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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2510289

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2510289

mercredi 18 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2510289
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé, a rejeté les demandes de suspension des décisions implicites de la commission de recours contre les refus de visa, qui avaient confirmé le refus de délivrance de visas de long séjour au titre de la réunification familiale pour M. A et l’enfant Talal A. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas établie, car la séparation familiale invoquée résultait du choix des requérants de laisser M. A et l’enfant au Liban lors de leur départ pour la France en mai 2025, et que les précédentes ordonnances de référé avaient déjà rejeté des demandes similaires pour défaut d’urgence. La solution retenue est fondée sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité des décisions.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le n° 2510288 le 13 juin 2025, Mme B C, représentée par Me Michel, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision du 20 décembre 2024 des autorités consulaires françaises à Beyrouth (Liban) refusant de délivrer un visa de long séjour au titre de la réunification familiale à l'enfant Talal A ;

2°) d'enjoindre au réexamen de la demande de visa dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite en ce que la famille est séparée, elle-même et ses deux filles sont arrivées en France le 5 mai 2025 auprès de leur enfant vivant en France depuis deux ans, mais en laissant au Liban son époux et l'enfant Talal A qu'elle a eu avec lui ; cette situation porte atteinte à leur droit à une vie privée et familiale normale et à l'intérêt supérieur des enfants, l'enfant subissant un grave traumatisme psychologique en étant séparée d'elle ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2510289 le 13 juin 2025, M. D A, représenté par Me Michel, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision du 20 décembre 2024 des autorités consulaires françaises à Beyrouth (Liban) refusant de lui délivrer un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au réexamen de la demande de visa dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite en ce que la famille est séparée, son épouse et les deux filles sont arrivées en France le 5 mai 2025 auprès l'un de leur enfant y résidant depuis deux ans, alors que lui-même et l'enfant de leur couple restent au Liban ; cette situation porte atteinte à leur droit à une vie privée et familiale normale et à l'intérêt supérieur des enfants, l'enfant subissant un grave traumatisme psychologique en étant séparée de sa mère ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2506942 2506953 du 23 avril 2025 ;

- l'ordonnance n° 2508192 2508193 du 22 mai 2025.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la jonction :

1. Les requêtes, n°2510288 et 2510289 présentées par Mme C et M. A concernent la situation d'un couple, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. M. E ressortissant syrien né le 11 juin 2007 a quitté son pays le 2 mai 2023 pour entrer en France où il s'st vu reconnaître le statut de réfugié par une décision de l'OFPRA du 4 juillet 2024. Sa famille, composée de sa mère, son beau père et ses frères et sœurs a déposé le 4 octobre 2024 une demande de visa au titre de la réunification familiale auprès des autorités consulaires françaises à Beyrouth qui ont été rejetées le 20 décembre 2024 pour son beau-père, M. D A et son demi-frère, Talal A. Par les présentes requêtes, M. A et Mme C, au nom de l'enfant Talal A, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution des décisions implicites par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté leur recours préalable obligatoire dont elle a été saisie le 2 janvier 2025.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 dudit code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

4. Si les ordonnances par lesquelles le juge des référés fait usage de ses pouvoirs de juge de l'urgence sont exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires, elles sont, compte tenu de leur caractère provisoire, dépourvues de l'autorité de chose jugée. Il en résulte que la circonstance que le juge des référés a rejeté une première demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne fait pas obstacle à ce que la même partie saisisse ce juge d'une nouvelle demande ayant le même objet, notamment en soulevant des moyens ou en faisant valoir des éléments nouveaux, alors même qu'ils auraient pu lui être soumis dès sa première saisine.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par deux ordonnance n° 2506942 2506953 du 23 avril 2025 et n° 2508192 2508193 du 22 mai 2025, le juge des référés de ce tribunal a rejeté pour défaut d'urgence lesdites requêtes présentées par M. A et Mme C tendant à la suspension de la même décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours contre la décision des autorités consulaires françaises à Beyrouth.

6. Pour établir que leur requête est fondée sur des circonstances non exposées jusqu'ici leur permettant de saisir une nouvelle fois le juge des référés, les requérants font état de la dégradation de l'état de santé psychologique de Talal A. Toutefois l'attestation rédigée le 9 juin 2025 par un expert de maladie neuropsychiatriques de Damas, dans lequel il fait état de cauchemars et de pleurs fréquents de l'enfant depuis plusieurs semaine, ne suffit pas à elle seule à caractériser l'atteinte portée par la décision attaquée à leur vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de leur fils, alors que M. A et l'enfant Talal A demeurent ensemble en Syrie et qu'il était loisible à la requérante de solliciter une prolongation de la durée de validité de son visa auprès des autorités françaises si elle avait souhaité se maintenir au Liban auprès de son fils. Il résulte de ce qui précède que les requérants n'établissent pas de circonstances nouvelles par rapport aux motifs pour lesquels les précédentes demandes de suspension ont été rejetées, motifs qu'ils n'ont au demeurant pas contestés par la voie d'un pourvoi en cassation, justifiant de l'urgence à statuer sur la requête avant l'intervention d'une décision sur leur recours en annulation. En conséquence, la requête de M. A et Mme C doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

7. Enfin, aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ". M. A et Mme C, sous la plume de leur conseil, ont saisi à deux reprises, en avril et mai 2025, le juge des référés du tribunal de requêtes, tendant à ce qu'il soit ordonné la suspension des décisions implicites par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté leur recours préalable obligatoire, à chaque fois rejetées pour défaut d'urgence. Un tel comportement les expose manifestement au risque qu'une amende pour recours abusif soit mise à leur charge. Cependant il ne sera pas encore fait application, dans le cadre de la présente instance, des dispositions de l'article R. 741-2 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. A et de Mme C sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et Mme B C

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 18 juin 2025.

Le juge des référés,

B. Echasserieau

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2510288 2510289

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