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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2513038

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2513038

mardi 30 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2513038
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantANGLADE & PAFUNDI AARPI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes annule la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France, qui avait rejeté la demande de visa de long séjour de Mme A... B... au titre de la réunification familiale. Le tribunal estime que la commission a commis une erreur de droit en se fondant sur l’âge de la demanderesse (19 ans et 6 mois) pour lui refuser le visa, alors que l’article L. 561-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile fixe la limite d’âge à 19 ans révolus. Il enjoint au ministre de l’intérieur de délivrer le visa dans un délai d’un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et condamne l’État à verser 1 200 euros aux requérants au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2025, M. C... B... et Mme A... B..., représentés par Me Anglade, demandent au Tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite née le 18 juin 2025 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 6 avril 2025 de l’autorité consulaire française à Téhéran (Iran) refusant à Mme A... B... la délivrance d’un visa d’entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire délivrer le visa demandé dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer la demande dans les mêmes conditions de délai, sous 300 euros d’astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle procède d’un défaut d’examen de la situation personnelle de la demandeuse ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur la situation de la demandeuse, qui était âgée de seulement dix-neuf ans et six mois lors de la demande de visa et qui est vulnérable, dès lors qu’elle est isolée en Afghanistan et qu’elle ne peut pas travailler et subvenir à ses besoins ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur, qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Vu les pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Moreno a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

M. C... B..., ressortissant afghan, s’est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision du 1er mars 2022 de la Cour nationale du droit d’asile. Sa fille, Mme A... B..., a sollicité la délivrance d’un visa d’entrée et de long séjour en France auprès de l’autorité consulaire française à Téhéran (Iran), en qualité de membre de la famille d’un réfugié. Par décision du 6 avril 2025, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite née le 18 juin 2025, dont les requérants demandent l’annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre de l'intérieur est chargée d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de long séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. (…). ». Aux termes de l’article D. 312-8-1 du même code : « En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ».

En application des dispositions précitées de l’article D. 312-8-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus d’une demande de visa fait l’objet d’une décision implicite de rejet, cette décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France, qui se substitue à celle de l’autorité consulaire, doit être regardée comme s’étant appropriée le motif retenu par cette autorité, tiré en l’espèce de ce que Mme B... était âgée de plus de 19 ans le jour où elle a déposé sa demande de visa auprès des services consulaires, et ne justifie pas d’un état de dépendance à l’égard du bénéficiaire de la protection de l’OFPRA, ou d’une situation particulière de vulnérabilité.

Il résulte des dispositions de l’article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : « I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : (…) 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. (…) L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. »

Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. »

Il est constant que Mme B..., née le 21 avril 2005, était âgée de 19 ans révolu le 14 octobre 2024, date à laquelle sa demande de visa a été enregistrée par l’autorité consulaire à Téhéran (Iran). Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l’intéressée justifie avoir déposé son dossier en même temps que tous les membres de sa famille, à savoir sa mère et ses quatre frères et sœurs, qui se sont vus délivrer des visas et sont entrés en France en mai 2025. Par ailleurs, il n’est pas contesté par le ministre de l’intérieur, qui n’a pas produit de mémoire en défense, que la demandeuse a toujours vécu avec sa famille et se trouve désormais isolée en Afghanistan, où elle est exposée à des risques pour sa sécurité. Par suite et dans les circonstances particulières de l’espèce, en prenant la décision contestée, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B..., protégé par les stipulations précitées de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la décision attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :

Le présent jugement, eu égard au motif d’annulation retenu, implique nécessairement qu’il soit enjoint au ministre de l’intérieur de faire délivrer à Mme B... le visa d’entrée et de long séjour demandé dans un délai de trois mois suivant sa notification, sans qu’il soit besoin, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais d’instance :

Si la circonstance que l’un des auteurs d’une requête collective ne justifie pas d’un intérêt à agir ne fait pas obstacle à ce que les conclusions de cette requête soient jugées recevables, elle fait en revanche obstacle à ce que le juge accueille les conclusions propres à ce requérant tendant au remboursement des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative par M. B... doivent être rejetées. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme B... en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite née le 18 juin 2025 de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d’entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l’intérieur de faire délivrer à Mme B... le visa demandé dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à Mme B... la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B..., Mme A... B... et au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l’audience du 9 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,
Mme Moreno, conseillère,
Mme Raoul, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2025.

La rapporteure,




C. MORENO

Le président,




E. BERTHON La greffière,



N. BRULANT

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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