport de M. Tavernier, magistrat désigné,

- les observations de Me Njifen Mounguetyi, avocat de M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par le même moyen,

- et les observations de M. B,

- le préfet de Maine-et-Loire n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 1er juin 1985, est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations, le 24 janvier 2025 et s'y est maintenu sans être muni des documents et visas exigés par les textes en vigueur. L'intéressé s'est présenté à la préfecture de la Loire-Atlantique le 10 mars 2025 afin d'y déposer une demande d'asile. La consultation du fichier Visabio consécutive au relevé de ses empreintes digitales a révélé qu'il était en possession d'un visa périmé depuis moins de six mois délivré par les autorités espagnoles. Saisies par les autorités françaises le 13 mars 2025, les autorités espagnoles ont accepté leur responsabilité par accord explicite du 9 avril 2025. Par un arrêté du 7 mai 2025, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire a décidé de transférer M. B aux autorités espagnoles pour l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 5 juin 2025, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ".

4. Il résulte de ces dispositions que si une demande d'asile est examinée par un seul Etat membre et qu'en principe cet Etat est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre A, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un Etat membre. Cette faculté laissée à chaque Etat membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

5. D'une part, si M. B produit un certificat médical, établi le 8 août 2024 par un médecin ivoirien, faisant état de ce que l'intéressé aurait été victime, " selon ses dires ", de coups et blessures commis par deux individus le 7 août 2024 et que l'intéressé présentait, à cette date, un " état général traumatisé ", des céphalées, un hématome à la joue et à l'œil gauche, des algies diffuses, ainsi qu'une " colopathie fonctionnelle mésocolique avec hématome abdominal ", il n'établit pas que son état de santé ferait obstacle à son transfert vers l'Espagne, ni qu'il ne pourrait être pris en charge dans ce pays. D'autre part, le requérant n'établit pas, par les seules pièces qu'il produit, que l'Espagne ne disposerait pas de suffisamment de centres d'hébergement et de moyens d'accompagnement pour prendre en charge les demandeurs d'asile présents dans ce pays et que sa propre demande d'asile serait exposée à un risque sérieux de ne pas être traitée par les autorités espagnoles dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors que l'Espagne est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir, que le préfet de Maine-et-Loire aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées comme doivent l'être, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, celles relatives aux frais d'instance et, en tout état de cause, celles tendant au remboursement des droits de plaidoirie.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à Me Njifen Mounguety.

Copie en sera adressée au préfet de Maine-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2025.

Le magistrat désigné,

T. TAVERNIERLa greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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