Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et une pièce complémentaire enregistrée les 9 et 23 décembre 2025, M. C... B..., représenté par Me Thoumine, demande au juge des référés :
1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision du 10 octobre 2025 par laquelle la présidente du conseil départemental de Maine-et-Loire a refusé de renouveler sa prise en charge ;
2°) d’enjoindre à la présidente du conseil départemental de Maine-et-Loire de procéder à un nouvel examen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge du département de Maine-et-Loire le versement de la somme de 1800 euros à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l’aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite :
* du fait de l’interruption tant de la prise en charge de son hébergement impliquant une procédure d’expulsion en cours, que de la prise en charge éducative, cela mettant en péril l’ensemble de sa scolarité ;
-il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
* elle est entachée d’une erreur de droit, M. B... remplissant les conditions prévues par les dispositions de l’article L 222-5 du code de l'action sociale et des familles pour obtenir le renouvellement de sa prise en charge ;
* elle procède d’une appréciation manifestement erronée de sa situation, au regard des dispositions de l’article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2025, le département de Maine-et-Loire, représenté par Me Buffet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. B... le versement d’une somme de 2000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- que la requête est irrecevable par voie de conséquence de la requête au fond, dès lors que M. B... ne justifie pas avoir adressé son recours gracieux dans le délai de deux mois imparti ou, à défaut :
- que la condition d’urgence n’est pas remplie ;
- qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 24 décembre 2025.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 9 décembre 2025 sous le numéro 2521767 par laquelle M. B... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Revéreau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 24 décembre 2025 à 9h30 :
- le rapport de M. Revéreau, juge des référés,
- les observations de Me Renaud, substituant Me Thoumine, avocate de M. B...,
- et les observations de Me Cavalier, substituant Me Buffet, avocat du département de Maine-et-Loire.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
M. C... B..., ressortissant guinéen né le 4 novembre 2006, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision du 10 octobre 2025 par laquelle la présidente du conseil départemental de Maine-et-Loire a rejeté le recours gracieux formé contre la décision du 3 juin 2025 de cette même autorité refusant de renouveler sa prise en charge dans le cadre de l’aide sociale à l’enfance (ASE).
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
Il résulte de l’instruction que par une décision du 3 juin 2025, la présidente du conseil départemental de Maine-et-Loire a notifié à M. B... la fin de sa prise en charge à au titre de l’aide sociale à l’enfance à compter de cette date. L’intéressé a, par un courrier du 30 juin 2025, réceptionné le 29 juillet 2025, formé un recours gracieux contre cette décision, lequel a été rejeté par une décision implicite à l’issue d’un délai de deux mois, à laquelle s’est substituée une décision expresse du 10 octobre 2025. Par suite, la requête au fond de M. B..., enregistrée par le greffe du tribunal le 9 décembre 2025, n’est pas tardive. Par conséquent, la fin de non-recevoir opposée par le département en défense, tirée de l’irrecevabilité de la requête au fond de M. B..., au regard de sa tardiveté, doit être écartée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (...) ».
En ce qui concerne la condition d'urgence :
L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence s’apprécie objectivement compte tenu de l’ensemble des circonstances de chaque espèce.
Il résulte de l’instruction que la décision attaquée a pour effet de priver M. B... d’aide financière et d’hébergement consécutives à l’absence de renouvellement de son « contrat jeune majeur ». Par ailleurs, M. B... soutient que l’absence de prise en charge éducative, de logement et d’accompagnement compromettrait la fin de sa scolarité, alors qu’il poursuit une formation en CAP menuiserie au Lycée Renaudeau à Cholet depuis septembre 2025. Par suite, il y a lieu de constater que la condition d’urgence qui doit s’apprécier concrètement et objectivement, doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :
Aux termes de l’article L. 222-5 du code de l’action sociale et des familles : « Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : (…) / 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article et à l'exclusion de ceux faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile »
Il résulte du 5° de l’article L. 222-5 du code de l’action sociale et des familles (A...) que, depuis l’entrée en vigueur du I de l’article 10 de la loi n° 2022-140 du 7 février 2022 qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ayant été effectivement pris en charge par le service de l’aide sociale à l’enfance (ASE) d’un département auquel ils ont été confiés avant leur majorité bénéficient d’un droit à une nouvelle prise en charge par ce service jusqu’à ce qu’ils aient l’âge de vingt et un ans, lorsqu’ils ne disposent pas de ressources ou d’un soutien familial suffisants.
Les moyens invoqués par M. B... à l’appui de sa demande de suspension et tirés de ce que la décision litigieuse est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions précitées de l’article L.222-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile sont, en l’état de l’instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
Il résulte de tout ce qui précède que M. B... est fondé à demander la suspension de l’exécution de la décision du 10 octobre 2025 par laquelle la présidente du conseil départemental de Maine-et-Loire a refusé de renouveler sa prise en charge.
Sur les conclusions à fin d’injonction et d'astreinte :
Eu égard aux pouvoirs du juge du référé-suspension, l’exécution de la présente ordonnance implique uniquement d’enjoindre au président du conseil départemental de Maine-et-Loire de procéder à un nouvel examen de la demande de prise en charge de M. B... dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B..., qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le département de Maine-et-Loire demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
M. B... ayant obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge du département de Maine-et-Loire le versement à Me Thoumine d'une somme de 800 euros
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision du 10 octobre 2025 par laquelle la présidente du conseil départemental de Maine-et-Loire a refusé de renouveler la prise en charge de M. B... est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint à la présidente du conseil départemental de Maine-et-Loire de réexaminer la demande de prise en charge de M. B... dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le département de Maine-et-Loire versera à Me Thoumine, sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, la somme de 800 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Les conclusions présentées par le département de Maine-et-Loire au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... B..., au département de Maine-et-Loire et à Me Thoumine.
Fait à Nantes, le 26 décembre 2025.
Le juge des référés,
La greffière
P. REVEREAU
J. DIONIS
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière