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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2519269

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2519269

vendredi 28 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2519269
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantCHAUVIERE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant congolais, qui contestait le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que l'absence d'entretien de vulnérabilité n'était pas un vice de procédure, car le refus était fondé sur le motif légal prévu à l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), relatif aux demandes de réexamen. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 novembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Chauvière, demande au tribunal :
d’annuler la décision du 28 octobre 2025 par laquelle le directeur général de l’Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d’asile ;
d’enjoindre à l’OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil à compter du 28 octobre 2025 ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
de mettre à la charge de l’OFII le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un vice de procédure en ce qu’il n’a pas bénéficié de l’entretien de vulnérabilité prévu par les dispositions des articles L. 522-1 à L. 522-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa vulnérabilité ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa vulnérabilité ;
- elle est entachée d’une erreur de droit au regard des principes de proportionnalité et de dignité humaine, et méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2025, l'Office français de l'immigration de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par M. A... n’est fondé.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 5 novembre 2025.
Le président du tribunal a désigné M. Dardé, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant des procédures prévues par le titre II de livre IX du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Dardé, magistrat désigné ;
- les observations de Me Chauvière, avocate de M. A....
Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant congolais né le 18 mars 1980, déclare être entré en France le 25 juillet 2023. Il a présenté une demande d’asile enregistrée le 5 octobre suivant par le préfet du Loiret. Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d’accueil proposées par l’Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Sa demande d’asile a été rejetée en dernier lieu par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 14 juin 2024. Il a présenté une demande de réexamen de sa demande d’asile enregistrée le 28 octobre 2025 par le préfet de la Loire-Atlantique. Par une décision du même jour, dont M. A... demande l’annulation, le directeur général de l’OFII a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d’asile.
En premier lieu, la décision contestée vise l’article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que le bénéfice des conditions matérielles d’accueil est refusé à M. A..., après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, au motif qu’il présente une demande de réexamen de sa demande d’asile. Elle énonce ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe n’imposait à l’OFII de mentionner dans sa décision les facteurs de vulnérabilité dont M. A... s’est prévalu. Par conséquent, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 522-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ». L’article L. 522-2 de ce code dispose que : « L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ».
Il ressort des pièces du dossier que, le 28 octobre 2025, lors du dépôt de sa demande d’asile, M. A... a bénéficié d’un entretien destiné à évaluer son degré de vulnérabilité, dont l’OFII verse le compte rendu à l’instance. Cet entretien a été conduit par un agent de l’OFII qualifié d’auditeur, dont la mission principale est d’évaluer la vulnérabilité du demandeur. M. A..., qui n’établit ni même n’allègue que le compte rendu de cet entretien comporterait des informations erronées ou incomplètes, n’apporte aucun commencement de preuve de ce que cet auditeur n’aurait pas reçu une formation appropriée. Dans ces conditions, M. A... n’est pas fondé à soutenir qu’il n’a pas bénéficié de l’entretien prévu par les dispositions citées au point précédent ou que cet entretien n’aurait pas été mené par une personne ayant reçu une formation spécifique à cette fin. Par suite, les moyens soulevés en ce sens doivent être écartés.
En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision en litige ni des autres pièces du dossier que l’OFII se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation M. A..., portant notamment sur sa vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré du défaut d’un tel examen doit être écarté.
En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / (…) 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / (…). / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ».
M. A... fait valoir qu’il est sans hébergement stable ni ressources et qu’il souffre d’amyotrophie du quadriceps droit et des muscles fessiers droits, ainsi que d’anxiété et de troubles du sommeil. Toutefois, ces seuls éléments ne sont pas de nature à établir que l’intéressé se trouverait dans une situation de vulnérabilité telle que l’OFII ne pouvait, sans entacher sa décision d’illégalité, lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour le motif rappelé au point 2. Par suite, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d’une erreur d’appréciation de sa vulnérabilité. Dès lors, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
En cinquième et dernier lieu, il ne ressort ni de l’article L. 551-15 mentionné ci-avant, ni d’aucune autre disposition, que le refus des conditions matérielles d’accueil ferait en toutes circonstances obstacle à l’accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l’article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013, si l’étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l’application des dispositions de l’article L. 251-1 du code de l’action sociale et des familles relatives à l’aide médicale de l’État ou de l’article L. 345-2-2 du même code relatives à l’hébergement d’urgence. Par suite, compte tenu par ailleurs de ce qui est dit au point précédent au sujet de la situation personnelle du requérant, celui-ci n’est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaîtrait les principes de proportionnalité et de dignité humaine et l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Dès lors, les moyens soulevés en ce sens doivent être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de M. A... ne peuvent qu’être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d’injonction et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., au directeur général de l’Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Chauvière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2025.





Le magistrat désigné,

A. DARDÉ
La greffière,

L. LÉCUYER





La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière

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