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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2519167

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2519167

mercredi 12 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2519167
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSOUIDI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nantes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France (CRRV) rejetant le recours de Mme D... contre un refus de visa de long séjour pour réunification familiale. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, les éléments invoqués par la requérante (traitement de données, risques sécuritaires en Ouganda) étant insuffisants pour caractériser un préjudice grave et immédiat, malgré la durée de séparation avec son époux protégé subsidiaire. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er novembre 2025, Mme B... D..., représentée par Me Souidi, demande au juge des référés :

1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France (CRRV) a rejeté le recours préalable formé contre la décision de l’ambassade de France à Kampala (Ouganda) du 1er avril 2025 refusant de lui délivrer un visa d’entrée et de long séjour au titre de la réunification familiale ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui remettre un visa dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de justifier dans le même délai la suppression des données la concernant dans le système d’information sur les visas et dans le système national des visas ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d’urgence est remplie, compte tenu du caractère irrégulier du traitement de ses données à caractère personnel à laquelle la décision litigieuse a donné lieu, du risque d’atteinte à sa sécurité, au regard de son isolement, et des fonctions passées de son mari ayant justifié le bénéfice de la protection internationale et de son droit à voir traiter sa demande dans un délai raisonnable ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu le recours administratif préalable obligatoire formé auprès de la CRRV le 22 août 2025.


Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Danet, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :


1. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (...) ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans instruction ni audience.

2. La condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.

3. M. A... C..., ressortissant soudanais né le 1e janvier 1975, a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 7 octobre 2024. Son épouse, alléguée, Mme D..., a déposé, le 9 décembre 2024, une demande de visa d’entrée et de long séjour au titre de la réunification familiale auprès de l’ambassade de France à Kampala (Ouganda). Cette demande a été rejetée par une décision du 1er avril 2025, notifiée le 22 juillet suivant. Mme D... demande au juge des référés d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision implicite par laquelle la CRRV, saisie le 22 août 2025, a rejeté le recours ainsi formé devant elle.

4. Au soutien de sa demande de suspension, la requérante fait état du caractère irrégulier du traitement de ses données à caractère personnel à laquelle la décision litigieuse a donné lieu. Toutefois, une telle circonstance, à la supposer établie, n’est pas de nature à établir que cette décision préjudicierait de manière grave et immédiate à sa situation. Si elle fait également valoir qu’elle est actuellement isolée et exposée à un risque d’atteinte à sa sécurité, au regard des fonctions passées de son mari au Soudan ayant justifié le bénéfice de la protection internationale en France, ces seules circonstances, alors qu’elle réside en Ouganda et qu’elle ne fait état d’aucun précis de nature à étayer ses craintes, sont insuffisantes pour caractériser la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative. Elle ne fait pas davantage d’éléments personnels sur ses conditions de vie en Ouganda ou de toute autre circonstance particulière de nature à justifier le prononcé d’une mesure de suspension à brève échéance. Dès lors, en dépit de la durée de séparation avec son époux, et nonobstant l’attention qui doit être portée aux demandes de réunification familiale des personnes réfugiées, la condition d’urgence exigée par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée doit être rejetée en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par l’article L. 522-3 du code de justice administrative.



O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... D....

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 12 novembre 2025.

Le juge des référés,





J. DANET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,









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